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Nuit debout : Les fées autour du berceau...

jeudi 21 avril 2016

À l’origine des Nuit Debout, il y a des personnalités connues, aux sympathies politiques tout aussi connues, comme François Ruffin, le rédacteur en chef de Fakir, réalisateur du film Merci Patron !, Frédéric Lordon, des « économistes atterrés », Leila Chaibi, du Parti de gauche, qui ont su s’entourer d’autres personnalités, comme la Compagnie Jolie Môme, une syndicaliste d’Air France (elle aussi au PG), un syndicaliste de Sud-PTT. Les plus connus gravitent autour du Front de gauche, plus précisément de Mélenchon dont tout le monde sait qu’il se verrait bien en candidat « au-dessus des partis » à la Présidentielle de 2017. Les Nuit Debout rappelant les Indignés espagnols, il s’imagine déjà en Iglesias et le fait savoir : « Je ne veux pas récupérer ce mouvement et je serais très fier que ce mouvement me récupère ». Et, régulièrement, dans les débats, revient une antienne chère à Mélenchon, introduite dès le premier jour par Lordon : une nouvelle société, cela nécessite une nouvelle Constitution, autant dire une VIe République... Une partie des militants d’extrême gauche, au moins ceux qui ont rejoint le Front de gauche ou regardent vers lui, rêvent eux aussi de nuits debout qui déboucheraient sur des matins indignés et un « nouveau » mouvement politique, dont ils ambitionnent par avance de former le flanc gauche. Il est donc de bon ton de parler de « l’échec » des partis traditionnels dans lesquels la jeunesse ne se reconnaîtrait pas, y compris les organisations révolutionnaires. Foin des traditions ne conduisant qu’à l’échec, cap sur la nouveauté !

Que des groupes politiques en mal de stratégie « à succès » cherchent une solution à leur problème n’est pas vraiment chose nouvelle. Tous lorgnaient déjà avec envie du côté de la Puerta del Sol occupée à Madrid par le Mouvement des Indignés ou de la Place Syntagma d’Athènes et sa « Génération des 700 euros », avec, comme seule perspective, de transformer ces mouvements en machines électorales. Mais les timides tentatives d’imitations françaises avaient toutes échoué.

Un succès qui pourrait bien dépasser les intentions des initiateurs

Il aura fallu la loi Travail, dernière provocation en date du Medef et du gouvernement à son service, pour déclencher l’éveil politique auquel on assiste et auquel les différents appareils politiques cherchent tous à imprimer leur marque.

Principale force organisée à la gauche du Parti socialiste, le Parti communiste s’emploie à multiplier les Nuit Debout dans les villes de banlieue où ses militants peuvent en être les initiateurs : Ivry, Saint-Denis, Montreuil, et bien d’autres communes de l’ancienne « ceinture rouge » qui reste tout de même une ceinture ouvrière de la capitale. En tentant de se rendre incontournable dans l’extension du mouvement, le PC se donne ainsi les moyens de défendre demain sa politique, quelle qu’elle puisse être puisque, jusqu’à maintenant, elle n’apparaît pas vraiment clairement, coincé qu’il est entre son besoin de se désolidariser du Parti socialiste et son autre besoin d’un accord avec ce même PS pour avoir des élus...

La mouvance autour de Mélenchon s’efforce quant à elle de définir des « débouchés politiques » au mouvement. Frédéric Lordon, interviewé dans l’édition du 14 avril du quotidien écolo en ligne Reporterre, explique : « Le débouché constituant s’impose à mes yeux pour deux raisons. La première est qu’il offre une solution à ce que j’appellerai la contradiction OWS/Podemos. (...) Faute de se donner des objectifs politiques et une structuration, [OWS, Occupy Wall Street] s’est lui-même condamné à la dissolution et à l’inanité. À l’exact opposé, Podemos représente le débouché politique de 15-M [le mouvement des indignés], mais sous une forme ultra classique, au prix d’ailleurs de la trahison de ses origines : un parti classique, avec un leader classique. (...) La seule réponse à mes yeux est : en se structurant non pour retourner dans les institutions mais pour refaire les institutions. Refaire les institutions, ça veut dire réécrire une Constitution. Et voici alors la deuxième raison pour laquelle la sortie par la Constitution a du sens : le combat contre le capital. (...) Pour en finir avec l’empire du capital, qui est un empire constitutionnalisé, il faut refaire une Constitution. Une Constitution qui abolisse la propriété privée des moyens de production et institue la propriété d’usage  : les moyens de production appartiennent à ceux qui s’en servent et qui s’en serviront pour autre chose que la valorisation d’un capital ». Une nouvelle Constitution pour une VIe République est le leitmotiv de Mélenchon ? Un hasard heureux sans doute... Mais au-delà des grosses ficelles, formulées de façon un peu plus radicale selon l’air du temps, il y a la volonté claire d’entraîner le mouvement vers une voie de garage...

Comment sortir du capitalisme ? Par une nouvelle Constitution nous dit sérieusement Lordon. L’économiste atterré nous propose d’écrire que les patrons ne sont plus des patrons, d’écrire que la propriété privée des moyens de production est abolie... Car, bien évidemment, si c’est écrit, les patrons ne pourront que s’incliner, personne ne peut en douter. Et si, aujourd’hui, la bourgeoisie fait la pluie et le beau temps, c’est bien parce qu’il est écrit qu’elle en a le droit. Si ça ne l’était pas, pour sûr, les choses se passeraient autrement... On en reste... atterré ! Mais Lordon ne fait que préciser comment il comprend la fameuse « révolution par les urnes » de Mélenchon... Décidément, Lordon est bien meilleur quand il dénonce les méfaits du capitalisme, justement, ou appelle à la grève générale… Car s’atteler sérieusement au problème de la convergence des luttes, à la préparation réelle d’un mouvement d’ensemble apte à remettre en cause le capitalisme – et pas seulement les institutions républicaines –, est une tâche bien plus « politique » que de s’orienter vers la formation d’un nouvel avatar de parti réformiste. De quoi passer bien des nuits debout, en effet.

J.-J. F.

Mots-clés Nuit debout , Politique
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