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Accueil > Éditos de bulletins > 2001 > novembre > 12

Cliniques privées sous perfusion d’argent public

Il a suffi aux patrons des cliniques privées de décréter deux jours de grève, la semaine dernière, grève souvent plus symbolique que réelle, pour que le gouvernement s’empresse de leur accorder 3,1 milliards de francs d’aides pour les années 2001 et 2002 et promette que l’Etat poursuivra cet effort les années suivantes.

Les patrons des cliniques privées auront été plus vite et mieux entendus que les salariés des hôpitaux publics où cela fait des mois que le mécontentement gronde, que des manifestations de l’ensemble des personnels hospitaliers ont lieu, que des mouvements de grèves éclatent ici ou là. Tous pour les mêmes causes : manque de moyens, surcharge de travail, sous-effectifs. Madame Guigou ne s’en est cependant pas beaucoup émue. Les 3,9 milliards de rallonge au budget des hôpitaux et les embauches qu’elle a fini par promettre pour les trois ans à venir sont dérisoires en regard des besoins.

Les cliniques privées, qui ne représentent même pas le quart du secteur hospitalier, sont-elles sinistrées pour toucher 3,1 milliards d’aide d’urgence ?

Leurs patrons, pour se justifier de tendre la sébile, ont eu le culot de prétendre qu’ils le faisaient parce qu’ils n’arrivent pas à payer leurs infirmières au même tarif que dans le secteur public. Ils sous-payent effectivement leur petit personnel, mais ils ont en revanche de quoi offrir à leurs chirurgiens et médecins spécialistes - lesquels sont souvent aussi actionnaires de leur clinique - des honoraires bien au-dessus de ceux du secteur public. Sans parler des dessous de tables fréquents. Sans parler des bénéfices des sociétés-écrans, immobilières ou financières, qui louent aux cliniques leurs locaux ou leur matériel et pompent ainsi une partie de l’argent des malades et de la Sécurité Sociale.

Le secteur privé de la santé, grâce au conventionnement par la Sécurité Sociale, est devenu juteux au point que des trusts l’ont investi et constitué des entreprises telles « la Générale de Santé », maintenant cotée en bourse, dans le but de racheter et construire nombre d’établissements. Ce sont d’ailleurs ceux-là qui rafleront le gros du cadeau du gouvernement.

Alors que les cliniques se spécialisent la plupart du temps dans les activités les plus faciles et les plus rentables – les accouchements les appendicites etc.- c’est l’hôpital public qui a la charge des tâches les plus lourdes, des services d’urgences débordés, de l’accueil des malades indigents, de l’acquisition du matériel de pointe.

Les gouvernements successifs veulent pourtant réduire les moyens de la santé du secteur public pendant qu’ils subventionnent le privé. Comme ils le font dans l’ensemble des services publics au détriment des intérêts de la population laborieuse. Sur ce terrain, la gauche au gouvernement fait des efforts pour concurrencer la droite et faire la cour aux privilégiés, dans l’espoir de recueillir leurs suffrages aux prochaines élections. Pour la crasse ils se valent.

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