Bush ou Kerry ? Le moindre mal ?
1er novembre 2004 Éditorial des bulletins L’Étincelle
En ce début de semaine le monde a les yeux fixés sur l’élection américaine. Cela reflète le poids énorme que les Etats-Unis d’Amérique, de loin la première puissance mondiale tant politique et économique que militaire, ont dans et sur le monde.
Alors, Bush ou Kerry ?
Le sort de 6 milliards d’hommes et de femmes dépend-t-il vraiment de la réponse à cette question, réponse que nous n’aurons au plus tôt que ce mercredi matin. Et peut-être beaucoup plus tard si des contestations des résultats éclatent, comme ce fut le cas la dernière fois en Floride, où le vote de dizaines de milliers de Noirs fut honteusement trafiqué en faveur de Bush par son frère, le gouverneur du coin. Car la plus grande démocratie bourgeoise du monde est aussi celle où la fraude électorale est pratiquée à grande échelle.
En France, et dans bien d’autre pays, la majorité des médias et de la classe politique est plus ou moins violemment anti-Bush. L’opinion populaire aussi.
Et il est vrai que le président sortant est tout ce qu’il y a de plus détestable. Par sa personnalité d’abord : réactionnaire, bigot converti après une jeunesse de fils de famille noceur, patriotard qui grâce aux relations de papa (le premier président Bush) et à son fric a échappé à la guerre du Vietnam où des dizaines de milliers de jeunes Américains de sa génération laissèrent la vie.
Mais surtout par sa politique à l’extérieur (la guerre d’Irak, après celle d’Afghanistan, engagée avant tout pour le plus grand profit de ses copains des grandes compagnies pétrolières) comme à l’intérieur (les baisses d’impôts pour les plus riches et les subventions par milliards de dollars aux grandes entreprises de l’armement quand des millions de travailleurs américains tombaient dans la pauvreté ou perdaient toute couverture sociale).
Le monde n’aurait aucune raison de pleurer si George W. Bush prenait une raclée électorale.
Le problème c’est qu’il n’aurait aucune raison non plus de se réjouir de l’élection de John Kerry.
Car si la personnalité du challenger apparaît moins sordide que celle du tenant du titre, elle n’a aucune raison d’inspirer plus confiance aux travailleurs ni du monde ni des Etats-Unis. Lui aussi est issu des familles américaines richissimes qui ont établi leur fortune sur le pillage du pays et du monde depuis des décennies. Et surtout sa politique à lui non plus ne sera pas favorable aux travailleurs.
Il critique Bush pour sa façon de mener la guerre en Irak ou en Afghanistan, pas pour la faire. Il a d’ailleurs voté pour cette guerre comme pratiquement l’ensemble des députés et sénateurs américains, démocrates et républicains. Il la continuera donc, au mieux avec d’autres justifications ou d’autres alliés. Avec Kerry aussi d’autres victimes irakiennes s’ajouteront aux centaines de milliers de morts, et d’autres jeunes soldats américains tomberont dans une sale guerre qui puera tout autant le pétrole que maintenant.
Il a promis d’améliorer le sort des plus pauvres mais sans dire comment. Ca veut tout dire… ou plutôt rien. Quel est le politicien, américain ou européen, de droite ou de gauche, qui ne jure pas que s’il est élu il se préoccupera des plus démunis ? Et quel est celui qui l’a fait ? Mitterrand après Giscard ? Chirac après Mitterrand ? Jospin après Juppé ? Raffarin après Jospin ? L’alternance proposée aux Etats-Unis, démocrates ou républicains, ne vaut pas mieux que celle qu’on nous propose en France, gauche ou droite.
Aux Etats-Unis comme dans tous les grands Etats occidentaux prétendument démocratiques nous n’avons aujourd’hui le choix qu’entre des partis qui représentent les intérêts de la classe adverse, les capitalistes, les riches. Dans cette situation voter de quelque côté que ce soit c’est donner le pouvoir à nos ennemis, et même s’abstenir c’est encore le leur laisser. Une situation sans issue donc tant pour la classe ouvrière européenne qu’américaine – elle qui aurait pourtant par sa place au sein du monde impérialiste la capacité de révolutionner la planète - jusqu’à ce que nous, travailleurs des deux côtés de l’Atlantique, nous nous soyons redonnés des partis à nous, véritablement socialistes et communistes.

