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Accueil > Éditos de bulletins > 2003 > octobre > 27

Leur guerre contre les pauvres tue

Premier mort : la semaine dernière, les pompiers ont retrouvé un sans-abri mort de froid dans les rues de Paris. « Premier mort », « première victime », la presse insiste là-dessus : tout le monde sait que ça risque de n’être que le début d’une série. Après l’été qui était « trop chaud », cette fois c’est l’hiver qui serait « précoce ». Comme si c’était un problème de météo ! S’il y a des gens qui meurent sur le trottoir, c’est de misère.

Il y aurait plus de 80 000 SDF en France, et avec la remontée du chômage, la situation ne peut que s’aggraver. Les plans de licenciements qui se succèdent : voilà, en bout de chaîne, l’horreur qu’ils créent. La plupart des SDF sont d’anciens travailleurs comme nous. Et souvent pas si anciens, d’ailleurs : certains même ont encore un emploi, sans que leur salaire suffise à payer un loyer !

Le gouvernement a rapidement fait quelques annonces sur le sujet. L’équipe Raffarin ne veut rater aucune occasion de faire sa « com », et les 15 000 morts de la canicule n’ont pas été bons pour son image : la secrétaire d’Etat à la lutte contre la précarité a donc annoncé la création de 3 000 lits supplémentaires pour l’hiver, et une rallonge de 145 millions d’euros pour les SDF. Après ça, si l’hiver est particulièrement meurtrier, le gouvernement pourra à nouveau accuser le climat, ou mieux encore le prétendu « manque de solidarité » de la population. Mais ça ne changera rien au fait qu’il est largement responsable et complice de l’aggravation de la situation des plus pauvres.

Car dans le même temps où il veut singer la charité, ce gouvernement qui sait si bien alléger les impôts des riches s’en prend violemment aux chômeurs. Pendant qu’il se vantait de l’ouverture de quelques milliers de lits pour les sans-abris, il faisait voter une réforme brutale de l’ASS, l’allocation spécifique de solidarité. Cette aide (406 euros par mois maximum), destinée aux chômeurs n’ayant plus droit aux Assedic, n’avait jusque-là pas de limitation de durée. Désormais, les nouveaux bénéficiaires n’y auront droit que pendant deux ans. Sur les 420 000 chômeurs touchant actuellement l’ASS, le gouvernement compte ainsi en éliminer 130 000 l’an prochain, et encore plus les années suivantes. Mais que feront les radiés ? Le gouvernement a pensé a tout : ils pourront postuler au RMA. C’est-à-dire que, si jamais ils parviennent à trouver un boulot à mi-temps dans le privé, alors l’Etat versera l’équivalent du RMI à leur patron, qui bénéficiera ainsi d’une main d’œuvre à des prix défiant toute concurrence. Quant aux heureux RMAstes (la moitié seulement des radiés de l’ASS devraient en être, selon le ministre Fillon), ils devront se contenter d’un demi-SMIC.

Autre exploit gouvernemental : la création de 30 000 Contrats initiative emploi. Des formules offrant jusqu’à 500 euros d’aide mensuelle au patron embauchant un chômeur de longue durée. Des travailleurs 30 % moins cher, autant de pression sur tous les bas salaires… Bref, grâce à la générosité des Chirac-Raffarin-Fillon, même la misère est un affaire juteuse pour le patronat.

La guerre aux plus pauvres ne s’arrête pas là. Toutes les protections, les minces filets sociaux, sont mis à mal. Dans le domaine de la santé, par exemple : en attendant l’offensive générale contre la Sécu, le gouvernement vient de s’en prendre à la Couverture Maladie Universelle (CMU) en instaurant un délai d’un mois entre la demande de soins et la prise en charge. Il attaque aussi l’Aide Médicale aux Etrangers, en réduisant les soins assurés. Il augmente le forfait hospitalier. Il dérembourse des médicaments… C’est ainsi qu’un chômeur sur trois renoncerait déjà à se soigner.

Après ça, Chirac peut bien ressortir ses vieilles phrases sur « la fracture sociale », comme il l’a fait récemment : la fracture sociale, toute sa politique consiste à taper dessus !

Patrons et gouvernement imposent un ordre social absurde et meurtrier. Au XXI° siècle, on peut encore crever de froid dans les rues d’un des pays les plus riches du monde. Et c’est bien une condamnation de l’état d’arriération dans lequel le système capitaliste maintient la société.

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