Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 93, avril-mai 2014 > « Un gouvernement de combat »… contre les travailleurs

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Un-gouvernement-de-combat-contre-les-travailleurs

Editorial

« Un gouvernement de combat »… contre les travailleurs

mardi 22 avril 2014

Et voilà comment Hollande a réagi après l’énorme claque infligée à la gauche aux municipales : en nommant comme Premier ministre Manuel Valls, le chef des flics ! C’était bien la peine de pleurer sur les scores du FN, sur la perte des mairies passées à la droite. Voilà qu’on nous sert ce ministre de l’Intérieur qui se vante d’avoir expulsé plus de sans-papiers que Sarkozy. Qui envoie sa police faire la chasse aux Roms, démanteler les bidonvilles.

La débâcle de la gauche aux municipales est due surtout au taux record d’abstention, en particulier dans les quartiers populaires, reflétant le dégoût à l’encontre de ces politiciens de gauche qui mènent la politique du patronat. La droite, quant à elle, n’a fait que rassembler son électorat traditionnel anti-ouvrier. Elle n’a été élue que par les abstentions de ceux qui ont refusé de voter… pour elle. Et ceux qui ont cru exprimer un rejet du système en votant FN se trompent lourdement. Au programme du FN : baisses d’impôts pour les plus riches, subventions au patronat et services publics à la diète. Pour la nouveauté, on repassera.

Les Verts, Jean-Luc Mélenchon du Parti de gauche et Pierre Laurent du Parti communiste, chacun à leur manière, ont demandé au gouvernement de « changer de cap ». Autant demander à un bouc de faire du lait. Ces politiciens de gauche le savent très bien, c’est uniquement en vue des prochaines élections qu’ils se démarquent d’un PS en perdition.

Toujours plus de milliards au grand patronat…

Avec les mesures annoncées par Valls, le « pacte de responsabilité » promis au Medef viendra ajouter 10 milliards d’euros aux 20 milliards du « pacte de compétitivité » déjà mis en place. Et toujours pas l’ombre d’un engagement sur les « contreparties » en termes de créations d’emplois.

Pour près de la moitié, ces milliards viendront de la suppression pure et simple des cotisations patronales (santé, retraite, chômage, etc.) sur les salaires au Smic et de leur allègement jusqu’à 1,6 fois le Smic. Tant pis si ça incite les patrons à tirer les salaires à la baisse !

Le reste de ces aides doit venir d’une baisse des cotisations famille des patrons (dégressives mais cette fois jusqu’aux salaires de 3,5 fois le Smic, donc quasiment sur tous les salaires) et de la réduction de l’impôt sur les sociétés.

… et des cacahuètes pour les salariés !

Pour l’autre volet promis par Hollande, dit « pacte de solidarité », Valls nous annonce une mesure pour les bas salaires. De quoi s’agit-il ? On n’augmente pas le salaire brut, pas même le Smic, il faut que ça ne coûte rien au patron. Mais on baisserait les cotisations des smicards, et de façon dégressive pour les salariés touchant jusqu’à 1,3 fois le Smic seulement. Soit une aumône de 40 euros sur le salaire net du smicard, et rien à partir de 1,3 fois le Smic. Avec de l’argent pris là aussi dans les caisses de sécurité sociale, donc en amputant le budget de la Sécurité sociale et des caisses de chômage, quitte à nous annoncer plus tard de nouvelles baisses des remboursements de soins, des droits au chômage ou des pensions de retraite.

Et comme pour les cadeaux aux patrons il faut bien de l’argent, Valls nous annonce 50 milliards d’euros de coupes budgétaires sur les trois prochaines années : tirs à volonté contre le budget des collectivités territoriales et celui de l’assurance maladie. Haro sur l’école, les hôpitaux, les transports publics, déjà asphyxiés. Moins de remboursements de santé, moins d’allocations aux étudiants, aux plus modestes, aux plus démunis.

Des confédérations syndicales qui refusent d’organiser la riposte

Les dirigeants des confédérations syndicales sont bien tendres avec le gouvernement. Suivant de près le secrétaire général de la CFDT, celui de la CGT, Thierry Lepaon, a déclaré qu’il désirait laisser le temps au « nouveau » gouvernement de mener sa politique avant de choisir de s’y opposer ou non. Comme si Valls prenait son temps pour poursuivre l’offensive contre le monde du travail !

Rappelons que les accords de compétitivité ou le pacte de responsabilité n’ont pas été réellement combattus par les directions syndicales : la direction de la CGT n’a certes pas signé ces accords avec le Medef, contrairement à la CFDT et d’autres, mais elle se prête toujours à l’arnaque du « dialogue social » et a refusé d’organiser la riposte en s’abstenant délibérément de mobiliser les salariés.

Cette politique anti-ouvrière est aujourd’hui menée par les gouvernements de droite comme de gauche à travers toute l’Europe.

Avec la grève générale du mercredi 9 avril en Grèce, les manifestations au Portugal ou en Italie samedi, ces attaques contre les travailleurs ne restent pas sans réponses.

En France, la marche contre l’austérité a réuni le samedi 12 avril environ 25 000 manifestants à Paris. Mais parmi les principaux organisateurs, le Parti de gauche et le PCF avaient avant tout des visées électoralistes, eux qui appellent à s’unir dans les urnes, beaucoup moins dans les luttes et dans la grève.

Cela dit, pour bien des salariés, pas satisfaits de la riposte inexistante préparée par les directions syndicales, c’était une occasion dont ils se sont saisis de dire leur rejet de ce gouvernement.

L’opposition véritable à ce gouvernement et à sa politique patronale ne peut venir que des travailleurs et des chômeurs eux-mêmes.

Il ne faudra pas attendre les consignes improbables des dirigeants nationaux des appareils syndicaux. Ce sera tous ensemble, dans la rue et dans la grève, que nous pourrons mettre un coup d’arrêt à l’offensive du pacte de responsabilité et imposer les mesures de sauvegarde du monde du travail : l’interdiction des licenciements et des suppressions de postes, le partage du travail entre tous sans perte de salaire, l’augmentation générale des salaires, des retraites et des minima sociaux.

Le 14 avril 2014

Mots-clés Manuel Valls , Politique
Retirer les images (photos, dessins)