Précarité, chômage ça suffit ! Manifestons tous le 7 février !
30 janvier 2006 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Cela fait un moment que le Medef réclame la mise en cause des CDI. Avec le « contrat premier emploi » (CPE), Villepin, le représentant réel des patrons au gouvernement, fait un pas de plus pour le satisfaire. Pour les jeunes de moins de 26 ans, le CPE signifierait une période d’essai de pas moins de deux ans, durant laquelle les patrons pourraient rompre le contrat à tout moment et sans aucun motif. Et être dispensé au passage de charges sociales !
Villepin défend ces contrats en disant qu’il s’agit de vrais boulots, assortis « d’une vraie rémunération, qui ne peut évidemment être inférieure au Smic. » On n’aura donc pas à travailler gratuitement : Monsieur est trop bon ! Mais le gouvernement essaie surtout de jouer sur la crainte du chômage. Le fond de son discours consiste à dire : plutôt un CPE que pas de boulot du tout. Dans une interview au Journal du Dimanche, le ministre de la « cohésion sociale » Borloo demande ainsi : « Quel parent ne trouverait pas ça mieux qu’un stage ? »
Le cynisme gouvernemental s’appuie sur la situation effectivement catastrophique de l’emploi des jeunes. En 2004, parmi les 15-29 ans, un actif sur cinq occupait un emploi temporaire, et un sur cinq se trouvait au chômage. Il faut une dizaine d’années en moyenne à un jeune travailleur pour obtenir un CDI. Villepin, dans cette situation (dont sa politique et celle de ses semblables est pourtant responsable), prétend : ça ne peut pas être pire, vous n’avez pas d’autre choix que d’essayer le CPE.
Ce discours n’est pas nouveau. A chaque fois, les patrons ou leurs ministres présentent leurs coups comme un prix à payer pour la lutte contre le chômage. Faciliter les licenciements, cela fait plus de vingt ans que patronat et gouvernement nous le servent et réussissent à imposer des conditions de travail toujours plus dures, toujours plus précaires avec des salaires toujours plus misérables. Annualisation de temps de travail, flexibilité, travail de nuit des femmes, augmentation des heures supplémentaires légales... Certaines entreprises comme Bosch, Hewlett Packard, Fenwick ou Disney tentent même d’allonger la durée du travail sans augmentation de salaire.
Finalement le chômage n’a pas reculé d’un pouce ! Mais obtenir un CDI est devenu un parcours du combattant ! Et la pénibilité du travail s’est aggravée en continu. Seuls les patrons y ont trouvé leur compte, et comment ! L’accroissement de l’exploitation a permis les énormes bénéfices patronaux des dernières années.
Il faut mettre fin au chantage. Car après le « contrat nouvelle embauche » il y a six mois, après le CPE aujourd’hui, le gouvernement compte bien continuer. Villepin laisse déjà courir les rumeurs sur la création avant l’été d’un contrat de travail unique, qui serait la généralisation des précédents : période d’essai de deux ans pour tout le monde, quel que soit l’âge, quelle que soit la taille de l’entreprise ! Le seul contrat actuel qui subsisterait serait... la mission d’intérim. Et Borloo nous redira peut-être : « c’est toujours mieux qu’un stage » ! Si le CPE passe, les jeunes ne seront pas seuls à en faire les frais, mais tous les travailleurs sans exception auront à payer le prix. Il faut réagir maintenant.
Les syndicats et les organisations de jeunesse ont appelé à une journée de mobilisation contre le CPE le mardi 7 février. Cette seule journée ne pourra pas, à elle seule, arrêter une offensive aussi sérieuse. Mais il faut que la journée du 7 soit un succès, afin qu’elle serve de point de départ à une lutte d’ensemble. Les patrons n’ont pas encore gagné ! Villepin se souvient du sort qu’avait connu en 1994 le CIP, quand ce contrat « Smic jeune », du même tonneau que le CPE, avait dû être rangé dans les cartons de son inventeur Balladur, après le mouvement qu’il avait suscité dans la jeunesse.
Le gouvernement actuel sait qu’il joue gros, comme le montre son soin à faire voter ses sales coups dans l’urgence, au moment des vacances scolaires (été pour le CNE, hiver pour le CPE ...). Villepin le sait : si le monde du travail se mobilise, ce sont les ministres et leurs projets patronaux qui pourraient bien tâter de la précarité !

