Loi Aubry, licenciements, salaires bloqués, attaques sur les retraites… Ras l’bol !
28 juin 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
L’avant projet de seconde loi sur les 35 heures est révélateur : c’est une machine de guerre contre les travailleurs qui ne créera aucun emploi.
Si grâce aux contingents d’heures supplémentaires les horaires pourront de fait être maintenus, le patronat n’aura par contre plus besoin de payer de majoration. Celles-ci subiront dorénavant une « taxation », au taux de 10 % la première année. Elle ne sera pas versée aux travailleurs mais à une « caisse » aux contours encore mal définis. La « taxation » sera portée progressivement après 2001 à 25 % et 15 % seulement pourront être récupérés ou payés.
Pour compenser l’écart entre 39 heures et 35 heures, il n’y aura pas d’augmentation de 11,4 % du salaire horaire de base : pour les smicards une prime devra être versée en compensation mais rien n’est vraiment défini pour les autres. Et les travailleurs à temps partiel dont le temps sera réduit y perdront à coup sûr.
L’annualisation sera la règle et les patrons pourront ne prévenir que 7 jours à l’avance d’un changement d’horaire et faire varier la semaine de 0 à 48 heures. Même les cadres ne seront pas épargnés. Le texte ne prévoit, pour un grand nombre d’entre eux, qu’une diminution de 5 jours travaillés par an, sans définir ni durée quotidienne ni hebdomadaire, laissant ainsi largement place à un accroissement de fait de leur temps de travail.
En revanche, les patrons pourront augmenter leur production sans embaucher et ils récupéreront 65 milliards sous forme de ristourne sur les charges sociales, de 21 500 F par salarié et par an pour un smicard à 4000 F au delà de 1,8 fois le SMIC. Et sans aucune condition de création d’emplois !
Contre la première loi des 35 heures, de nombreuses luttes – dont la récente grève des cheminots – ont déjà eu lieu, pratiquement à chaque fois que des travailleurs s’aperçoivent concrètement de ce qu’il en est de cette prétendue avancée sociale. Nul doute qu’il faille encore se battre contre cette deuxième loi qui confirme l’offensive que mènent le patronat et le gouvernement, non pas contre le chômage mais contre les travailleurs.
Comme il faut se battre contre tous ces plans de licenciements qui frappent un grand nombre d’entreprises, très souvent parmi celles qui ont fait d’énormes profits mais qui en diminuant leurs effectifs en veulent encore davantage. Ils ont raison ces travailleurs d’Elf, de Bosch, d’Alcatel, des Chantiers du Havre et de bien d’autres de manifester ou de faire grève pour ne pas se retrouver à la rue.
Comme il faut se battre contre le blocage, voire la régression des salaires que le patronat cherche à imposer, pendant que le gouvernement donne l’exemple en refusant même le traditionnel « coup de pouce » au SMIC. Ils ont raison ces grévistes des grands magasins du « Printemps », smicards pour beaucoup, et même sous-smicards lorsqu’ils sont à temps partiel, qui n’admettent pas que leur direction leur propose 0,6 % d’augmentation « au mérite » pendant que leur patron, M. Pinault, une de plus grosses fortunes de France, rachète à coup de milliards le fabricant de luxe Gucci et… ne paye pas l’impôt sur la fortune. Ils ont eu raison ces grévistes de Daewoo de refuser les brimades et de lutter pour leurs salaires. Ils ont d’ailleurs obtenu 300 F d’augmentation sur les 600 demandés, après 11 jours de grève.
Comme il faut se battre contre le projet annoncé du gouvernement de porter à 42,5 ans le temps de cotisation pour avoir le droit à une retraite complète.
De nombreuses luttes actuelles montrent que la colère des travailleurs est en train de monter. Heureusement, car ni les débats au Parlement ni les discussions entre syndicats et patrons autour du tapis vert ne changeront quoi que ce soit.
Seul un grand mouvement des travailleurs, tous ensemble, fera reculer le gouvernement et les patrons et imposera de vraies mesures d’urgence contre le chômage. C’est à rassembler les forces de la classe ouvrière, à préparer cette lutte d’ensemble, que tous les militants, qu’ils soient de l’extrême-gauche, du Parti Communiste ou même du Parti Socialiste, avec les militants syndicalistes et avec tous les travailleurs combatifs, se doivent aujourd’hui d’œuvrer pour vraiment changer le sort du monde du travail.

