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Accueil > Éditos de bulletins > 2006 > mai > 29

Des grands patrons dévoreurs d’emplois

La larme à l’œil - la patronne du Medef était même « étranglée d’émotion » - hommes politiques et industriels ont couvert de louanges ce prétendu grand homme, ce capitaine d’industrie, paré de toutes les vertus, qu’aurait été Edouard Michelin, mort noyé pendant qu’il pêchait en Bretagne vendredi dernier.

Un grand homme ? Ce fils de la dynastie Michelin, employant 130 000 salariés dans 80 pays, a juste fourni l’effort de naître dans une famille de grands capitalistes, une cuillère dorée dans la bouche. Belle famille d’ailleurs qui, dans les années 30, contribuait, comme L’Oréal et bien d’autres entreprises françaises, au financement du groupe d’extrême droite la Cagoule, qui avait pour objectif la prise du pouvoir par un putsch.

Un patron humain ? Au début de ce mois de mai, à Michelin Roanne, où les ouvriers étaient en grève contre les surcharges de travail liées à la suppression de 46 emplois, la direction a fait appel aux huissiers, et aux gendarmes contre les piquets de grève !

Il faut dire que l’héritier Edouard avait bien commencé son règne : lorsqu’il prit ses fonctions en 1999 à la suite de son père François Michelin, son premier acte de gouvernance fut d’annoncer la suppression de 7500 postes en Europe, alors que les profits du groupe explosaient ! L’action Michelin avait, le jour de cette annonce, bondi de 12,5%. C’est d’ailleurs à la suite de cette affaire que l’on a commencé à parler de « licenciements boursiers », contre lesquels le premier ministre de l’époque, Jospin, avait affirmé, lorsque les salariés avaient fait appel à son gouvernement : « l’Etat ne peut pas tout ».

Aujourd’hui - autre son de cloche - nos hommes politiques, englués dans de nauséabondes affaires, font mine de se battre pour l’emploi. L’occasion leur est donnée de faire leur cinéma par la fermeture annoncée du site de la Sogerma, filiale d’EADS, avec à la clé la suppression d’un millier de postes. Pas gêné, Villepin s’est déplacé en grande pompe à Mérignac, prétendument pour soutenir les salariés, Borloo a réclamé un moratoire et la suspension du plan social. Quelle bande d’hypocrites ! Ils font mine d’être aussi innocents que l’agneau, convoquent le PDG d’EADS, Arnaud Lagardère, grand copain de Chirac par ailleurs, pour lui signifier leur étonnement devant la « brutalité » de l’annonce. Le pauvre patron en tremble certainement encore ! Comme s’ils pouvaient être surpris, alors que l’Etat est actionnaire à 15% dans le capital d’EADS ! Cette entreprise européenne leader mondial de l’aéronautique a été créée par la fusion de sociétés française, espagnole et allemande. La Sogerma est une de ses filiales s’occupant de réparation spatiale. Or, c’est le ministère de la Défense qui a supprimé des contrats de Sogerma, au profit d’entreprises moins chères ! A qui veut-on faire croire maintenant que les pouvoirs publics n’y peuvent rien ?

Le trust EADS connaît une hausse record de ses profits, comme la plupart des entreprises françaises. Ce qui ne les empêche pas de licencier à tour de bras.

Rien qu’au mois de mai, dans la Nièvre, deux usines ont fermé en une semaine. Les 134 ouvriers de l’usine Stanley Facom ainsi que les 450 salariés de l’usine Dim ont été privés de leur emploi. Dans le Pas de Calais, 124 salariés ont été jetés à la rue lors de la fermeture de l’usine de peignage Auchelaine, implantée dans le cadre de la reconversion des mines et attirée par de substantielles aides. Le groupe propriétaire de l’usine est le premier fabricant de laine peignée et numéro un mondial du mohair.

Déficitaires, ces entreprises ? Pensez vous ! Il ne s’agit que de restructurations, pour augmenter des bénéfices déjà considérables.

Oui, les patrons sont de grands carnassiers, en guerre permanente contre les salariés. Et les hommes politiques se bousculent pour être leurs serviteurs. Les élections approchant, la droite, mal en point, a choisi le thème de la bataille contre le chômage, et fait son cirque sur les ruines d’usines se débarrassant de leurs ouvriers après les avoir exploités au maximum.

Il est urgent d’imposer à ces profiteurs l’interdiction des licenciements, et en premier lieu dans les entreprises qui font des bénéfices. Pour cela, on ne peut évidemment pas compter sur des Villepin ou autres Borloo, mais sur nos luttes et nos grèves.

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