Privé et public, tous ensemble le 5 février
31 janvier 2005 Éditorial des bulletins L’Étincelle
La grève des contrôleurs SNCF a bloqué plusieurs jours une bonne partie des trains. Elle a exprimé leur révolte après le viol de l’une d’entre eux. Les grévistes mettant à juste titre en cause le manque de personnel et exigeant d’être au moins deux par train.
Tous les services publics sont en fait victimes de la même politique, celle de la réduction des moyens et des effectifs. C’est déjà le « service minimum » organisé par le gouvernement pour les classes populaires aussi bien dans les transports, les hôpitaux, les écoles que le téléphone ou l’électricité et le gaz, en voie de privatisation.
Le succès des journées d’action des 18, 19 et 20 janvier montre l’existence d’un mécontentement général, pour des raisons qui sont partout les mêmes. Regroupées le même jour au lieu d’être étalées, elles auraient eu un plus grand retentissement. Les dirigeants syndicaux ne l’ont pas voulu ainsi. Mais la journée de manifestation à laquelle appellent les syndicats, le samedi 5 février, peut cependant être une occasion de nous retrouver ensemble, travailleurs du privé et du public. Car nous avons tous les mêmes problèmes : salaires, conditions de travail, emplois.
Les salaires stagnent depuis des années, alors que les prix flambent. Y compris ceux qui dépendent de l’Etat : 14 % sur les carburants, 9 % sur les tabacs, 6,6 % sur le gaz, 6 % sur le timbre… Sans parler de ce que va coûter la réforme de la Sécurité sociale en augmentation de cotisations aux mutuelles et baisse des remboursements. Les prix de vente de l’immobilier s’envolent et les loyers montent en flèche. Mais les sociétés immobilières et compagnies d’assurance qui possèdent des parcs de logements font des bénéfices faramineux en les revendant par morceaux, quitte à en expulser les locataires.
De l’argent, il n’en manque pas. Peugeot-Citroën et Renault viennent tous deux d’annoncer un chiffre record de leurs ventes en 2004. Quant aux PDG des plus grandes entreprises, qui nous refusent des augmentations de salaires, ils se sont accordé à eux-mêmes en moyenne, en 2004, plus de 10 %, sans parler des revenus de leurs actions.
Les conditions de travail s’aggravent. Gouvernement et patronat partent en guerre contre les 35 heures. Ils veulent bien garder ce qui les arrange : la flexibilité des horaires qui leur permet d’alterner heures supplémentaires gratuites et chômage partiel non rémunéré, en faisant travailler à effectifs les plus réduits possibles. Mais puisque la mise en place des 35 heures à la sauce Aubry a été l’aubaine pour imposer un blocage des salaires pour deux ans, les voilà qui expliquent que, si nous voulons les débloquer, nous n’avons qu’à revenir aux 39 heures, aux 40 heures, voire plus, avec des majorations pour heures supplémentaires réduites ou supprimées. Alors qu’il y a des millions de chômeurs et que les entreprises continuent de licencier.
Après les journées des 18, 19 et 20 janvier, le gouvernement s’est gardé de jeter de l’huile sur le feu par des déclarations hostiles aux grèves du public : il a fait mine d’écouter la rue tout en affirmant qu’il ne reculait pas sur le fond. Il a vu l’ampleur du mécontentement et reçu cinq sur cinq les sondages qui affirment que les salariés sont en majorité pour les manifestants, pour des augmentations de salaires et contre une remise en cause des RTT. Il a continué à prétendre qu’il négociait avec les syndicats et que l’on pouvait encore discuter. Mais, bien entendu, ce n’est pas autour du tapis vert que l’on changera le rapport de forces et c’est là la vraie question.
Alors ce 5 février, où les syndicats appellent tous les travailleurs, est une occasion de mesurer notre force et de préparer la suite tous ensemble en réunissant cette fois privé et public.
Manifestons pour l’augmentation générale de 300 € par mois pour tous, contre la dégradation des services publics, contre l’augmentation du temps de travail et pour l’emploi. Un succès ce jour-là annoncera et préparera la suite indispensable : le mouvement d’ensemble que redoutent le gouvernement et le patronat et qui aura la force de les faire reculer.

