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Accueil > Éditos de bulletins > 2006 > septembre > 25

« Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan ! C’est la meute des honnêtes gens, qui fait la chasse à l’enfant » (Jacques Prévert - 1934)

Sarkozy vient de relancer la démagogie sur l’insécurité en s’appuyant sur une vieille « note » du Préfet du 93 selon laquelle la justice serait trop clémente envers les jeunes délinquants. A peine la police les arrêterait et les livrerait à la justice, qu’ils seraient relâchés ! Les loulous nourriraient donc un sentiment d’impunité. D’où des délits en hausse, contre une population qui n’en pourrait plus ! Sarkozy pointe particulièrement du doigt la « démission » et le « laxisme » du tribunal pour enfants de Bobigny.

Halte-là !

Augmentation de la petite délinquance ? Certes des chiffres sont donnés. Mais il n’y a pas forcément corrélation entre les plaintes enregistrées par les flics et l’évolution réelle des délits. Les feuilletons de la télé montrent comment les commissariats modulent leurs statistiques. A la baisse pour prouver à leur hiérarchie qu’ils sont efficaces dans la répression. A la hausse pour montrer que le ministère s’intéresse aux difficultés des gens. Mais le bien être des habitants des cités est le cadet de leur souci. Dans le 93 en particulier, la police serait davantage mobilisée pour les déplacements de ministres ou la protection des matches du Stade de France.

Démission des juges ? On aurait plutôt envie de dire que malheureusement pas ! Certes, les mafias du banditisme de la drogue, du proxénétisme ou de la corruption financière, sont peu empêchées de nuire... ou ça se verrait. Mais la justice n’y va pas de main morte contre les gosses des cités, surtout blacks ou beurs ! Les condamnations qui sont tombées après les rafles de l’automne et du printemps derniers, lors des émeutes des banlieues de 2005 comme lors des manifestations de la lutte anti-CPE, ont montré sa dureté et son arbitraire. Bien des gamins mineurs sont en butte à la police et la justice alors qu’ils ne sont ni coupables ni a fortiori récidivistes. Rappelons-nous ceux de Clichy-sous-Bois il y a un an qui, poursuivis par la police, se sont fait électrocuter dans un transformateur, d’où les émeutes de 2005.

Une situation explosive ? Oui, bien sûr. Mais si la situation est devenue insoutenable, non pas pour Sarkozy et Le Pen (bien abrités derrière les murs de leurs propriétés de Neuilly ou de Saint-Cloud), mais pour les familles ouvrières des banlieues, c’est que le chômage, les p’tits boulots, les bas salaires et la misère en ont fait des ghettos. Et des foyers d’incendies. Heureusement par certains côtés que les jeunes soient indignés. Ce serait la tâche du mouvement ouvrier d’attiser leur révolte dans le sens d’une lutte d’ensemble contre le patronat et le gouvernement.

Sarkozy pérore contre la justice. Il cause, il cause ! Mais les gouvernements auxquels il participe depuis des années, n’auraient-ils eu aucun moyen pour changer la vie ? Si, mais celle de leur classe sociale. Le gouvernement a fait des cadeaux aux plus riches, aux patrons et aux actionnaires, prétendument pour qu’ils créent des emplois... alors qu’ils ont licencié, précarisé, et empoché en trouant le budget des travailleurs et en vidant les caisses sociales. Avant eux, la gauche avec la ribambelle d’actuels candidats à la présidence, Royal, Strauss-Kahn, Jospin, Fabius, Lang sans oublier Marie-George Buffet, ont gouverné au service des mêmes. Quand aujourd’hui Royal comme Sarkozy agitent le hochet de la carte scolaire, ou de l’immigration en se bousculant au Sénégal, c’est pour confirmer qu’ils sont bien présidentiables, dans l’intérêt des privilégiés et des possédants.

Et qu’est-ce que ça prouve, que Sarkozy avance un sondage selon lequel, en matière de répression de la délinquance, il serait approuvé « par une majorité de Français » ? Cela ne prouve pas qu’il ait raison. Seulement qu’il est démagogue. Et surtout que sa démagogie est orientée. Car on ne l’a pas encore vu (mais Royal non plus) commander un sondage du genre : « Pensez-vous que les patrons sont trop licencieurs ? » ou « Pensez-vous que les salaires doivent être augmentés ? »

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