Les luttes populaires contre les pollueurs
mercredi 9 décembre 2015
Les mobilisations contre les dégâts dus aux énergies fossiles ont été nombreuses, un peu partout dans le monde. Depuis les mobilisations notables contre la fracturation hydraulique au Canada, ou dans l’Oklahoma au centre des États-Unis, jusqu’en Pologne (où les paysans se sont opposés au projet de forage de la multinationale Chevron), mais aussi, entre autres, en Algérie. En Algérie où le président Bouteflika, suite aux protestations contre les forages qui ont éclaté en décembre 2014 et ont rapidement gagné différentes villes du pays en janvier et février dernier, déclarait que le gaz de schiste était « un don de Dieu ». À noter que Total était intéressé et envisageait en 2012 un partenariat avec l’Algérie, faute sans doute d’avoir autant d’opportunités en France.
Naomi Klein, dans son livre Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique, décline une étonnante liste de mobilisations, passées ou actuelles, en particulier chez les populations des pays du sud, aux sous-sols riches en énergies fossiles.
Au Nigéria
Juste un exemple : le premier mouvement d’ampleur recensé dans le monde fut celui du peuple Ogonis vivant dans le delta du Niger. Dans les années 1990, ce peuple s’organise pour faire reconnaître son droit à contrôler les ressources se trouvant sous terre en s’en prenant directement à la compagnie Shell qui extrait le pétrole de leur territoire depuis 1953. En 1993, face à l’ampleur du mouvement, Shell est contraint de se retirer du territoire Ogoni, du moins provisoirement. À la suite de cette victoire, le mouvement est toutefois violemment réprimé par le gouvernement nigérian à partir de 1994 : 30 villages détruits, 40 personnes tuées, 600 emprisonnées, ses dirigeants assassinés.
La répression des Ogonis n’a pas pour autant fait reculer un autre peuple du delta, les Ijaw, qui à la fin des années 1990 lancent leur propre mouvement : « Opération changement climatique ». L’un des organisateurs dira plus tard : « Notre projet consistait à changer le monde. Nous avions compris que le pétrole brut qui nous appauvrit, appauvrit également la Terre, et qu’un mouvement qui veut changer le monde dans son ensemble peut commencer par s’atteler au changement de son propre monde ». Ce mouvement a suscité des manifestations massives et pacifiques, mais là encore, la réaction du gouvernement nigérian fut brutale : 15 000 soldats furent déployés, soutenus par des navires de guerre et de nombreux chars d’assaut. Quelque 200 personnes, désarmées, furent abattues en pleine rue, des femmes violées par des soldats qui se déplaçaient de village en village en vue de les raser dans des hélicoptères appartenant à la compagnie pétrolière américaine Chevron.
En 2006, la région du delta fut à nouveau secouée par un début d’insurrection, cette fois-ci armée, qui s’est poursuivie plusieurs années. Il s’en est suivi une véritable guerre contre les insurgés. « La guerre du pétrole a commencé au Nigéria », titrait un reportage du journal Le Monde en 2009. Amnesty International estime que 20 000 personnes pourraient avoir été chassées de cette zone et de nombreux villages incendiés.
St.M.
