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Accueil > Éditos de bulletins > 2006 > décembre > 11

Contre la pauvreté, il faut prendre l’argent là où il est

L’Insee vient de publier sa dernière enquête sur la pauvreté. La France comptait 6,9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté en 2004. Cela équivaut à moins de 788 euros par mois pour une personne seule. Parmi elles, on dénombre un million d’enfants, et 1 à 2,5 millions de travailleurs pauvres selon le mode de calcul. Au passage, notons que le seuil de pauvreté suit l’évolution des salaires, puisque l’Insee le fixe à 60 % du revenu médian. Il est donc aussi en retard sur les prix...

Dès lors, il n’est pas étonnant de constater le « succès » des soupes populaires. Toutes associations confondues, c’est la bagatelle de 250 millions de repas qui ont été distribués l’an dernier, à un nombre de bénéficiaires estimé entre 2,5 et 3 millions ! 22 ans après leur création, non seulement les Restos du Cœur existent toujours, mais ils s’attendent à devoir augmenter leur aide alimentaire. Celle-ci était pourtant déjà en hausse de 6,3 % l’hiver dernier par rapport à l’hiver précédent !

Les associations d’aide alimentaire constatent toutes un afflux de travailleurs pauvres. Elles mettent en cause la précarité du travail qui fait régulièrement plonger ces derniers dans le chômage. Elles constatent également les ravages de la spéculation immobilière sur les loyers. 20 % des personnes accueillies par les Restos du Cœur en 2005 n’avaient pas de logement.

Or, de droite comme de gauche, les candidats à l’élection présidentielle n’offrent comme solution au problème de la pauvreté que de produire plus de richesses. C’est le sens du « travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. C’est aussi le sens de la charge de Royal contre la Banque Centrale Européenne. Elle l’accuse de freiner, par la baisse des taux d’intérêt, la croissance qui serait nécessaire à la bonne santé économique de la France et de l’Europe.

Mais produire plus, nous le faisons déjà, bien malgré nous le plus souvent. Dans l’industrie, avec l’augmentation des cadences, ou en faisant effectuer le même travail par un nombre toujours plus réduit de salariés, par toutes les ficelles de l’exploitation, les patrons ont accru notre productivité, de 4 % l’an dernier selon le journal Le Monde. Un niveau comparable à celui des années précédentes. Prétendre résoudre le chômage par des allègements de cotisations sociales et la pauvreté en stimulant la croissance, c’est de l’arnaque.

Actuellement, plus la société produit de richesses, plus les pauvres s’appauvrissent. C’est également vrai ailleurs dans le monde. La Chine connaît une des plus fortes croissances économiques au monde, autour de 10 % par an. Cette croissance s’accompagne de l’explosion du chômage dans les villes et de la misère dans les campagnes. Le vrai problème, là-bas comme ici, c’est la croissance des inégalités.

Un récent sondage réalisé par BVA pour Emmaüs, l’association de l’abbé Pierre, indique que 48 % des Français craignent d’être un jour SDF. C’est dire combien la menace de la précarité est ressentie. Cela pèse indéniablement sur le moral, la combativité des travailleurs. Le patronat use du chantage à la délocalisation et s’appuie sur le chômage pour faire accepter des salaires de misère, les temps partiels imposés.

Mais cela pourrait bien finir par lui coûter cher. Nombreux à ressentir l’insécurité sociale, nous sommes aussi nombreux à prendre conscience qu’il n’y a d’autre solution que la lutte. Pour combattre la pauvreté, il faut reprendre au patronat les fruits de notre travail, taper dans les profits. Comme par hasard, en ces temps difficiles pour une partie croissante de la population, ceux-ci prospèrent : + 23 % pour la BNP, + 103 % pour Danone cette année par exemple.

Ces richesses peuvent soulager tout de suite la misère. En imposant l’embauche de tous les travailleurs précaires, la réquisition des logements vides, des augmentations générales d’au moins 300 € par mois pour tous, et pas de salaire en dessous de 1 500 € nets.

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