Il prend aux pauvres et donne aux riches
2 août 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Robin des Bois prenait aux riches pour donner aux pauvres. Jospin des Bourgeois fait l’inverse. Et l’été, pas de trêve : le gouvernement redouble ses attaques, espérant sans doute que le beau temps fera passer la pilule…
Sauf qu’on a quand même du mal à l’avaler. En deux semaines, le gouvernement a encore fait la démonstration de ce qu’il faut entendre par « la méthode Jospin » : un coup sur les pauvres, un coup pour les riches, le tout enrobé d’arguments hypocrites.
Du côté des pauvres, Jospin est sans gêne, il se sert directement dans leur porte-monnaie, en abaissant de 3 % à 2,25 % le taux du livret A. Les économies que l’on peut y déposer sont déjà bien maigres, et le gouvernement trouve le moyen d’en diminuer encore le rapport ! Et avec quels arguments !
On nous dit que l’inflation a diminué. Mais pour combien de temps ? Et puis, lorsque l’inflation était forte, le livret A ne rapportait strictement rien. Dans les années soixante-dix, on y perdait même à laisser son argent sur ce livret. Est-ce que le gouvernement a, alors, augmenté les taux d’intérêt ? Non.
Avec le ralentissement de l’inflation, le livret A est devenu un peu « rentable » : il rapporte environ 3 % par an. C’est sans doute ridicule, vu la faiblesse des économies déposées (pas plus de 1 000 Francs sur 54 % des livrets), et comparativement à ce que rapportent les actions de ceux qui peuvent jouer en Bourse. Mais c’était encore trop pour le gouvernement Jospin-Gayssot…
Et l’on nous dit aussi que cela devrait permettre de financer le logement social ! Parce que c’est sans doute de notre faute si le gouvernement n’a pas créé la moitié des logements promis pour l’année dernière !
Là encore la ficelle est grosse : si le gouvernement veut créer des logements, il n’a qu’à prendre dans les profits des grandes entreprises, au lieu de taper dans les trois sous que l’on met de côté. Et il y a urgence quand on sait que 10 % de la population est considérée comme « très mal logée ».
De leur côté, les riches, eux, peuvent s’estimer heureux. D’après l’INSEE, le moral des industriels est d’ailleurs « au beau fixe ». Ils seraient « optimistes » pour la rentrée. Et ils auraient tort de ne pas l’être quand on voit les cadeaux que leur prépare la ministre Aubry, avec sa deuxième loi sur les « 35 heures ».
Alors que la première loi était déjà censée faire reculer le chômage, il reste massif et touche encore trois millions de personnes. Il n’empêche que le gouvernement persiste : la création d’emplois est bien moins importante à ses yeux que la satisfaction des intérêts patronaux.
Car la seconde loi Aubry, comme la première, est essentiellement un plan visant à réduire le coût du travail pour les patrons. La réduction du temps de travail, quand elle a lieu, n’est qu’un moyen pour atteindre cet objectif, en rendant les salariés plus « flexibles » et en bloquant les salaires.
Mais aussi, plus simplement encore, en en profitant pour combler les patrons de cadeaux, sous forme de milliards d’allégement de charges sociales. Le journal patronal Les Echos chiffrait, jeudi dernier, à 6 % la baisse du coût du travail qui résultera, au minimum, des « aides » sans aucune contrepartie que vont recevoir les patrons. Ces « aides » s’élèveront en effet à 108 milliards de Francs, dont 65 milliards prélevés en grande partie directement dans les caisses de la Sécurité Sociale, dont on nous répète à longueur d’année qu’elles sont déficitaires. Et pour cause !
En prime pour les patrons, les heures supplémentaires - de la 36e à la 39e heure - ne seront majorées que de 10 % (au lieu de 25 %) pendant un an…
Comme on le voit, le gouvernement Jospin vise en plein dans le mille les classes populaires, en espérant sans doute profiter de l’éclipse des vacances pour nous en mettre plein la vue. Mais, tout le monde le sait aujourd’hui, une éclipse, ça ne dure qu’un instant.

