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Accueil > Éditos de bulletins > 2006 > janvier > 23

En solde : les droits des travailleurs...

On pouvait s’en douter : quand le gouvernement a encore amplifié la précarité en instaurant, il y a juste six mois, le CNE ou « contrat nouvelle embauche », qui donne deux ans au patron pour licencier sans motif, il n’avait pas l’intention d’en rester là.

Ce contrat était prévu au départ pour les entreprises de moins de dix salariés. Il a tout de suite été étendu à celles allant jusqu’à vingt. Désormais le CNE va avoir un petit frère, le CPE ou « contrat premier emploi ». Celui-ci est réservé aux moins de 26 ans mais cette fois il est pour toutes les entreprises, y compris les plus grandes. Un pas de plus vers l’instauration de la précarité pour tous et partout, quel que soit le patron et quel que soit notre âge. Un pas de plus vers le retour, rêvé par les bourgeois, à une situation où le pain de l’ouvrier dépendait du bon vouloir d’un éventuel employeur, qui pouvait embaucher ou débaucher au jour le jour.

Avec le CNE puis le CPE le gouvernement prétend lutter contre le chômage, en particulier celui des jeunes : 280 000 CNE auraient été signés depuis le mois d’août ! Mais quel crédit accorder à ces chiffres ? Combien de ces contrats auraient été signés de toute façon, CNE ou pas ? Combien ont déjà été rompus et les salariés déjà renvoyés dans les rangs des chômeurs ? Mystère.

Ce qui n’est pas un mystère en revanche c’est que la recherche d’emploi est déjà une véritable course d’obstacle, en particulier pour les jeunes : de CDD en intérim, de stage en « contrat d’accompagnement à l’emploi »... Le CPE signifierait deux ans de galère supplémentaires. Avec un tel contrat, comment décrocher un appartement, comment obtenir un crédit, comment faire des projets d’avenir ?

Deux ans de période d’essai, c’est deux ans où toutes les pressions s’exerceraient pour que le travailleur cède à toutes les exigences de l’employeur. Pressions pour le faire venir plus tôt ou rester après l’heure, pour emporter du travail à la maison, pour exécuter des tâches non prévues dans son contrat...

L’offensive générale contre le droit du travail continue. Tous azimuts et de tous côtés. A la Cour de Cassation, on autorise les licenciements économiques pour les entreprises en bonne santé qui invoquent des difficultés « prévisionnelles ». Dans l’Education Nationale, on impose des heures supplémentaires aux profs pour remplacer les absents. Chez Disney, Bosch, Hewlett Packard, Fenwick on impose la semaine de 39 ou 40 heures, sans un euro d’augmentation de salaire !

Et les mesures gouvernementales s’accumulent : les salariés pourraient désormais être autorisés à cumuler leur emploi avec une mission d’intérim ! Pourquoi pas, en faisant quelques heures de ménage chez les riches puisque Borloo vient de créer un nouveau chèque emploi service, avec encore plus de cadeaux fiscaux pour l’employeur !

« Il est quand même gonflé Villepin !", a laissé échapper Jean-François Copé, le ministre du budget.

Gonflé ? Enflé, plutôt ! Mais il pourrait se dégonfler vite fait si toutes les victimes de sa politique réagissaient ensemble. En 1994, la lutte de tous les jeunes, lycéens, étudiants, apprentis, avait fait reculer le gouvernement Balladur qui voulait imposer le « SMIC Jeunes ». Le CPE, déjà rebaptisé « Contrat Précarité Exclusion » par les organisations de lycéens et d’étudiants, pourrait bien connaître le même sort. Surtout si cette fois l’ensemble des travailleurs ne laissent pas les jeunes se battre seuls.

Ce n’est qu’en unissant, en combinant toutes ces luttes partielles - celles du privé qui refuse les salaires de misère, l’allongement du temps de travail ou les plans sociaux, celle du public qui s’oppose à la baisse du pouvoir d’achat - que nous parviendrons à imposer de véritables avancées : l’interdiction totale des licenciements, des hausses généralisées de salaires d’au moins 300 euros par mois pour tous, et l’embauche en CDI de tous les salariés précaires, non seulement les CNE/CPE, mais aussi les CDD, intérimaires, vacataires, etc.

Il y a trois semaines, tous les financiers célébraient l’année 2005 comme une année grasse pour les profits et la Bourse. Donnons leur donc la gueule de bois des lendemains de fêtes.

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