Ne rien attendre du prochain président, mais tout de la coordination de nos luttes
23 janvier 2012 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La litanie des plans anti-sociaux
La semaine dernière, la crise avait le visage des ouvrières de Lejaby : 255 licenciements, plus de la moitié de l’effectif du groupe, et des larmes de rage, celles de femmes qui font leurs comptes : « comment payer les traites de la maison et nourrir les gosses ? » Retrouver du travail à Yssingeaux, petite ville de Haute-Loire dont l’usine d’assemblage doit fermer, c’est une mission plus impossible que celles de la série télé du même nom.
Chaque semaine qui passe apporte un nouveau plan de suppression d’emplois dans une grande entreprise, voire la fermeture d’un sous-traitant ou d’une filiale de grand groupe. À croire que leurs patrons prennent un ticket auprès du gouvernement pour se mettre dans la file d’attente.
Nouvelles attaques en vue à droite
Comble du cynisme, l’annonce du sort des Lejaby a été retardée… d’un jour, afin de ne pas gâcher le plan média de Sarkozy autour du bluff de son sommet « social » de mercredi dernier.
Sommet dont l’UMP se félicite : les dirigeants syndicaux n’ont pas claqué la porte. Ce qui aurait été le minimum, vu les nouvelles arnaques annoncées contre les travailleurs : allongement de la durée des CDD à 30 mois – le CDI est une espèce de plus en plus menacée de disparition... –, 100 millions d’euros pour aider les patrons à nous mettre au chômage technique, nouvelles décharges de cotisations patronales, etc. Sans compter ce que Sarkozy envisage d’annoncer bientôt : transfert, via la TVA anti-sociale, du financement de la Sécu depuis les cotisations patronales vers le consommateur, accord compétitivité-emploi ou comment nous faire avaler des baisses de salaire à horaire constant. Bref, un vrai plan de campagne contre la classe ouvrière, pour lui faire porter le coût de la crise.
À gauche, pas mieux
Face à Sarkozy, Hollande se garde bien de prendre le moindre engagement. Il « aime les gens, pas l’argent » a-t-il dit dans son discours du Bourget de dimanche dernier, mais pas de preuves d’amour. La réforme des retraites ? Il ne parle pas d’annuler la réforme Sarkozy, ni surtout de revenir aux 37,5 annuités, mais vaguement de nouvelles négociations. Les 60 000 postes à créer dans l’Education nationale ? Ils seront pris sur les effectifs déjà laminés des autres services publics. Son seul engagement sérieux, c’est une nouvelle rigueur budgétaire : « Toutes les dépenses seront financées par des économies », car « le nombre de fonctionnaires n’augmentera pas ». Bref, l’Etat patron ne créera pas d’emplois. Rien pour les services publics.
Aucune mesure en vue contre les licenciements, pour la préservation des salaires. Juste l’évocation d’un « pacte de responsabilité de gouvernance et de croissance », ce jargon au service du système capitaliste que la gauche partage avec la droite.
Du côté des travailleurs
Face à l’offensive concertée des patrons et du gouvernement, nous, les salariés, ne manquons pas de troupes combatives. Il suffit de voir toutes ces luttes successives, le dos au mur, des salariés contre leurs licencieurs.
Il suffit de voir, entre autres dizaines d’exemples, comment en septembre 2010, les ouvrières de Lejaby avaient déjà mené une grève de 11 jours et contraint le patron à doubler l’indemnité de départ du précédent plan de licenciement.... qu’il n’a toujours pas intégralement versée. Et comment aujourd’hui, elles occupent l’usine d’Yssingeaux. « La guerre est déclarée » résume très bien une déléguée.
Mais il n’y a aucune raison de se résigner à l’isolement. En se regroupant, les salariés menacés chez Lejaby, Seafrance, Fralib, PSA et bien d’autres auraient les moyens d’entraîner ceux des petites, voire très petites entreprises, en fait à peu près tout le monde, y compris une partie du secteur public, tant la menace de perdre son travail s’est généralisée à tous cette dernière décennie. Oui, en faisant converger leurs luttes, les travailleurs ont les moyens d’interdire les licenciements et d’imposer leurs volontés aux patrons comme aux gouvernants à leur service.

