BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN...
21 juillet 1997 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Ainsi l’audit commandé à grand fracas par le gouvernement aura appris ce que tout le monde savait : que les déficits publics dépasseraient largement les 3 % cette année encore, si aucune mesure nouvelle n’était prise.
Mais ce n’était sans doute pas un souci d’information qui animait les ministres qui l’ont commandité. Bien plus sûrement, il s’agissait de nous préparer au coup que tous les gouvernements successifs, de gauche ou de droite, nous font depuis vingt ans : celui de l’héritage. Car si Mitterrand n’a pas fait mieux après 1981 que Giscard avant lui, c’était la faute à l’ardoise laissée par Giscard ! Si Chirac après 1986 n’a pas fait mieux que les socialistes avant lui c’était de même la faute aux socialistes ! Si Rocard après 1988 n’a pas fait mieux que Chirac, c’était encore la faute à Chirac ! Si la droite après 1993 n’a pas fait mieux que la gauche, c’était toujours la faute à la gauche !
Ca peut continuer encore longtemps. Et on voit bien l’excuse que Jospin se prépare : s’il est aussi mauvais que ses prédécesseurs, ce sera la faute à ceux-ci.
Certes la gauche qui soutient ce gouvernement, du Parti communiste aux Verts en passant par le Parti socialiste, peut trouver aujourd’hui un motif de satisfaction : c’est aux grandes entreprises, publiques ou privées, et non aux particuliers qu’il va demander l’essentiel des 3 dizaines de milliards nécessaires pour ramener le déficit du budget vers les 3 %.
Mais c’est encore heureux que ce ne soit pas directement aux salariés qu’il impose des sacrifices ! Et pour une fois à ceux qui peuvent se le permettre, et pour qui en fait ce n’est même pas un sacrifice mais seulement le remboursement d’une petite partie de l’immense dette qu’ils ont envers l’Etat.
Pour la seule année 1997 les exonérations de charges patronales se monteront en effet à 78 milliards. Et les exonérations de charges ne sont qu’une partie des subventions de toutes sortes qui sont consenties aux entreprises par l’Etat. Pas la peine donc d’aller chercher plus loin les raisons du déficit : celui-ci, sans ces seules exonérations, serait nettement en-dessous des 3 %. Et les 22 milliards que l’augmentation de l’impôt sur les sociétés ou les plus-values va prendre aux entreprises sont très loin de reprendre les cadeaux qui leur sont faits par ailleurs.
Ca n’empêche pas évidemment les patrons et leurs représentants, CNPF en tête, de crier qu’on les écorche. En 1996 les sociétés ont distribué plus de 280 milliards en dividendes et autres revenus à leurs actionnaires qui ont pu en faire ce qu’ils ont voulu, et en tout cas les soustraire à la trésorerie de ces entreprises pour aller les mettre où bon leur semble. Mais que l’Etat prenne aujourd’hui à ces mêmes entreprises 22 milliards et voilà qui mettrait leur bonne marche en péril ?
Ce n’est évidemment pas sérieux. Mais ce qui est sérieux en revanche, c’est ce que les patrons préparent en faisant beaucoup de bruit pour pas grand chose : expliquer qu’après avoir consenti un tel sacrifice, ils ne peuvent absolument pas faire un effort ni sur les salaires, ni sur la réduction du temps de travail, ni sur l’emploi, ni sur l’amélioration de nos conditions de travail.
Et il est de bien mauvais augure que le gouvernement se sente aujourd’hui tenu de multiplier les excuses et les justifications pour demander 22 milliards aux entreprises. Peut-on croire qu’il est prêt demain à leur imposer bien davantage, ce qui serait nécessaire pour un rattrapage de notre niveau de vie ou une réduction massive du chômage ? Et que la conférence sur les salaires, la diminution du temps de travail et l’emploi, à laquelle il convoque à la rentrée syndicats et patronat, puisse être autre chose qu’une tribune fournie à ce dernier pour nous expliquer qu’il ne peut rien faire ?
Interdiction des licenciements, embauches,1500 F d’augmentation mensuelle, 35 heures hebdomadaires sans diminution de salaire -toutes choses que les profits records des grandes sociétés devraient rendre possibles- il nous faudra les arracher par nos luttes contre les patrons, bien sûr, mais aussi contre le gouvernement, sans doute.

