A MOINS QUE NOUS, TRAVAILLEURS, NOUS EN MELIONS...
28 juillet 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Il ne faut pas espérer une diminution du chômage avant la fin 1998. C’est Strauss-Kahn, le ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, qui l’a affirmé il y a cinq jours à un quotidien américain. Et c’est Jospin lui-même, qui l’a confirmé deux jours plus tard, sur une chaîne de télé bien française.
L’intolérable situation actuelle va donc rester la même pendant un an et demi encore. Autant dire indéfiniment car personne ne peut prévoir quoi que ce soit à une telle échéance.
Voilà pour ceux qui attendaient quand même une petite amélioration du plan d’emploi pour les jeunes que le gouvernement doit dévoiler à la fin du mois d’août ! Rappelons-nous : création de 700 000 emplois promettait Jospin avant d’être élu. Il faut croire que ce chiffre a fondu comme neige au soleil pour que Jospin nous prévienne déjà que cela n’aura aucune influence sur le nombre total des chômeurs restant ! Ou alors que la création de ces emplois nouveaux est renvoyée à la Saint Glin-glin ! Ou encore que l’opération va consister à permettre aux patrons d’embaucher des jeunes à moindre prix pour remplacer des plus vieux qui iront grossir la liste des sans-emplois !
Pas la peine d’ailleurs d’attendre encore pour se persuader que ce gouvernement n’a pas l’intention de mettre les bâtons dans les roues des licencieurs. Reniant les promesses implicites de Jospin, il autorise Renault à fermer Vilvorde. Dans le mois même qui a suivi son arrivée au pouvoir, il a laissé les plus grandes entreprises de l’automobile, de l’électronique ou de la banque confirmer leurs plans de réduction des effectifs, ou même en annoncer de nouveaux. Et en ce mois de juillet encore des entreprises de régions déjà sinistrées, JVC, Panasonic et Unimetal à Longwy, ou les eaux Perrier à Nimes, déclarent tranquillement, et sans opposition d’aucun ministre, qu’elles réduisent leur personnel, ou mettent la clef sous la porte.
Il y a huit jours le gouvernement annonçait qu’il allait taxer les entreprises pour réduire le déficit budgétaire. Dans les cinq jours qui ont suivi les actions à la bourse de Paris ont augmenté de plus de 5 %, deux fois plus qu’à celles de New York ou de Francfort qui pourtant se portent déjà à merveille. Les capitalistes seraient-ils devenus fous ? Bien sûr que non. Mais ils ont pleine confiance dans ce gouvernement : eux savent que lorsqu’il parle de prendre un tout petit peu dans leurs profits, c’est pour le leur rendre au centuple d’une façon ou d’une autre.
Certains à gauche, en particulier au Parti communiste, nous disent qu’il nous faudrait aider ce gouvernement à pencher du bon côté, en faveur des travailleurs. Mais y a-t-il vraiment beaucoup de travailleurs et de gens de gauche pour ne pas voir les évidences qui crèvent les yeux ?
De ce gouvernement, comme des patrons ses amis envers qui il montre tant de bienveillance, nous n’obtiendrons que ce que nous leur imposerons. En septembre doit avoir lieu une conférence sur l’emploi, les salaires et le temps de travail qui sous l’égide du gouvernement doit réunir patronat et syndicats. Comment pourraient en sortir des mesures d’urgence qui changeraient la situation des salariés : interdiction des licenciements, embauches, augmentation de 1500 F mensuels ou même les 35 heures hebdomadaires sans diminution de salaire ?
En faisant simplement confiance à un gouvernement qui montre chaque jour qu’il défend d’autres intérêts ?
Ou en mettant cette conférence directement sous notre surveillance ? Par exemple si des centaines de milliers de travailleurs manifestaient leurs exigences dans la rue au moment même où syndicats, patrons et gouvernement vont soi-disant discuter de notre sort.
Faire pression, montrer la force du monde du travail : ne serait-ce pas d’ailleurs la manière d’apporter une aide efficace à ceux qui dans cette conférence représenteraient nos intérêts... s’il y en avait ?
C’est ce à quoi travailleurs et militants communistes, socialistes, syndicalistes, qu’ils aient encore quelques espoirs en Jospin ou pas, devraient se préparer. En tout cas ceux qui en ont marre d’être trompés.

