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Films

samedi 16 novembre 2013

Sur la condition des Noirs aux États-Unis de 1926 à 2008

Le « Majordome », personnage central, est encore un enfant travaillant dans les champs de coton en Géorgie, quand le propriétaire, après avoir violé sa mère, tue son père. En toute impunité et sous les yeux des autres travailleurs noirs. L’enfant devient ensuite un « nègre d’intérieur », affecté aux travaux de la maison. Il apprend, pour survivre, à offrir aux Blancs le moins de prise, dans l’ambiance raciste de ce Sud des États-Unis. Il devient majordome dans un hôtel de luxe puis à la Maison Blanche. Il fonde alors une famille, vit dans une aisance toute relative, mais son fils aîné se révolte et se joint au combat contre la condition faite aux Noirs. Au fil du temps, la famille traverse les luttes pour l’intégration scolaire dans le Sud, celle pour les « droits civiques », l’assassinat de Kennedy, celui de Martin Luther King, les réactions et les dégâts provoqués par la guerre du Vietnam dans la communauté... Défilent les différents présidents des États-Unis, leurs relations avec le majordome et, plus globalement, leur attitude par rapport au racisme de la société, tantôt avec un certain paternalisme, le plus souvent avec cynisme. Le fils rebelle passe de la non-violence aux « Panthères noires »… pour finir par choisir une carrière de politicien démocrate. Père et fils se réconcilient.

Ce film − tout en finesse et remarquablement interprété – fait comprendre combien l’élection d’Obama a pu provoquer un profond sentiment de revanche chez la plupart de Noirs... et pas seulement. Mais, ce qui n’est plus le sujet du film, il ne suffit pas que l’un d’entre eux, intelligent et cultivé, se hisse à la Maison Blanche et, en bon majordome en chef, continue à gérer les intérêts des grandes fortunes américaines – principalement aux mains des Blancs – pour débarrasser la société de ses tares.

Louis GUILBERT


Une allégorie de la lutte de classes

Snowpiercer (le transperceneige) est l’histoire d’un train qui transporte les derniers rescapés de l’humanité après une catastrophe écologique. Toute la planète est recouverte de glace et de neige à la suite d’une tentative malheureuse de stopper le réchauffement climatique avec un produit miracle. Le train doit rouler sans arrêt sous peine de geler. Les pauvres sont entassés à l’arrière, dans des conditions qui évoquent celles d’un camp de concentration, alors que les riches vivent à l’avant dans un luxe insensé. «  J’ai voulu rappeler que 1 % de l’humanité possède environ 50 % des richesses » déclarait, dans une interview sur France Inter, le réalisateur coréen Bong Joon Ho. Celui-ci s’est déjà fait remarquer par le caractère subversif de plusieurs de ses films. Dans Memory of Murder, tout en respectant les codes du film noir, il dénonce la violence policière. Dans The Host, il détourne le cinéma d’horreur pour montrer l’incapacité des politiciens à combattre un monstre apparu à la suite de rejets massifs de produits toxiques. Dans Mother, la satire sociale perce derrière le mélodrame intimiste.

Cette fois, Bong Joon Ho a choisi d’utiliser un autre genre populaire, la science-fiction, pour faire passer un message social très clair. Bien entendu, les pauvres se révoltent pour se débarrasser de Wilford, un milliardaire excentrique qui a fait construire ce train et le dirige avec l’aide de quelques technocrates et d’une milice féroce chargée de convaincre les pauvres de rester à l’arrière. Wilford n’est pas seulement cynique, il est passé maître dans l’art de manipuler ceux qui contestent son pouvoir. Le train roule inexorablement vers sa perte… Les révolutionnaires du Snowpiercer réussiront-ils à s’emparer de la machine folle et à la stopper ? Nous ne voulons pas vous priver du suspense, mais ne ratez pas ce train !

Georges RIVIERE

Mots-clés Culture , Film