Solidaires, oui. Mais contre Raffarin et sa politique
1er septembre 2003 Éditorial des bulletins L’Étincelle
A peine le vrai bilan de la canicule était-il connu, que le gouvernement réagissait par une proposition démagogique et indécente : la suppression d’un jour férié afin de collecter des cotisations sociales au bénéfice des personnes âgées.
On croit rêver. Ce gouvernement qui vient d’imposer la loi Fillon de réforme des retraites, condamnant dans l’avenir des centaines de milliers de retraités à des pensions de misère ou au minimum vieillesse, comment ose-t-il encore nous parler de solidarité avec les personnes âgées ? Ce gouvernement qui, dans son dernier budget, a annulé 103 millions de crédits pour les maisons de retraite, qui a durci les règles d’attribution de l’allocation d’autonomie aux personnes âgées, le voilà qui prétend redorer son image en culpabilisant la population et en lui imposant un surcroît de travail !
La démagogie se double d’une escroquerie. Chirac et Raffarin font semblant d’ignorer l’évidence : les salaires sont mensualisés et les jours fériés sont payés comme les autres, cotisations sociales comprises. Travailler un jour de plus ne ramènerait pas un euro de plus dans les caisses de la sécurité sociale, ni dans les poches des travailleurs… mais arrondirait simplement un peu plus les profits des patrons. C’est aussi au nom de la solidarité avec le troisième âge que le socialiste Guy Mollet instaura dans les années 50, la vignette automobile, en vigueur près d’un demi-siècle : cet argent, les vieux n’en virent jamais la couleur.
Cela faisait bien longtemps qu’on entendait dans le monde patronal, des voix s’élever pour déplorer le trop grand nombre de jours non travaillés. Mais de là à ce qu’un gouvernement reprenne cette idée, toute honte bue, en profitant de l’émotion créée par un drame dont il est pourtant en bonne partie responsable !
Car cette catastrophe n’a rien de naturel. Elle est l’aboutissement d’au moins deux décennies d’attaques contre les services publics et tout particulièrement le système de santé. Sous prétexte de « rationaliser », de « restructurer » le système hospitalier, on l’a amené au bord de l’asphyxie, à force de supprimer les lits, les postes, quand ce ne sont pas des services ou des établissements entiers. A l’arrivée, il n’y a plus assez de personnel pour faire boire une personne âgée affaiblie par la chaleur, la ventiler ou lui appliquer une compresse. On a même pu voir durant cette canicule des malades en souffrance entassés pendant des heures dans les couloirs sur des lits de fortune. Même constat dans les maisons de retraite, hormis les plus coûteuses, inaccessibles à la majeure partie des personnes âgées.
En vacances dans leurs fraîches et luxueuses résidences estivales, les membres du gouvernement n’ont pas daigné plancher sur les mesures exceptionnelles. Pourtant, il se sont montrés capables de mettre sur pied en plein été un coûteux plan d’urgence : le sauvetage d’Alstom, une entreprise privée amenée au bord de la faillite par ses patrons. Et là, pour sauver les actionnaires et les banquiers qui risquaient d’y laisser des plumes, les milliards n’ont pas manqué ! Voilà où va la vraie solidarité de Chirac et Raffarin.
Le peu de mécanismes de solidarité existant dans cette société, ils n’ont qu’une hâte, les démanteler : après s’être attaqués à la retraite par répartition avec la loi Fillon, après avoir coupé aux intermittents du spectacle le régime d’indemnisation qui leur permet de survivre, ils ont profité de l’été pour siphonner une partie de l’allocation logement des étudiants. Les projets de décentralisation dans l’Education Nationale, de réforme de la sécurité sociale, mettent en cause des droits fondamentaux, à l’instruction, à la santé. Et les vagues actuelles de licenciements, contre lesquelles le gouvernement ne lève pas le petit doigt, sont vraiment le symbole d’une société où ne règne que la loi du fric.
La vraie solidarité, c’est le monde du travail, par ses luttes, qui en est porteur : tous ceux qui ont lutté au printemps dernier, ou cet été, enseignants, cheminots, postiers, ouvriers, intermittents du spectacle, et ceux qui les ont soutenus, le savent bien.
Alors, Raffarin nous appelle à plus de solidarité ? D’accord. Mais contre lui.


Réactions à cet article
1. > Solidaires, oui. Mais contre Raffarin et sa politique , 29 octobre 2003, 20:06, par skippix
Je suis en tout point d’accord avec cet article !
Je veux juste ajouté que jusqu’à maintenant j’ai vécu ma petite vie tranquille , j’ai fait mon devoir de citoyen en allant voter mais je ne pensais qu’un tel gouvernement pouvait être au pouvoir en France, aussi démago , aussi menteur , retournant toutes les situations à leur avantage ; on secroirait au début du siècle, du temps où le nationalisme était très fort.Ils jouent un jeu très dangereux car les français n’aiment pas être pris pour des c.... et je crains que cela profite à l’extrème droite, l’histoire se répète.
En tout cas , ce gouvernement m’a donné qu’une envie : militer !
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