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Accueil > Éditos de bulletins > 2000 > novembre > 6

A la pêche aux moules, je n’veux plus aller, maman !

Après Total-Fina et l’Erika, voilà maintenant Shell-Mobil-Exxon et l’Ievoli Sun. On doit aux premiers une marée noire. On doit aux seconds une marée blanche et d’inquiétants filaments blanc-argenté de styrène. Se méfier de cette styrène-là !

Certains ont le culot de nous dire qu’il s’agirait d’un produit inoffensif ou presque, un brin cancérigène quand même, un peu explosif à l’occasion ou « déflagrant » dans le jargon des chimistes. Neurotoxique aussi, certes, mais tout de même moins qu’un gaz de combat. Bref, pour ceux qui n’osent plus manger ni côte de bœuf, ni confit de canard, ni fromage à la listéria, reste le poisson à la sauce styrène avec un zeste d’hydrocarbures !

Mais on ne nous fera pas avaler qu’on a seulement joué de malchance, qu’on a subi seulement une « fortune de mer », comme disent les marins. C’est plutôt la course à la « fortune » des trusts pétrochimiques affréteurs et des margoulins armateurs du cargo, qu’on a subie de plein fouet. Car on ne fera croire à personne que ce n’est pas l’appât du gain et des profits rapides qui ont fait lancer ce rafiot dans une des voies maritimes les plus dangereuses au monde, par un si gros temps. Exxon-Mobil et Shell ne pouvaient pas risquer de perdre de l’argent !

Et ils sont tous accourus à Cherbourg, les responsables des affaires publiques, prétendus élus du peuple, de Chirac à Jospin, en passant par Voynet, Gayssot et quelques autres… Grosso modo pour déclarer qu’on avait joué de « malchance » car depuis le scandale de l’Erika, tous les moyens avaient été prévus… Il restait juste à les appliquer !

Depuis le naufrage de l’Erika, des choses ont été faites. Certes. Différences instances publiques ont fait nettoyer les plages bretonnes à la place de TotalFina-Elf, elles ont partiellement indemnisé des victimes de la marée noire à la place de TotalFina-Elf, elles ont dilapidé l’argent public pour réparer les dégâts créés par Total-Fina. Ca sert à ça, l’argent public : à assurer tous-risques les trusts et le privé ! On sait pourtant que lesdits trusts ne manquent pas d’argent pour soudoyer des hommes et partis politiques, sponsoriser des dictatures voire armer des guérillas qui leur sont favorables, partout dans le monde. Les profits de Totalfina-Elf, Exxon-Mobil ou Shell ont d’ailleurs augmenté de +100 % pour le premier semestre 2000. Bien plus que les salaires !

Les pollueurs ne sont pas les payeurs, dans cette société capitaliste mue par le fric. Et ceux qui gouvernent dans l’intérêt des pollueurs ne font rien que continuer à mentir comme des arracheurs de dents, en jurant qu’ils vont prendre des mesures à l’occasion des catastrophes. La seule nouveauté, c’est que depuis trois ans, c’est un ministre des transports dit communiste et une ministre de l’environnement dite écologiste qui nous mentent !

Le capitalisme, oui, ça pue et ça pollue ! C’est chaque fois à la suite d’un drame que les médias sortent une petite partie des lourds dossiers et qu’un coin du voile est levé. Non, il n’y a pas de moyens humains et matériels suffisants pour contrôler les bateaux. Non, il n’y a pas les moyens juridiques ou politiques pour faire payer les responsables. Non, il n’y a aucun moyen pour empêcher les pétroliers ou « chimiquiers » affrétés par les plus gros trusts du monde de « dégazer » en pleine mer. A chaque grande pollution maritime, dans tel ou tel océan, les navires de passage en profitent pour dégazer un petit coup. Non, il n’y a pas de moyen d’empêcher les grands du monde capitaliste de transformer la planète en poubelle. Voyez cette « fosse des Casquets » au large de Cherbourg : on y trouve des milliers de tonnes de déchets radioactifs, des milliers de tonnes de munitions et tant d’autres choses…

Alors la faute n’en revient pas à un quelconque « avis de tempête » ou « coups de vent force 9 » ! La faute en revient à cette société où le profit est maître. Et une seule chose nous en sauvera, c’est l’avis de tempête sociale, force maximum, que nous saurons déclencher contre eux.

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