Le NPA, les appareils de la gauche et la préparation des luttes
jeudi 29 septembre 2022
La situation en cette rentrée est marquée par la colère sociale dans toutes les couches du monde du travail et d’une partie de la petite bourgeoisie, colère alimentée par l’inflation. Deux contrefeux sont allumés par le gouvernement : les sacrifices imposés feraient partie d’un « effort de guerre » en soutien aux Ukrainiens (alors que le soutien réel est très limité) et ce serait la fin d’une « abondance » (dont on n’avait pas vu le début) pour sauver la planète. Ces arguments n’ont que peu de chances de convaincre (et pour cause) et pourraient au pire alimenter la propagande d’une extrême droite nationaliste, pro-Poutine et climato-sceptique.
Les attaques passées contre le monde du travail, combinées à l’inflation et à une baisse du chômage, entraînent la situation particulière de « pénurie » de main-d’œuvre sous-payée et surexploitée. La réforme en cours de l’assurance chômage vise à couper les vivres aux chômeurs pour les forcer à accepter n’importe quel job à n’importe quel tarif et décourager les démissions.
Fabien Roussel a profité de ce contexte d’attaque en règle contre tout le monde du travail pour tenter d’exister avec son dérapage contrôlé sur « la gauche des allocs ». De telles sorties ne sont pas l’apanage du PCF, Ruffin de la FI avait sorti en substance le même discours sur la « valeur travail » quelques jours plus tôt. Rappelons en passant que la majorité du NPA avait malheureusement appelé à voter pour eux et tous les candidats du PCF et de la FI aux 1er tour des législatives il y a deux mois – cela fait partie des raisons pour lesquelles nous avions alors combattu cette politique.
Olivier Faure, autre composante de poids de la Nupes (la seule pour laquelle, heureusement, le NPA n’avait pas appelé à voter), propose un référendum sur une « taxe sur les super-profits ». Mélenchon et la FI lui emboîtent le pas et font de cette « taxe » l’objectif principal de cette rentrée.
Au-delà de la manœuvre dilatoire d’un hypothétique référendum face à une inflation qui galope, c’est l’objectif politique même qui est problématique. Certains groupes comme Total se gavent de surprofits circonstanciels, en pratiquant des tarifs prohibitifs y compris pour d’autres industriels (on pense aux verreries qui mettent leurs ouvriers au chômage partiel, même s’il y a aussi de leur côté un effet d’opportunité). L’État (bien bourgeois) peut choisir d’y remédier en taxant les uns pour reverser aux autres… sans que la situation du monde du travail soit améliorée.
On n’est pas pour distinguer les profits des « super-profits », si ça légitime les premiers. Comme le disait Philippe dans sa campagne présidentielle, on n’est pas seulement pour la répartition des richesses, qui n’est qu’un slogan creux s’il n’encourage pas les mobilisations, mais pour l’expropriation des capitalistes.
Face à l’inflation, orienter la colère dans le sens d’une taxe, c’est l’enfermer dans un débat institutionnel. Oui, l’inflation actuelle est générée par les profits. C’est le cauchemar de la décroissance capitaliste : inflation, récession et profits record « en même temps ». Mais les travailleurs eux-mêmes ont un moyen bien plus efficace que les parlementaires de taxer les patrons : leur imposer des augmentations de salaire par la grève.
Nous sommes tous d’accord sur ces constats et sur l’ampleur des désaccords qui nous démarquent de la Nupes. Nous sommes aussi tous d’accord qu’il faudra participer et appeler à toutes les initiatives de rue qui ont une chance d’être massives malgré les calculs des appareils qui y appellent : la journée syndicale du 29 septembre et la « marche » d’octobre. Mais nous avons besoin d’y aller, d’y inviter et d’y apparaître sous nos propres mots d’ordre et en toute indépendance, pas par sectarisme mais parce qu’aucune autre force organisée ne dit ce que nous disons.
Alors comment faire pour que la colère, qu’on constate, s’exprime dans les luttes et devienne conscience politique plutôt que de virer au dégoût ? Dans cette situation où les appareils syndicaux et politiques traditionnels n’attirent pas et même démoralisent leurs militants ? Question difficile qui sera l’objet de nos débats de congrès et demandera bien des expérimentations. Mais nous savons tous qu’il sera impossible de se limiter au seul travail syndical ou d’espérer un sursaut dans d’hypothétiques « parlements populaires ».
Il faudrait certainement partir d’une campagne politique du NPA, qu’on proposerait largement, sur les mots d’ordre de dénonciation des capitalistes profiteurs de crise, d’augmentation des salaires et de nécessité d’une grève qui se généralise. Tenter de regrouper des noyaux dans les entreprises, dans les quartiers, dans des comités contre la vie chère, en priorisant la mobilisation militante à la base, en se projetant sur chaque conflit qui éclate – et il y en a ! Et si nous nous donnons les moyens de mener cette politique par nos propres forces, en toute indépendance, pourquoi ne pas la proposer aussi, entre autres, dans les parlements populaires ou autres AG de la FI… si ces structures existent bien quelque part.
La majorité dit vouloir construire « l’outil révolutionnaire » NPA et « en même temps » une « gauche de combat ». Nous ne souhaitons pas remettre sur la table le débat sur le « front social et politique permanent » tant les positions sont connues – mais chacun comprend bien que c’est ce désaccord qui subsiste et s’est exacerbé aux législatives. Mais où est cette prétendue « gauche de combat » sinon… à l’extrême gauche ? Avec qui construire cet outil mal identifié entre front et parti ? Personne ne veut se fondre dans la FI. Alors réintégrer un des trois groupes issus de « Ensemble » ? On est loin des « masses » – tout ça pour ça ?
Disons simplement que nous proposons à tous les camarades du NPA de construire ensemble l’« outil révolutionnaire », son implantation dans la classe ouvrière, la nécessaire formation des jeunes militants à nos idées communistes, son intervention en saisissant toutes les occasions par les cheveux… sans prétendre empêcher les camarades qui croient aujourd’hui en la chimère d’une « gauche de combat » de mener cette expérience.
14 septembre 2022, Fraction L’Étincelle du NPA