Chirac, Jospin et la santé publique : Ah les vaches !
20 novembre 2000 Éditorial des bulletins L’Étincelle
Vous croyez que c’est de la santé de la population dont Chirac se préoccupe en réclamant l’interdiction des farines animales ? Ou Jospin en proposant d’écouter les scientifiques ?
Mais non. Si depuis une semaine le scandale de la vache folle donne lieu à une ridicule guéguerre entre le président et le premier ministre, ce n’est pas parce que dans les années qui viennent la maladie de Kreutzfeld-Jacob va probablement faire de nouvelles victimes. C’est parce que dans 18 mois il y a une élection présidentielle. Tous les moyens sont bons pour faire des croche-pied au concurrent. Même jouer sur des peurs et des inquiétudes bien légitimes.
La santé publique, ils s’en sont bien tous moqués.
L’interdiction des farines pour les bovins remonte à 1990. Cela veut dire qu’entre temps – 10 ans, c’est long – les gouvernements, de gauche comme de droite, ne se sont pas donné la peine de prendre de réelles mesures pour vérifier que l’interdiction était bien appliquée.
Pour ne pas freiner les faramineux profits des entreprises agroalimentaires, ils ont au contraire été spécialement laxistes et conciliants. Les industriels ont pu fabriquer dans les mêmes marmites les aliments avec farines pour les non ruminants et sans farines pour les ruminants. Des traces de farines interdites étaient tolérées... quand il y avait contrôle.
Et pour masquer leur je-m’en-foutisme, ils ont prétendu que le danger ne venait pas de France, mais seulement d’Angleterre. Car les gouvernements français se sont montrés inflexibles, c’est vrai... Pas sur les mesures à imposer aux margoulins de l’agroalimentaire, non, sur la fermeture du marché français à la viande bovine britannique.
Et ils invoquent désormais à tout bout de champ le principe de précaution. Quelle précaution ? Prise par qui ?
Des précautions, ils en ont surtout pris pour protéger les capitalistes de l’agroalimentaire.
Même maintenant quand le gouvernement ne prend pas la décision d’interdire définitivement les farines animales, mais seulement de les suspendre, qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’il se laisse, à lui ou à ses successeurs, la possibilité de revenir sur cette mesure ? D’autant plus qu’il n’est pas non plus question d’en interdire la fabrication.
Bien sûr, nous sommes noyés sous le flot des arguments techniques, difficiles à apprécier. Bien sûr, nous sommes difficilement en mesure de décider ce qu’il faut définitivement interdire ou pas.
Mais il y a une chose que nous pouvons au moins savoir en toute certitude : il est impossible de faire confiance aux patrons de l’agroalimentaire qui ont pris le risque d’empoisonner ce que nous mangeons pour grossir leur magot. Et il est tout aussi impossible de faire confiance à des politiciens qui ne se préoccupent de notre santé... que lorsqu’ils ont besoin de notre bulletin de vote.
La seule solution c’est le contrôle par la population elle-même. Sur tout. Pas facile à mettre sur pied ? Certainement. Pourtant les vaches ne sont-elles pas soignées par des travailleurs, salariés ou petits éleveurs (qui sont aussi à leur manière les victimes aujourd’hui) ? Les aliments fabriqués par d’autres et transportés par d’autres encore ? Ce sont tous ces travailleurs qui pourraient contrôler le système de A à Z et garantir ladite traçabilité. Même les comptes (et donc les magouilles) des grandes sociétés sont tenus par des salariés.
Oui, la nécessité du contrôle des travailleurs sur la production comme sur les comptes publics et ceux des capitalistes est bien devenue une affaire de vie et de mort...

