Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > François Fillon et les 40 voleurs

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Francois-Fillon-et-les-40-voleurs

François Fillon et les 40 voleurs

lundi 6 juillet 2009

C’est entouré des sommités du Cac 40, que Fillon s’est rendu à Bagdad jeudi dernier. Etaient du voyage les PDG d’EADS, des ciments Lafarge, de Veolia, du groupe Suez, de Total évidemment et quelques autres. La délégation était chapeautée en commun par la ministre de l’économie et la présidente du Medef. Une belle brochette alléchée par les odeurs de pétrole et les marchés de reconstruction et que ne gênent ni les odeurs de cadavres d’une guerre qui dure depuis 6 ans, ni les ruines.

Alors que les Etats-Unis envisagent un retrait progressif de leurs troupes qui traînera au moins jusqu’à fin 2011, ne serait-il pas l’heure, pensent nos patrons, de récupérer une petite partie des marchés que la France avait en Irak avant 2003 ? On se souvient de la photo d’un Chirac premier ministre faisant visiter une centrale nucléaire à Saddam Hussein. Elle avait fait la Une de la presse. C’était avant la guerre. Elle éclaire les vraies raisons du refus de Chirac, en 2003, de suivre Bush dans l’aventure de l’invasion de l’Irak. Evincés depuis du marché irakien au profit des occupants, USA et Grande-Bretagne, les patrons français tentent un « come back ».

Que leur importe que le retrait, pour l’instant, ne soit que fictif, que la guerre soit bel et bien toujours là. Quelques jours à peine avant le voyage de Fillon, tout un quartier de Badgad était bouclé par les troupes. Voitures de police toutes neuves et blindés à l’appui, l’armée tirait au ras des véhicules et des passants pour empêcher quiconque de passer. Il est vrai que les troupes américaines étaient restées dans leurs casernes ce jour-là : c’était à leurs supplétifs, cette armée irakienne de 700 000 hommes, formée et équipée par elles, de prendre le relais. Les balles, les morts et les intérêts financiers qui sont derrière restent les mêmes.

Mais l’envie d’Obama d’alléger sa présence militaire en Irak pourrait se monnayer d’une petite place offerte aux trusts français sur le marché irakien. En paiement du soutien apporté par Sarkozy en Afghanistan, où il parle de renforcer les troupes françaises, et pour assurer la police en général dans la région (y compris face à l’Iran) avec une base de 500 militaires français qui devrait ouvrir bientôt dans le golfe persique.

En tout cas, d’ores et déjà EADS a placé 24 hélicoptères militaires en Irak. Son PDG rêve de plus, notamment de vendre des Airbus, déclarant que l’équipement 100 % Boeing de la compagnie aérienne irakienne est « une provocation (…) qui ne saurait durer » . Après deux guerres, séparées par 12 ans d’embargo, les marchés sont alléchants. 25 % des besoins en béton du pays sont fournis par une cimenterie rachetée en 2007 par le français Lafarge. Schneider Electric et Suez Environnement lorgnent sur les infrastructures routières ou électriques. Veolia se met sur les rangs pour retaper le réseau d’eau de l’est de Bagdad… pour un milliard d’euros ! Total, qui vient de louper la première enchère pour l’exploitation de champs pétrolifères irakiens, compte se refaire sur les suivantes et son PDG a été promu président d’un Conseil franco-irakien chargé de faciliter les relations entre des chefs d’entreprise des deux pays.

Les travailleurs irakiens sont pris entre les feux croisés des attentats et exactions d’une myriade de groupes armés d’un côté, des troupes des grandes puissances, américaines et britanniques de l’autre, et de la nouvelle armée irakienne mise en place pour les remplacer. Ils sont victimes, après des années de destructions, des appétits impérialistes pour le pillage des richesses pétrolières et le marché des travaux publics. Ils hériteront peut-être demain, en plus, de l’exploitation par des patrons français. Les mêmes qui nous licencient ici.

Mais ils ne manquent pas de moyens pour se défendre. Ils ont un passé de luttes, de grèves, avant que la dictature de Saddam Hussein ne jette en prison nombre de militants syndicaux et opposants politiques, avant que les armées d’occupation ne prennent le relais de la dictature. Cette tradition pourrait bien ressurgir avec un redémarrage de l’activité économique, face aux nouveaux exploiteurs, dont ceux que le VRP Fillon a emmenés dans ses valises. C’est ce que nous pouvons souhaiter de mieux.