TOUS ENSEMBLE DANS LE TRAIN DE LA GREVE !
3 mai 1999 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La grève des cheminots contre le projet d’application des 35 heures à la SNCF, commencée mercredi 28 avril à l’appel de la F.G.A.A.C., le syndicat autonome des agents de conduite, a pris de l’ampleur en fin de semaine dernière et s’est étendue. Grâce au renfort en particulier, de militants d’autres syndicats dont les dirigeants n’avaient pas appelé à la grève.
Les cheminots sont victimes des mêmes attaques que l’ensemble des salariés. Comme dans toutes les entreprises, leurs effectifs ont considérablement diminué ces dernières années et leurs conditions de travail empiré. Sous prétexte des 35 heures la SNCF veut maintenant leur imposer encore plus de flexibilité, alors que les embauches ne sont absolument pas à la hauteur de l’augmentation du trafic.
Ca n’empêche pas, comme à chaque grève, la SNCF, le gouvernement et les patrons de presse d’essayer de faire passer les cheminots pour des privilégiés et de tenter de dresser les autres travailleurs contre eux. Mais malgré l’attente sur les quais, toute leur propagande ne doit pas faire oublier aux usagers, qui sont pour la plupart d’abord des travailleurs, qu’à ce titre la solidarité avec les grévistes est la seule façon de défendre leurs propres intérêts. Ne serait-ce que parce que la réduction des effectifs et les attaques contre le statut des cheminots, auront comme conséquence une dégradation des conditions de transport dont ils feront les frais.
Les directions de la CGT et de la CFDT, jusqu’à la fin de la semaine dernière, ne se sont pas associées à cette grève. Pire, elles l’ont même combattue, soucieuses d’appuyer un gouvernement dit de gauche, où siège en plus un ministre des transports du Parti Communiste Français, J. C. Gayssot, qui est aussi un ancien de la CGT. Dénonçant les soi-disant « mensonges » et la « désinformation », la CGT s’est proposée d’informer elle-même les cheminots sur le « véritable contenu » de ces accords sur les 35 h qu’elle souhaiterait signer, se posant ainsi dans les faits en « chargé de communication » de la SNCF.
Mais si ces accords étaient si bons, on ne comprend pas pourquoi les cheminots les combattraient. A tel point que dans certains secteurs des syndicats CGT ou SUD sont entrés dans la grève sous la seule pression de la base.
Les cheminots ont bien raison de se battre contre ce gouvernement, car Jospin mène la même politique que son prédécesseur Juppé. Il poursuit les mêmes attaques contre les cheminots et continue le démantèlement de la SNCF, en vue de la privatisation de ses secteurs les plus rentables. Il essaye par ailleurs de faire avancer les mêmes projets s’attaquant aux retraites, autant dans le secteur privé que dans le secteur public, comme on le voit avec le rapport Charpin visant à l’allongement à 42 ans et demi de la période de cotisation.
Ce sont non seulement les cheminots, mais tous les travailleurs qui doivent faire face à ces offensives répétées du patronat et du gouvernement. Et une réponse d’ensemble s’impose.
L’unité affichée le 1er mai entre Bernard Thibault et Nicole Notat va-t-elle dans ce sens ? Certes, l’unité est nécessaire, mais pour quoi faire ? Une semaine d’action, fin mai, pour peser sur la seconde loi Aubry sur les 35 heures, celle à venir ? Mais pourquoi pas l’opposition résolue aux premiers accord Aubry, ceux qui sont signés actuellement et dont beaucoup de travailleurs, pas seulement les cheminots, ne veulent pas ?
Pourquoi pas l’action commune dès maintenant à la SNCF ? Pourquoi pas un mouvement général contre les licenciements, regroupant toutes les entreprises touchées par des plans sociaux, des Chantiers Navals du Havre à Elf, en passant par IBM Corbeil ? Et pourquoi pas encore un mouvement contre toutes les attaques visant les travailleurs : filialisation à Air-France, réforme hospitalière, aggravation de la flexibilité dans toutes les entreprises, dégradation du régime de retraite…
Seul un mouvement général pourra faire plier patronat et gouvernement. Il faudra bien que les travailleurs l’organisent, que ce soit avec ou sans les directions syndicales.

