Merci Jospin !
12 juillet 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La gauche au pouvoir ne fait pas que des malheureux : en quatre ans, la richesse cumulée des 500 familles les plus riches de France a grimpé de 536 à 799 milliards de francs, si l’on en croit le magazine « Challenges », qui vient de publier son classement des grandes fortunes. Tandis que grossissait le flot des RMIstes, des précaires, des sans-logis et des ménages endettés, la crème des milliardaires s’est donc enrichie de moitié.
Le boom de la bourse et des marchés financiers n’est pas pour rien dans cette envolée. Mais la spéculation n’explique pas tout : comment Bernard Arnault (n°2 au classement), le patron de LVMH, empire de l’industrie du luxe, a-t-il pu engranger 43,9 milliards en seulement un an ? Et François Pinault (n°4), géant de la distribution (Printemps, La Redoute, Prisunic, Fnac, Conforama, etc.), plus de 19 milliards ? Des performances pas si étonnantes quand on sait que le peloton de tête est dopé… L’Etat n’a cessé de leur injecter des milliards de francs de subventions et aides diverses ! Chaque année, pas moins de 150 milliards sont distribués aux entreprises sous prétexte d’aider à l’emploi.
François Pinault, par exemple, a racheté à l’Etat pour un franc symbolique les papeteries La Chapelle-Darblay, il y a quelques années, puis revendu le tout avec un copieux bénéfice. Plus récemment un savant montage financier lui a permis de soutirer plus de 6 milliards au Crédit Lyonnais, déjà mourant, sous l’œil bienveillant des pouvoirs publics. A force de combines et de coups boursiers ce « pauvre homme », qui n’avait que 12 milliards il y a deux ans, est aujourd’hui assis sur un magot de près de 50 milliards.
On peut en dire autant de Bernard Arnault, le pape de l’industrie du luxe avec ses 67 milliards, qui a récupéré l’ancien groupe Boussac sans bourse délier. Quant à Ernest Antoine Seillère de Laborde (n°36), le patron des patrons, il a beau faire le malin : il serait aujourd’hui sur la paille si l’Etat n’était pas venu absorber les pertes des aciéries De Wendel. Les contribuables ont casqué 20 milliards, des milliers de sidérurgistes sont sur le carreau, mais Seillère lui, s’en tire avec 4 milliards de fortune personnelle. Même les Rothschild ont touché des centaines de millions de francs de fonds publics quand la banque familiale était en difficulté !
Sur d’autres encore l’argent public pleut en cascade : ainsi le fabricant d’avions de guerre Serge Dassault (n°8 avec 15 milliards) ou le bétonneur Bouygues (n°19 avec 6,4 milliards) : pour l’avion Rafale le groupe Dassault a reçu 188 milliards de subventions ! Quant aux deux fils Bouygues, c’est un secret de Polichinelle, ils « s’arrangent » avec tous les contrats – Grand Stade, Arche de la Défense, ponts, stations de métro, écoles – pour aspirer l’argent public.
Aides publiques aux grands patrons, blocage des salaires, spéculation boursière : autant de clés pour comprendre la flambée des fortunes privées. En deux ans, la numéro 1 du classement, Liliane Bettencourt, héritière de l’Oréal, a bondi de 44 à plus de 71 milliards. Ce qui représente un enrichissement d’environ 38 millions par jour soit environ un SMIC toutes les 5 secondes.
Avec la montée de la précarité, les négriers sont de retour : l’un de ceux qui a le plus profité de l’année est Philippe Foriel-Destezet (n°10), le propriétaire d’ADECCO, le N°1 du travail temporaire : +16% à 14,4 milliards. Pas étonnant que l’intérim rapporte, dans un pays qui compte cinq millions de chômeurs et quatre millions de précaires.
On peut au moins espérer que ces 500 grandes familles ne seront pas ingrates et qu’elles diront merci à la gauche plurielle pour l’effort accompli. Merci à Jospin pour le SMIC sans coup de pouce en 1999 et pour la baisse de la taxe d’apprentissage. Merci à Aubry pour sa loi des 35 heures qui permet de bloquer toute augmentation des salaires et d’empocher des subventions. Merci à Strauss-Kahn pour les privatisations qui permettent de gagner des milliards en un clin d’œil. Merci à Chevènement d’avoir envoyé la police expulser les chômeurs qui occupaient les ASSEDIC en réclamant 1500F.
Deux années de gauche au pouvoir ont suffi à prouver qu’il ne fallait pas compter sur elle pour réduire les inégalités, bien au contraire. Alors, ne comptons plus que sur nos luttes !

