Travailler plus pour gagner moins ? et quoi encore !
16 juin 2008 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Le gouvernement souhaiterait que le temps de travail ne soit plus soumis qu’à des accords négociés séparément, entreprise par entreprise. Il compte offrir au patronat les moyens d’imposer une moyenne de plus de 35 heures hebdomadaires avec des horaires flexibles, de sorte que les heures sups ne seront plus payées au tarif majoré. Les inconvénients de la flexibilité de la loi Aubry, sans même quelques jours de RTT !
Dans le même temps, le gouvernement prévoit l’allongement de la durée de cotisation à 41 annuités pour obtenir une retraite à taux plein. Après s’être attaqué aux cheminots l’automne dernier sous prétexte d’équité, l’équipe de Sarkozy se dirige tranquillement vers les 43 annuités de cotisation pour tous, voire plus !
Face à cette attaque groupée, la CGT, la CFDT, la FSU et Sud-Solidaires ont annoncé une journée de grèves et de manifestations le mardi 17 juin.
Du rythme dans les attaques...
Selon la CGT, la journée de grève de ce mardi 17 juin fait suite à celle du 22 mai. Et la centrale syndicale de souhaiter que nous soyons cette fois « encore plus nombreux »... Cela doit évidemment être l’objectif de tous ceux qui souhaitent faire barrage au bouquet d’attaques gouvernementales. Mais pourquoi avoir tant attendu avant d’appeler les travailleurs à se mobiliser à nouveau ?
Les luttes qui se sont déroulées ces derniers mois, des cheminots aux sans-papiers en passant par les enseignants, ont montré qu’il était possible de faire converger la colère. Mais les directions syndicales ont préféré nous expliquer, contre toute logique, que les mobilisations par secteurs seraient plus efficaces que les mouvements interprofessionnels. C’est encore ce qui s’est passé la semaine dernière, lorsque les cheminots ont été appelés à faire grève dans leur coin contre le démantèlement du fret, alors que l’ensemble des salariés étaient invités à manifester de nouveau huit jours plus tard !
On se retrouve ainsi appelés à se battre un jour pour un meilleur plan salaire dans son entreprise, un autre jour contre l’allongement du temps de travail, et le lendemain comme parent d’élève ou usager des transports publics. Ce n’est évidemment pas ainsi qu’on fera peur au gouvernement et qu’on convaincra les indécis de se joindre au mouvement.
... et du « réalisme » pour « concrétiser »
La grève de ce mardi nous permet pourtant d’affirmer des objectifs clairs et communs : non à l’allongement de la durée de cotisation donnant droit à une retraite à taux plein, non à l’allongement du temps de travail et à la flexibilité. Mais aussi pour l’augmentation générale des salaires, car si les remises en cause des durées de travail et de cotisation sont autant d’attaques contre nos revenus, l’inflation mange ce qui reste de notre pouvoir d’achat !
Plus facile à dire qu’à faire ? Certes. Pourtant les mouvements des petits patrons du transport, de la pêche et de l’agriculture contre le prix des carburants ont montré qu’en s’organisant, on pouvait se faire entendre. Et si cela a été possible pour ces catégories, ça le serait évidemment pour nous, salariés du public et du privé, qui sommes 20 fois plus nombreux !
La semaine dernière, une journée de grève contre la vie chère a eu lieu en Belgique. De quoi se dire que rien ne nous empêcherait de nous coordonner à l’échelle de l’Europe, comme l’ont fait après tout les marins-pêcheurs tout récemment…
Et s’il faut être nombreux dans l’action ce mardi 17, il est aussi nécessaire de discuter des prochaines échéances et des convergences possibles. Ce mardi, nous pouvons marquer des points, mais il faudra aussi envisager rapidement les actions suivantes. Dans le camp des travailleurs, les discussions sur la tactique sont vitales. Elles ne doivent pas être cantonnées aux passionnés de football !

