Tous ensemble pour l’emploi : il y a urgence IMPOSER L’INTERDICTION DES LICENCIEMENTS
23 novembre 1998 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Depuis la fin de l’été, la machine à licencier fonctionne à plein régime… Les fermetures prévues à la SEITA, celle des ACH (chantier naval du Havre), les licenciements chez Lévi-Strauss dans le Nord, de Shell ou de Thomson, ont fait la une des médias nationaux. Dans tout le pays on connaît aujourd’hui une véritable avalanche de suppression d’emplois.
En laissant les mains libres au patronat, en prenant lui-même la décision de liquider les ACH au Havre ou un certain nombre d’hôpitaux ou de maternités de province, le gouvernement, porte une lourde responsabilité dans la catastrophe sociale qui se déroule aujourd’hui. Un travailleur qui perd son emploi peut rapidement se transformer en SDF, et cet hiver précoce montre quel sort tragique cette société réserve aux plus démunis.
Pour ce gouvernement, pas plus que pour les précédents, il n’est question de contraindre les patrons à quoi que ce soit. Jospin ne veut même pas entendre parler du « rétablissement de l’autorisation administrative des licenciements » – une mesure revendiquée par le Parti Socialiste et promise par lui avant que les élections ne lui donnent le gouvernement – qui n’empêchait pourtant pratiquement rien. Robert Hue au nom du Parti Communiste se contente, lui, de demander « un moratoire sur les licenciements », c’est-à-dire un délai – le temps d’une prochaine élection peut-être ? – et d’ailleurs sans même chercher à l’imposer.
Martine Aubry ministre du travail, a brandi une prétendue menace contre les patrons qui utilisent le travail précaire en permanence. Elle pourrait leur faire payer une taxe. Mais cela ne permettrait en rien de lutter contre la précarité. Ce serait exactement le contraire : aujourd’hui la loi interdit d’utiliser les statuts précaires autrement que pour un surcroît ponctuel d’activité, mais les patrons violent la loi et ne sont absolument pas inquiétés par les pouvoirs publics. Ils pourraient demain en revanche utiliser la précarité en toute légalité, moyennant quelques finances qu’ils auraient vite fait de rattraper sur les salaires. Au nom de la lutte contre la précarité, le gouvernement donnerait ainsi aux patrons encore davantage de moyens pour rendre les travailleurs encore plus précaires !
C’est la même démarche que pour la prétendue loi des 35 H, présentée comme un moyen de faire reculer le chômage, alors qu’il ne s’agit que de donner aux patrons la possibilité d’annualiser le temps de travail, de bloquer les salaires… et d’empocher les subventions gouvernementales. Et il se trouve des dirigeants syndicaux pour prêter la main au gouvernement ! Même les dirigeants de la CGT qui, entre autres, ont poussé à la signature d’un accord de branche dans le textile – qui ne vaut pas mieux que celui de la métallurgie – qui se veulent maintenant les chefs d’orchestre d’un « syndicalisme de proposition ».
Il faut interdire les licenciements et réquisitionner sous le contrôle des travailleurs les entreprises qui licencient. Il faut contraindre les entreprises à réduire le temps de travail avec obligation d’embauche en contrepartie, sans réduction de salaire et sans annualisation. Et il faut arrêter de verser des milliards de subventions aux entreprises avec un résultat nul pour l’emploi…
Contre les licenciements, les luttes déterminées n’ont pas manqué depuis plusieurs années. Mais elles restent en général isolées. Pour arracher des créations d’emplois dans l’éducation nationale, des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans les rues en octobre-novembre de cette année. Et c’est bien aussi pour des embauches que se sont battus les routiers, les salariés des transports publics comme ceux de Rennes ou de la RATP dernièrement. Comme c’est encore l’emploi qui est au cœur de la lutte des cheminots aujourd’hui.
Si l’on veut passer le cap des luttes défensives ou des victoires partielles, c’est une lutte tous ensemble qu’il s’agit de préparer. Une orientation que les directions syndicales, trop attachées à ne pas gêner le gouvernement, ne proposent évidemment pas. Mais il faut que les travailleurs du rang et les syndicalistes à la base prennent eux-mêmes les affaires en main pour y parvenir.

