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Accueil > Éditos de bulletins > 1997 > septembre > 8

Du guignol

On a les émotions qu’on peut. Ministres, chefs d’Etat et médias du monde entier ont incité le bon peuple à pleurer la mort d’une princesse richissime et celle d’une bonne soeur dont la vertu canonisée s’était pourtant acoquinée aux tontons macoutes et aux intégristes d’extrême-droite de tout poil. Mais entre ces deux grands sanglots médiatiques, le petit monde politicien bien de chez nous, de droite comme de gauche, a tout de même trouvé le temps, la semaine dernière, de se faire son propre petit cinéma intime, avec scènes, pleurs, bras au ciel, sermons, serments, à la suite de la mort, pardon, mais c’était tout comme, de la démission... d’un héros de notre temps : « un homme à poigne », « un meneur d’hommes », un « redresseur », « un fonceur », un ami de la gauche, un chéri de la droite, un pote à Rocard, un protégé de Juppé, en un mot un saint, ou presque, sur qui gauche et droite se retrouvaient, se congratulaient. Bref, un chevalier blanc, Christian Blanc, PDG d’Air France, rien de moins !

Ah, quelle histoire ! Et tout ça pour quoi ? Pour 2 %. Pour nous faire croire qu’il y a un gouffre, un abîme, entre Air France privatisé à 49 % et à 51 % ! Blanc voulait 51 % de capitaux privés, Jospin et son ministre communiste des transports, Jean-Claude Gayssot, étaient d’accord pour une ouverture du capital public au privé... jusqu’à 49 % ! Cela a suffi à la droite pour s’indigner d’une « victoire du Parti Communiste », pendant qu’à gauche on félicitait Jospin « de tenir ses engagements ».

Quelle blague ! Ses engagements, Jospin n’en a tenu aucun, et pourtant il en avait pris le moins possible. Vilvorde a été fermée, le feu vert aux plans de licenciements a été donné, les 700 000 emplois-jeunes promis se résument à 150 000 petits boulots d’ici la fin 98... Les lois Pasqua-Debré ne sont pas abrogées ; la réforme hospitalière de Juppé supprimant des milliers de lits et d’emplois va bon train... Et quant aux promesses de donner un coup d’arrêt à la privatisation du secteur public, oubliée, envolée : la privatisation de Thomson est relancée, l’ouverture de France Télécom au privé est décidée, avec mise en bourse avant de la fin de l’année. Quant à Air France, Jospin et Gayssot voulaient préparer la privatisation, mais sans le dire, Blanc voulait la même chose, mais en le disant ! Quant à la politique de compression d’effectifs et de restrictions salariales, elle devait de toute façon rester la même, dans la droite ligne d’ailleurs de ce qu’on déjà fait les mêmes entreprises publiques depuis des années.

Tout ce psychodrame autour d’Air France n’a jamais été qu’une minable diversion du personnel politique qui nous gouverne pour nous faire croire qu’il y avait un semblant de différence entre la politique de Jospin et de ses ministres paillassons socialistes, communistes ou verts, et de celle de son prédécesseur Juppé. Cette querelle est si bidon, qu’il est question que ce même Christian Blanc, après sa « courageuse » et éclatante démission, aille rejoindre la banque Lazard, qui est depuis des années... la banque-conseil d’Air France. Autrement dit le PDG d’Air France démissionne, pour diriger financièrement la privatisation d’Air France programmée par Jospin et Gayssot !

Il n’y a que faux-semblants dans toute cette affaire. La vérité, c’est qu’en trois mois de gouvernement, Jospin a renié toutes ses maigres promesses en bénéficiant de la caution du parti communiste. Et ce n’est pas les faux coups de gueule autour d’Air France et de son PDG qui y changeront quoi que ce soit.

La plupart des militants ouvriers du parti communiste et des syndiqués CGT ne sont pas dupes de la politique de ce gouvernement PS et sont bien conscients de la connivence de la direction de leur parti, comme la plupart des électeurs communistes et des militants ouvriers, quelle que soit leur appartenance syndicale. Un peu partout, le PCF organise des « rencontres citoyennes » et la semaine prochaine, c’est la fête de l’Huma, où se retrouveront bon nombre de ces électeurs de gauche et de militants ouvriers. Allons-y, participons, ne serait-ce que pour que de vrais coups de gueule, cette fois, chauffent les oreilles des dirigeants du PC et de leurs relais communistes ou socialistes au gouvernement.

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