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Accueil > Éditos de bulletins > 2011 > avril > 18

C’est 300 euros de plus par mois qu’il nous faut !

Les yeux toujours rivés sur les derniers sondages, Sarkozy a lancé, le 7 avril, l’idée d’une prime aux salariés… uniquement dans les entreprises dont les dividendes auraient augmenté ! Son ministre du Budget, François Baroin, a été chargé de mettre en musique la parole présidentielle en avançant le chiffre d’une prime de 1 000 euros tout en bredouillant à l’intention des patrons que rien ne serait « imposé ».

Mais ces excuses ministérielles n’ont pas suffi à Laurence Parisot, la présidente du MEDEF, qui s’est étranglée d’indignation, en expliquant que cela « risquerait d’empêcher les recrutements à venir »… Cela fait des décennies que le patronat nous fait le coup d’opposer salaires et embauche... pour mieux justifier les compressions des salaires car, côté embauches, on n’a rien vu venir ! Mais Parisot a eu gain de cause : Lagarde, la ministre de tutelle de Baroin, a plus ou moins désavoué son sous-ministre en ôtant par avance tout caractère contraignant à la mesure à venir : les 1 000 € ne sont plus qu’un maximum, et la prime ne sera versée que par les patrons qui le voudront bien… La seule certitude est que les patrons seraient exonérés de charges sociales sur la prime !

De l’effondrement du pouvoir d’achat…

Les profits sont au plus haut : plus de 82 milliards de bénéfices pour les entreprises du CAC 40 en 2010 ! Mais les salaires ne suivent pas : aux négociations annuelles, les patrons ne lâchent que des augmentations inférieures au chiffre de 2 % de hausse officielle des prix sur les douze derniers mois, dont nous savons tous qu’il est bidon : les prix qui flambent sont ceux qui constituent l’essentiel des dépenses des familles ouvrières. Depuis septembre dernier, 15 % sur l’essence et 20 % sur le gazole, 20 % sur le gaz en un an, 10 % sur l’électricité. Les prix des produits alimentaires suivent : les pâtes, la farine, l’huile, le pain, le lait – pas une hausse de moins de 5 %, la plupart entre 10 et 20 %.

… à la lutte pour l’augmentation des salaires

Dans de nombreuses entreprises, les travailleurs ne se sont pas contentés des discussions engagées entre syndicats et patrons dans le cadre des Négociations annuelles obligatoires (NAO).

Des grèves ont éclaté dans des secteurs inhabituels, comme à Carrefour ou dans cette agence bordelaise de l’entreprise de pompes funèbres Roc’Eclair ; mais il y a eu des grèves aussi dans le groupe de construction Eiffage, à Toyota, dans le groupe Astrium, chez Decaux, dans plusieurs usines du groupe Michelin, chez « les Nutella » de Villers-Ecalles en Seine-Maritime, et même à la Poste, au centre de Dardilly près de Lyon où le conflit portait à la fois sur les conditions de travail et sur le paiement des dépassements horaires. Ceux de Nutella ont obtenu une augmentation de 60 euros et une prime de 30 euros. Les travailleurs d’Eiffage qui bloquaient le chantier du grand stade de Lille ont obtenu 2 % d’augmentation avec un minimum de 30 euros au lieu des 1,7 % proposés par la direction, ainsi que la revalorisation de primes et indemnités de déplacement.

A l’usine Toyota de Somain, dans le Nord, les travailleurs ont obtenu 800 euros de prime en plus des 1,9 % d’augmentation de salaire, ceux de l’usine voisine d’Onnaing entamant du coup eux aussi une grève sur les salaires – suspendue cette semaine à cause du chômage partiel consécutif au séisme japonais. Et les employés bordelais de l’agence de pompes funèbres ont obtenu une augmentation de 120 euros par mois ! Dans l’ensemble, ces augmentations ne sont peut-être pas à la hauteur de ce que réclamaient les travailleurs mais, sans leurs grèves, c’est encore moins qu’ils auraient obtenu !

Il est plus que temps que nos salaires augmentent sérieusement : pour compenser les hausses des prix, c’est au moins 300 euros par mois qu’il nous faudrait. Les entreprises en ont largement les moyens, mais elles ne les lâcheront que contraintes et forcées : ce qui fera reculer le patronat, c’est une convergence des luttes en un mouvement d’ensemble qui unifie nos revendications et nos forces. Mouvement d’ensemble dont chaque entreprise qui entre en lutte peut être le point de départ.

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