Bush, Chirac, ONU, Israël : les complices
14 août 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Vendredi soir, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait à l’unanimité « la résolution 1701 » au sujet de la guerre au Proche-Orient. Impulsée par les États-Unis, la France et d’autres membres du Conseil, acceptée par Israël et le Liban, cette résolution serait un espoir de paix, selon les médias et nos gouvernants. Et depuis quelques heures, au moment où nous écrivons, la trêve serait effective. Pour combien de temps ?
Certainement pas plus longtemps que toutes celles conclues depuis plus de cinquante ans entre Israël et certains de ses voisins arabes si l’on s’en tient aux termes de la résolution onusienne. Celle-ci est non seulement outrageusement en faveur d’Israël mais de plus elle ne règle aucun des problèmes qui sont à l’origine de cette guerre comme des précédentes. Et en particulier pas le problème des Palestiniens dont Israël nie les droits depuis plus d’un demi-siècle.
Preuve d’ailleurs qu’Israël continue à ne miser que sur la force, son armée redoublait de plus belle ses opérations militaires dans les heures qui ont suivi le vote de la résolution. Les 30 000 soldats israéliens engagés au Liban ont cherché à avancer le plus possible dans le pays, non sans rencontrer de résistance. Et les bombardements meurtriers ont continué au Sud-Liban comme à Beyrouth jusqu’à quelques heures avant la trêve. Il faut croire que loin de se sentir désavoué ou condamné, Israël a vu un encouragement à sa politique dans la résolution de l’ONU.
Celle-ci exprime bien en effet le soutien des grandes puissances à Israël et à sa guerre. Le soutien des États-Unis, franc et ouvert depuis le début, mais aussi celui de la France, que Chirac et Douste-Blazy cachent bien mal derrière les grandes phrases sur la paix ou les larmes hypocrites sur le sort du Liban.
Qu’on en juge ! La résolution 1701 (à la rédaction de laquelle la France se vante d’avoir pris la plus grande part) reprend à son compte la thèse israélienne d’une guerre défensive contre le terrorisme du Hezbollah. Elle met en avant la nécessité immédiate de la libération des deux soldats israéliens enlevés... mais ne dit pas mot des milliers de Palestiniens ou Libanais prisonniers d’Israël. Elle réclame le désarmement immédiat des milices du Hezbollah... mais même pas le retrait immédiat des troupes israéliennes qui sévissent actuellement au Liban. Elle justifie l’embargo sur les armes... mais contre les milices libanaises seulement : Israël pourra continuer à renforcer son arsenal, fourni par les Etats-Unis. La seule demande adressée à Israël est de stopper ses offensives militaires... mais justement Israël prétend ne faire que se défendre en bombardant tout le Liban et massacrant la population. Il peut donc en conclure déjà qu’il est autorisé à continuer à « riposter ».
La résolution prévoit l’arrivée d’une force multinationale au Liban, sous mandat de l’ONU. Autant dire que les troupes israéliennes seraient alors remplacées par des troupes avec les mêmes objectifs !
Ainsi pendant un mois, les puissances impérialistes ont laissé faire Israël et aujourd’hui elles préparent une fin de conflit qui respecte tous ses vœux !
Les attaques israéliennes ont déjà causé plus de mille morts, des milliers de blessés, près d’un million de personnes déplacées (un quart de la population libanaise), sans compter les innombrables destructions. Et en même temps que l’armée israélienne dévastait le Liban, l’agression contre les Palestiniens de Gaza se poursuivait, faisant plus de 165 victimes depuis fin juin (plus que le nombre des soldats israéliens tués dans cette guerre). Mais là, la sale guerre n’est pas finie ! Là, l’ONU ne prétend même pas imposer une trêve. Là, l’Onu laisse Israël s’asseoir sur les innombrables résolutions qu’elle a prise soi-disant en défense des droits des Palestiniens.
Pas besoin donc d’être devin pour savoir que l’ONU, et derrière elle la France comme les Etats-Unis, laisseraient faire si Israël s’apercevait que la trêve décrétée ce lundi se révélait insatisfaisante pour lui et reprenait les hostilités. Au mieux en poussant quelques soupirs attristés sur les « victimes innocentes ». Les hypocrites !

