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Accueil > Éditos de bulletins > 2001 > novembre > 19

La victoire… en déchantant !

Après la prise de Mazar-e-Charif, de Kaboul et d’un certain nombre d’autres villes par les troupes de « l’Alliance du Nord », n’a-t-on pas tenté de nous faire croire que c’en était fait bientôt des Talibans et de Ben Laden, que l’Afghanistan allait être désormais libéré de ses oppresseurs ? N’a-t-on pas essayé de nous faire avaler que par la vertu bienfaisante des tapis de bombes de l’aviation américaine et de l’asssaut des chefs de guerre de cette « Alliance du Nord » tout était là-bas plus radieux qu’avant ?

Et de nous montrer des images d’Afghans joyeux de vivre, frais rasés, bercés par un arrière fond musical ; des images de quelques rares femmes non voilées et même d’une speakerine au travail à la télé afghane … coiffée toutefois d’un foulard devant la caméra et renfilant la « burqa » pour sortir dans la rue. Quelques images de massacres, de lynchages, de prisonniers maltraités ont tout de même filtré dans les médias. Mais tout était quand même mis en scène pour donner l’illusion de la victoire fraîche et joyeuse.

Rien ou presque pour montrer une population inquiète de voir revenir les mêmes massacreurs, ceux qui avaient précédé les Talibans et de fait leur avait ouvert la porte, parce qu’ils avaient livré le pays pendant quatre ans à la guerre civile après le départ des troupes russes. Mais il est notoire que ces mêmes chefs de guerre afghans n’ont d’autres préoccupations que de se retailler leurs fiefs et de s’enrichir personnellement grâce à l’exercice d’une fraction de pouvoir. Et la nouvelle du dernier massacre de journalistes est arrivée dans les rédactions pour illustrer qu’en Afghanistan rien n’est réglé.

Dans les faits la guerre continue, les bombardements américains n’ont d’ailleurs pas cessé, et les gouvernements de différents pays s’apprêtent maintenant à envoyer des troupes sur le terrain.

Chirac bombant à nouveau le torse s’est vanté que des « Mirage » de l’armée française allaient participer aux bombardements. L’envoi de troupes françaises au sol dont il a fait également état, au prétexte « humanitaire », illustre que ce que veulent Bush et ses alliés, n’est pas la fin de cette sale guerre. Ils veulent la faire entrer dans une autre phase. L’évacuation, pratiquement sans combat, de la plupart des villes afghanes par les troupes du mollah Omar, ou le fait qu’un certain nombre de chefs « Talibans » soient maintenant engagés ici ou là dans des arrangements avec les autres chefs de guerre de « l’Alliance du Nord », ne prouve pas que les Etats-Unis ont réussi à imposer l’ordre qu’ils souhaitent. Les dirigeants occidentaux peuvent même craindre que les affrontements se déplacent dans le pays voisin, au Pakistan peuplé aussi en partie de « Pachtouns » – l’ethnie dominante de l’Afghanistan dans laquelle les Talibans sont le mieux implantés – et dont des morceaux de territoire échappent déjà au pouvoir central pakistanais.

C’est la sale guerre contre tout le peuple afghan et peut-être au-delà, qu’ils s’apprêtent alors à continuer. Ce sont les pays impérialistes qui fabriquent les Ben Laden de par le monde et mettent en place les dictateurs les plus odieux et les plus sanglants, et c’est aux peuples qu’ils veulent en faire payer la facture quand leurs créatures se retournent contre eux.

Nous n’avons aucune raison de nous laisser enrôler dans cette « croisade ». Ni derrière Bush, ni derrière les Chirac ou Jospin qui les appuient politiquement et s’engagent maintenant, en notre nom, dans l’intervention militaire directe. N’oublions surtout pas que ces « va-t-en guerre » profitent aussi de la situation pour mener la guerre sociale contre les travailleurs, qu’ils veulent nous faire avaler encore et toujours plus de licenciements, encore et toujours plus de restrictions salariales.

L’ennemi est dans notre propre pays.

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