Ras l’bol, de leur société à coucher dehors !
5 décembre 2005 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La vague de froid a fait une dizaine de victimes. Le premier mort était un intérimaire de 38 ans qui travaillait pour des entreprises de ramassage d’ordures ménagères, où la précarité grandit. Il s’était fait expulser de son logement fin octobre, juste avant la trêve hivernale, et vivait depuis dans sa voiture, avec toutes ses affaires. Précarité et bas salaires sont responsables de son décès, pas le climat. Car parmi les « sans domicile fixe », dits sèchement SDF, un tiers a un emploi, et même pour un nombre non négligeable d’entre eux une embauche fixe, avec un CDI.
On nous parle de plus en plus des « travailleurs pauvres ». Comme s’il s’agissait d’une nouvelle espèce en voie de développement dans les grands pays industriels. Tombée du ciel ? Inscrite dans les gènes ? Non évidemment. Mais cette formule à la mode permet surtout de masquer que ces « travailleurs pauvres » (comme si les autres étaient riches !) sont le fruit de la politique rapace du patronat, aidé par les gouvernements de toutes couleurs politiques. D’un côté tout augmente, les prix, les loyers, les tarifs du gaz, de l’essence, des transports et autres services publics. De l’autre, tout dégringole, les indemnités de chômage ou de vieillesse comme les salaires. Car ces derniers stagnent pour les travailleurs du public ou du privé qui gardent leur emploi, mais ils chutent pour les dizaines de milliers qui sont licenciés et ne retrouvent qu’un p’tit boulot, parfois partiel ou occasionnel mais toujours plus mal payé que le précédent. Et certains en sont effectivement aujourd’hui à n’avoir plus un salaire qui permette de se loger ailleurs que sous un pont d’autoroute.
Face à cette situation, le gouvernement propose le « plan hiver » c’est-à-dire un numéro d’urgence aiguillant les SDF sur des centres d’hébergement bondés et insuffisants, d’où ils sont virés dès 6 heures du matin et dans lesquels la promiscuité est telle que nombre d’entre eux préfèrent encore passer la nuit à la rue. De Villepin prétend faire un geste supplémentaire en demandant « au Samu Social de permettre un hébergement stable, pour un mois au minimum, à toute personne sans toit et disposant d’un contrat de travail. » Même si cela était suivi d’effet, cela signifierait la rue au bout d’un mois. Et ceux qui ne disposent pas d’un contrat de travail, ils peuvent crever ? C’est d’autant plus choquant que le budget 2006 en discussion prévoit encore 3,6 milliards d’euros d’allègements fiscaux pour les riches. Le directeur de l’Observatoire des inégalités souligne le scandale : « des gens crèvent dehors et on donne 10 000 € à des personnes qui en gagnent 200 000 ! »
De larges couches de la classe ouvrière ont vu leur situation se dégrader dramatiquement ces dernières années. Comment s’en étonner ? Chaque mois apporte ses nouvelles vagues de licenciements. Et tous les gouvernements, de gauche comme de droite, ont aggravé la situation par des mesures favorables au patronat. Ils ont « réformé », c’est-à-dire amputé, les retraites. Ils ont « réformé », c’est-à-dire amputé la sécu. Ils ont « réformé » l’UNEDIC, c’est-à-dire réduit voire supprimé les allocations aux chômeurs qui n’acceptent pas les emplois qu’on leur propose. Et chacun d’apporter sa nouvelle trouvaille de précarisation : emploi jeunes à gauche, Contrat Nouvelle Embauche à droite. Ping-pong infernal.
Chacune de leurs « réformes » ou trouvailles d’aide à l’emploi, est une nouvelle aggravation de notre situation. Celle-ci ne changera que si nous prenons tous ensemble le taureau par les cornes et préparons la riposte d’ensemble nécessaire pour nos revendications vitales : interdiction des licenciements et de tous les contrats de travail précaire, augmentation des salaires d’au moins 300 € pour tous, suppression des subventions de toutes sortes au patronat et aux capitalistes pour consacrer cet argent à l’amélioration et à l’embauche de centaines de milliers de travailleurs dans les services publics, réquisition immédiate de tous les logements vacants.
Ces objectifs de lutte doivent devenir ceux de toute la classe ouvrière.

