Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Accueil > Éditos de bulletins > 2012 > décembre > 10

« Putain ! Traîtres ! »…

C’est l’exclamation de colère lâchée par Edouard Martin, délégué CFDT du site ArcelorMittal de Florange, à l’annonce télévisée de Jean-Marc Ayrault : pas de nationalisation, même partielle, mais pas de repreneur non plus, pas la peine d’en chercher d’ailleurs, les promesses de Montebourg à ce sujet étaient totalement bidon. Mais, s’est vanté Ayrault, il n’y aura « pas de plan social », les 630 salariés du site de Florange ne seront pas licenciés. Nooon !… Seulement virés à coup de reclassements internes (à l’autre bout de la France) ou externes, au prétendu « volontariat », couteau sous la gorge, celui avec lequel PSA est en train de supprimer des milliers de postes. Pas de plan social ? Ça n’a jamais empêché les licenciements (dont ceux déguisés en « départs volontaires »), qui ont d’ailleurs déjà commencé chez les intérimaires et les entreprises sous-traitantes.

Avec ou sans « nationalisation », il s’agit bien de virer tout le monde

Nationalisation ? Lors de l’inauguration d’un site Emmaüs la semaine dernière, Hollande l’a confié en partant à des journalistes : « On aurait nationalisé, on aurait dû fermer nous-mêmes ». Quel aveu ! D’abord qu’aucun membre du gouvernement n’y avait jamais cru, ensuite qu’une nationalisation n’aurait précisément rien changé. Lorsqu’en 1982, le gouvernement Mitterrand-Mauroy avait nationalisé la sidérurgie qu’on disait en faillite, cela avait surtout permis l’effacement des dettes des De Wendel et autres barons de l’acier, à la charge du contribuable, tout en supprimant 75 000 emplois en vingt ans dans la sidérurgie.

Montebourg peut donc s’agiter et pleurnicher, sa « solution » de nationalisation n’était que pour la galerie, un vrai travail d’équipe : « Tout le gouvernement est solidaire », dit Hollande, « Il fallait hausser le ton. Arnaud Montebourg l’a fait » dit Ayrault. Quel coup de pression ! Tout cela pour s’aplatir devant les conditions du capitaliste « endetté », qui a versé l’an dernier 2,3 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires dont 943 millions pour la seule famille Mittal.

Arrogance, mensonges et chantages à l’emploi

Alors oui, les salariés d’ArcelorMittal sont allés de colère en colère, d’écœurement en écœurement, mais c’est cette colère qui est en train de provoquer une véritable petite crise ministérielle. Une colère qui, espérons-le, n’a pas fini de s’exprimer, et pas seulement à ArcelorMittal. D’autant que dans une interview au Journal du Dimanche, Ayrault se sert de la fermeture des fourneaux pour faire chanter tous les travailleurs de France : « le pacte de compétitivité s’appliquera dès le 1er janvier, et j’espère que les partenaires sociaux concluront heureusement la négociation sur le marché du travail ».

La voilà la politique du gouvernement de gauche : fermer les usines et menacer les autres de ces fameux « accords de compétitivité » par lesquels les patrons de l’automobile ou de la chimie veulent supprimer des milliers de postes, flexibiliser et surcharger ceux qui resteront, baisser les salaires, dans toutes les entreprises : à Renault, PSA, Arkema et tellement d’autres. Tout cela avec la complicité des dirigeants syndicaux complaisants qui ont le stylo qui démange.

C’est pourquoi les salariés ont bien raison de le dire : « Florange a été le cauchemar de Sarkozy, il pourrait bien être celui de Hollande ». Reste à y réfléchir au-delà de la sidérurgie de Lorraine. La patronne du Medef, Laurence Parisot, s’est félicitée des accords conclus entre le gouvernement et Mittal. Mais que se passerait-il si les ouvriers de Florange qui sont sous les projecteurs aujourd’hui prenaient contact avec ceux de PSA, de Petroplus, de Sanofi, de SFR ou d’Arkema, ou bien tous ceux-ci avec les sidérurgistes de Florange ?

La même arrogance qui couronne le visage des patrons et ministres, se transformerait bien vite en une belle angoisse… Le monde du travail, loin d’en être réduit à crier à la trahison, commencerait à envisager une véritable riposte collective, la seule capable d’arrêter cette hécatombe de l’emploi dans tout le pays.

Imprimer Imprimer cet article