NON A LA LOI AUBRY, OUI AUX 35 H, INTERDICTION DES LICENCIEMENTS !
4 octobre 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La discussion au Parlement de la loi Aubry s’ouvre cette semaine. La grande majorité des travailleurs sait bien qu’en permettant au patronat de soumettre encore davantage les salariés à des horaires selon son bon vouloir, en n’assurant même pas le maintien du salaire, en n’imposant aucune condition d’embauche, cette loi leur permettra de produire encore davantage avec moins de personnel, elle ne créera aucun emploi.
Cela n’empêche pas les patrons de crier, mais pourquoi n’en réclameraient-ils pas encore davantage à ce gouvernement qui les sert déjà si bien. Notamment en subventionnant ce passage à la loi Aubry à coup de milliards… pris dans les caisses de chômage et de la Sécurité Sociale.
Devant une telle offensive, il n’est pas possible pour les travailleurs, soucieux de défendre leurs intérêts, de se contenter de se battre « pour améliorer le projet de loi » comme le demandent les dirigeants de la CGT. Il faut contraindre le gouvernement à le remballer. Et il faut de véritables mesures pour empêcher les licenciements. Car pas plus la loi Aubry que les mesures annoncées par Jospin la semaine dernière, ne les feront en aucune manière reculer.
Le gouvernement prévoit de modifier le code du travail pour « rendre obligatoire une négociation sur les 35 heures préalablement à la présentation de tout plan social ». L’obligation existe déjà pour ce qui concerne le reclassement des travailleurs, sans empêcher pour autant les patrons de multiplier les plans sociaux. Et les négociations sur les 35 heures peuvent elles-mêmes par ailleurs servir de prétexte à des licenciements : on le voit dans nombre d’entreprises où elles accompagnent un plan dit social, et sous prétexte d’avoir réduit le nombre de licenciements, elles permettent alors par dessus le marché aux patrons d’empocher des réductions de charges !
Il prévoit également de “ moduler les cotisations chômage en fonction du comportement des entreprises face aux licenciements ”. Formule, vague à souhait, qui n’a pas de quoi faire trembler le patronat. D’autant moins que Jospin ne veut surtout rien imposer : c’est l’Unedic, présidée actuellement par le MEDEF, l’organisation des patrons, qui devrait trancher… on imagine dans quel sens !
Il prévoit enfin de “ veiller à ce que les fonds publics ne puissent être alloués ” à des entreprises qui font des bénéfices et qui licencient. Mais le gouvernement vient d’entériner dans l’automobile un « rajeunissement de la pyramide des âges », où trois départs d’anciens ne sont remplacés que par une embauche de jeune… en subventionnant largement l’opération !
Face au fléau du chômage, il faudrait, au contraire, mettre un coup d’arrêt à ces “ aides ”, imposer la réquisition des entreprises qui licencient et qui, comme Michelin et bien d’autres, font des bénéfices. Et il serait vital que l’Etat embauche massivement, par exemple dans l’éducation nationale - où, comme le rappellent les lycéens, à nouveau dans la rue, les manques sont criants - mais aussi dans les hôpitaux, à la SNCF ou à la Poste. Vital encore que les travailleurs imposent directement leur propre contrôle sur l’économie, pour qu’elle serve enfin les intérêts de la majorité.
Les manifestations de lundi ont donné l’occasion à ceux qui s’en sont saisie, d’exprimer leur mécontentement, en dépit même des limites mises par les dirigeants de la CGT qui soutiennent le gouvernement. Mais les problèmes demeurent.
D’autres pas peuvent être franchis dans les jours qui viennent. Puisque le PCF a pris l’initiative d’appeler à une manifestation nationale contre les licenciements le 16 octobre, conjointement avec d’autres organisations, notamment Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire, il faut que nous soyons le plus nombreux possible à y répondre.
Il dépend de la participation de tous de faire en sorte que ce mouvement ne soit pas qu’une journée sans lendemain, mais le début d’un véritable mouvement d’ensemble, pour interdire les licenciements, pour une vraie réduction du temps de travail avec embauche en compensation et maintien des salaires, contre les patrons licencieurs – Etat compris – et contre ce gouvernement qui les sert.

