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Grève du nettoyage au technicentre SNCF de Hellemmes (Lille) : Jours 9 et 10 – David contre Goliath

vendredi 29 juillet 2022

Cela fait maintenant deux semaines que les huit travailleurs du nettoyage du technicentre SNCF de Hellemmes sont en grève pour leurs salaires et leurs conditions de travail. Huit agents de nettoyage du nord de la France contre le géant Elior, multinationale qui brasse des milliards de chiffres d’affaires, on dirait un peu David contre Goliath ! Pourtant les grévistes sont loin d’être à bout de ressources.

Jeudi : Saucisses et solidarité

« Alors qu’est ce que ça donne ? - Toujours rien ! Là-haut ils ne lâchent rien. » Grévistes du nettoyage et cheminots SNCF discutent à l’embauche devant le technicentre. Ces derniers sont invités à se joindre aux travailleurs d’Elior pour un barbecue solidaire le midi. Entre-temps, le comité de grève se réunit pour décider de la suite. La direction d’Elior a fait parvenir aux salariés le protocole de fin de conflit, par le biais de représentants CFDT. Le document est le même que celui discuté pendant deux heures avec la direction la veille. Et comme il ne répond pas aux revendications des grévistes, pas question de le signer ! La CFDT prend note, elle transmettra au patron, « nous, on fait juste l’intermédiaire. »

À midi, on se retrouve pour partager l’expérience de la grève… et des merguez. Les cheminots sont un certain nombre à avoir répondu à l’appel. La solidarité ouvrière fait plaisir à voir et redonne du courage face à un patron qui ne lâche rien. Elle se matérialise dans la caisse de grève, que les cheminots n’hésitent pas remplir de pièces et de billets. Ce sont finalement 464 euros qui sont récoltés. À quoi s’ajoutent les 400 euros donnés par SUD rail et les 500 de la CGT. Une bonne récolte pour les grévistes !

Vendredi : De l’argent il y en a...

Puisque Elior aime s’exprimer par protocoles, les grévistes décident de s’adapter à son langage et rédigent leurs contre-propositions : dix embauches, réintégration des anciens postes et 13e mois, ou équivalent en augmentation de salaires. La direction n’a plus qu’à signer si elle veut que le travail reprenne ! Et on se passe « d’intermédiaires » pour transmettre le contre-protocole, qui est envoyé par mail au patron.

Les discussions vont bon train sur le piquet de grève. La veille, le groupe Elior a publié ses résultats trimestriels : 3,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’année 2021/2022. « On sait où trouver l’argent pour nos embauches et nos salaires. » La publication des résultats s’accompagne de commentaires positifs dans la presse qui parle du « rebond » en bourse de la société. Mais si le groupe se porte bien, il en va autrement de ses salariés qui font les frais de sa politique de « redressement des marges », qui consiste surtout à limiter le nombre de postes et faire exploser la charge de travail. Le groupe a d’ailleurs mauvaise réputation. En témoignent les quelques automobilistes qui s’arrêtent pour discuter et laisser quelques pièces dans la caisse de grève : « C’est Elior qui nettoie dans notre école. Les femmes de ménage ne sont que deux pour tout faire les pauvres. » Ainsi, les agents de nettoyage du technicentre sont loin d’être les seuls à avoir des raisons de se battre contre la multinationale. Et leur lutte pourrait servir d’exemple.

Le succès du barbecue de la veille a donné des idées aux grévistes qui tendent maintenant leur caisse de grève aux automobilistes qui empruntent la route parallèle à l’usine. « Ça fait dix jours qu’on se bat et qu’on est sans salaire. Si vous pouvez faire un geste. », « Aidez-nous, pour faire craquer les patrons ! » Beaucoup d’habitants du quartier ont déjà entendu parler de la grève et laissent de l’argent par solidarité avec la lutte. La trésorière élue par le comité de grève va avoir du travail pour tout compter ! D’après son décompte ce sont 505 euros qui ont été récoltés en quelques heures. Belle preuve de solidarité.

Vivre et travailler dignement : un combat pour toute la classe ouvrière

S’il est difficile de savoir si la direction lâchera et à quel moment elle le fera, les huit agents de nettoyage du technicentre peuvent déjà s’estimer fiers de s’être battus pendant deux semaines face à une multinationale milliardaire, et face à son client la SNCF, qui ont tout fait pour leur faire reprendre le travail au plus vite. « Les patrons sont en accord des deux côtés, et c’est nous qui trinquons. » Durant leur grève, ils ont fait preuve d’un courage sans failles et ont accompli des choses qu’eux-mêmes ne s’imaginaient pas pouvoir faire il y a quelques semaines. Tenir un piquet de grève, s’adresser aux ouvriers, tenir tête au patron… Les hommes et les femmes du nettoyage ont plus changé en quelques jours de lutte qu’en plusieurs années de travail. L’expérience de cette grève laissera des traces ineffaçables. « Ça a changé notre regard, c’est plus pareil. »

Au fond les huit salariés d’Elior se battent pour pouvoir vivre dignement, pour travailler sans se tuer à la tâche et sans se serrer la ceinture. Un objectif juste et rationnel. Face à cette société qui tourne pour les riches, il faudra que les travailleurs se battent pour ce même objectif s’ils veulent défendre leurs conditions de vie. En ce sens, le combat des travailleurs d’Elior est celui de toute la classe ouvrière.

Rendez-vous est donné pour le lundi dès 6h devant le technicentre, pour débuter la troisième semaine de grève.

Les grévistes ont besoin de soutien pour gagner. Vous pouvez les aider en donnant et en partageant cette cagnotte en ligne.

Correspondants, le 29 juillet.

Mots-clés Entreprises , nettoyage , SNCF
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