Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Éditos de bulletins > 1999 > juillet > 19

Des tours, des contours, et même des…

« Ce n’est pas possible de faire un Tour à l’eau et au Coca » a déclaré le coureur Thierry Bourguignon après la démission de Christophe Bassons, ce collègue « qui parlait trop » et qui avait commencé à mener sa lutte contre le dopage par média interposés. Commencé seulement, car pressé de se taire par ses patrons et ceux du Tour, mais aussi par ses collègues, il a fini par craquer. Le maillot jaune, Lance Armstrong, lui avait même explicitement demandé pourquoi il ne partait pas, a raconté Christophe Bassons dans une de ses dernières chroniques quotidiennes que lui avait ouvert le journal « Le Parisien-Aujourd’hui ».

Pour la dope, le Tour de France 1999 sera donc sans surprise, il ne déméritera pas des précédents. Il n’y a pas vraiment de quoi s’en étonner, car pour faire plus de 200 kilomètres à vélo à 50 kilomètres/heure, pour avaler des cols dans les Alpes ou dans les Pyrénées, pour parcourir 3680 kilomètres en 20 étapes, il faut non seulement souffrir mais l’exploit est pratiquement impossible, champion ou pas, en restant dans son état normal. Et les coureurs, ces « forçats de la route » comme les avait déjà dénommés le journaliste Albert Londres il y a plus de 70 ans dénonçant avec talent les misères qu’ils enduraient, sont pratiquement tous prêts à l’accepter. Même en sachant qu’un certain nombre d’entre eux l’ont déjà payé de leur vie et d’autres, par des maladies ayant abrégé leurs jours.

On pourrait discuter à perte de vue pour savoir si les champions ainsi sélectionnés ont le choix ou pas, toujours est-il qu’ils sont pris dans un système dont ils sont bien les derniers à tirer les ficelles. Ils courent pour « Banesto », Crédit Agricole« , »La Française des Jeux« , »US Postal« , Telekom », « Cofidis », « Festina », « Casino », « Polti » et quelques autres encore, pour qui le Tour de France est une bonne affaire publicitaire et les coureurs, des hommes-sandwiches de premier choix.

Les équipes ainsi constituées ont chacune leur « Docteur Mabuse », sachant confectionner de « bonnes musettes » et « saler la soupe », quand ils ne distribuent pas « de la forme » à leurs poulains par seringues interposées. Des laboratoires bien connus inventent sans cesse de nouvelles molécules, dites « indétectables » – surtout parce qu’on ne veut pas vraiment les détecter – et qui leur rapportent gros, comme à tous les intermédiaires placés entre eux et leurs victimes.

Le maillot jaune est sponsorisé entre autres par le « Crédit Lyonnais », le maillot vert par le « PMU », et le budget du Tour est de l’ordre de 240 millions. « Les affaires sont les affaires », ce sont elles qui commandent. Il faut non seulement du spectacle, mais que cela rapporte aux investisseurs. La vie ou la santé d’un coureur qui s’en soucie ? La considération d’un sponsor pour un champion, comme pour n’importe quel salarié, se mesure à ce qu’il rapporte.

La course au fric est partout et les gagnants sont d’ailleurs toujours les mêmes. Pas de surprise. Le résultat des courses, publié la semaine dernière, est que, selon un rapport de l’ONU, la fortune des trois individus les plus riches équivaut au produit national brut des 35 pays les plus pauvres, soit 600 millions d’habitants ! Et celle des 200 personnes les plus riches dépasse les revenus des 2,3 milliards les plus pauvres ! Un score jusque-là inédit, tous les records précédent sont battus.

Sûr que lorsqu’on voudra exproprier ces 200 individus les plus riches, il y aura du sport ! Mais avec un rapport en nombre comme celui-là, à plus de 11 millions contre un, sérieusement, c’est quand même jouable…

Imprimer Imprimer cet article