Le contentement d’en haut et le ras le bol d’en bas
15 septembre 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
En haut, ils sont contents. Jospin, d’avoir pu renier en trois mois ses quelques maigres et rares promesses sans avoir vu un seul ministre socialiste, vert ou communiste, ruer dans les brancards et démissionner. Juppé, de voir Jospin continuer les différents volets de sa politique, à la Sécu, aux privatisations, aux p’tits boulots, contre les travailleurs immigrés... Robert Hue, de jouer les bons apôtres en donnant la parole aux militants communistes mécontents tout en félicitant ses camarades ministres de ce « réalisme » qui a reconverti Jean-Claude Gayssot à la religion de l’ouverture du capital public aux capitaux privés. Voynet, la réaliste Verte, d’être devenue une vraie ministre qui parle du long terme pour faire oublier qu’elle accepte dans l’immédiat ce qu’elle combattait hier, comme la multiplication des pistes d’atterrissage à Roissy contre l’avis de la population riveraine...
En bas, c’est autre chose. Le chômage, le surendettement, la galère des jeunes, le fossé entre riches et pauvres, se font toujours plus cruellement sentir. La détresse des jeunes, on a pu la constater en les voyant se ruer par dizaines de milliers dans les rectorats de l’Education Nationale à la suite de l’annonce de la création de ces malheureux 40 000 « emplois-jeunes » d’aide à l’enseignement (alors qu’il y a 3 millions et demi de chômeurs recensés). D’innombrables candidats pour très, très peu d’élus. Pire que le concours d’agrégation ou de polytechnique ! Et de quels emplois s’agit-il ? En fait, des traditionnels boulots de « surveillants », de pions, mais à une nuance près : les emplois de pions statutaires étaient payés aux alentours du smic pour 28 heures, considérées comme un plein temps, permettant aux étudiants sans ressources de continuer leurs études. Désormais, les mêmes « bac + 2 » et plus devront faire leurs 39 heures pour à peine le même tarif. Et sans garanties au bout de cinq ans.
Et l’on nous parle de « création d’emplois » ! Mais qui nous dit, dans ce simple exemple de l’Education Nationale, que la création de ces 40 000 CDD de cinq ans, de pions au rabais, ne va pas se faire au détriment des emplois de surveillants traditionnels, sans parler des emplois d’enseignants proprement dits ?
Car ces prétendus plans-emplois gouvernementaux ne sont en réalité qu’une façon de précariser certains nouveaux travailleurs de la fonction publique et de les sous payer, même quand ils sont diplômés. Et il faudrait que les jeunes disent merci pour cette aumône aux alouettes !
Les jeunes qui se précipitent sur les « emplois » Aubry n’ont pas le choix. Mais ils n’en sont pas dupes, pas plus que leurs parents qui les ont à charge jusqu’à vingt-cinq ans ou trente ans.
En réalité, au sein de la population comme chez les militants ouvriers proches de leurs camarades de travail, il n’y a guère d’illusions sur ce gouvernement Jospin soutenu par les Verts et les dirigeants communistes. On l’a vu à la fête de l’Huma où les pontes du parti et certains des « camarades ministres » se sont fait parfois houspiller et contester.
Car c’est bien gentil de faire de temps en temps semblant de critiquer certaines des mesures gouvernementales, comme le font les dirigeants du PCF, voire de parler de « rapport de force », alors que les mêmes dirigeants du PCF, comme de la CGT et des autres syndicats, se refusent, justement, de faire la seule chose qui pourrait le changer le rapport de force : se poser en véritable force d’opposition ouvrière et mobiliser les salariés pour un plan de défense des travailleurs et de lutte contre le chômage en s’en prenant aux revenus des riches et du capital. La classe ouvrière aurait un besoin urgent de s’unir sur un programme de lutte et de mesures immédiates en sa faveur. Mais les dirigeants des grands appareils syndicaux ou politiques qui disent parler en notre nom, sont plus solidaires du gouvernement que de leurs propres adhérents et des travailleurs du rang. C’est cela qui fait le bonheur actuel de Jospin... en attendant la colère des travailleurs et des chômeurs.
Mais la petite euphorie de ceux qui nous gouvernent, il faudra bien la briser, et sans ménagement, tous ensemble dans les grèves et dans la rue, pour que la classe ouvrière retrouve le moral et marque des points.

