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CHS Novillars (Doubs) : la résignation, c’est fini !

jeudi 16 juin 2022

Début juin, au Centre hospitalier de Novillars (CHN), la direction a annoncé à nouveau des fermetures de lits, 25 lits de moins au bâtiment les Tilleuls, une unité d’admission pour personnes âgées. Mais là, elle est tombée sur un os : l’équipe, révoltée par la nouvelle, s’est mobilisée et lui a adressé une lettre ouverte faisant part de son mécontentement. C’était le début de la mobilisation.

Ce centre hospitalier, situé à douze kilomètres de Besançon, dessert une partie du département du Doubs. C’est un établissement important, qui comprend l’hôpital lui-même et 25 sites de consultations sur le département. Il compte 385 lits et places. Il est divisé en pôles, eux-mêmes regroupant plusieurs structures de soin. Il couvre une population de 324 000 habitants et a suivi 8 500 patients en 2019. Pour faire fonctionner ces structures, l’hôpital emploie 791 agents.

Une situation catastrophique et qui s’aggrave chaque jour

Depuis des années, le CHN, comme de nombreux hôpitaux psychiatriques, est en crise. Tous les ans, l’Agence régionale de santé (ARS), plaisamment surnommée l’Agence des restrictions sanitaires par les collègues, demande « un effort d’efficience », c’est-à-dire restreint les budgets de 250 000 à 500 000 euros. Les effectifs ont donc fondu dans les pavillons. En admission par exemple, les équipes sont passées en quelques années de 23 infirmiers à 17. Les conditions de travail n’ont cessé de se dégrader jusqu’à atteindre un point critique ces dernières années. L’employeur ne respecte même plus les maigres protections de la législation du travail. Ainsi, nous faisons de plus en plus de « bascules », après-midi/matin, sans les douze heures de repos légales entre deux journées. L’emploi du temps est organisé en « petite » et « grande » semaine, avec des repos isolés qui devraient faire 36 heures au minimum, mais qui dans la réalité ne sont pas appliqués. Les heures supplémentaires se multiplient et les cadres, dont le nombre, lui, a augmenté, nous demandent de venir travailler sur repos, si bien qu’il est difficile d’avoir un emploi du temps sur quinze jours. Aujourd’hui, les pavillons ne peuvent plus faire face aux arrêts maladie et maternité (non remplacés) ni aux congés. La direction envisage donc de supprimer les temps partiels…

Depuis un an, de nombreux postes infirmiers sont vacants. Il faut dire que les nouveaux professionnels ne sont pas très bien reçus. Ils enchainent les CDD sans perspective d’embauche et sont trimbalés de service en service.

Il manque à ce jour quinze postes d’infirmiers et ce n’est pas comme veut le faire croire la direction à cause du Covid. Pour faire face à cette situation, elle a dû cette année prendre des mesures exceptionnelles. Elle a réquisitionné du personnel de l’extra-hospitalier pour combler les manques en « intra », fragilisant les structures extérieures. Les heures supplémentaires ont été remises en place, payées presque le double du tarif habituel, en application des mesures annoncées par le gouvernement. Mais un cautère sur une jambe de bois n’a jamais résolu un problème et la direction se voit contrainte de continuer à « geler » des lits çà et là. Différents plans blancs ont été mis en place, lui permettant de réquisitionner le personnel en supprimant les congés.

Cette gestion a eu des conséquences dévastatrices sur nos conditions de travail, notamment chez les ASH qui ont été particulièrement maltraitées par l’encadrement. Mais cette crise impacte également gravement les soins. Dans le centre médico-psychologique du service A, il fallait déjà un an pour pouvoir consulter une psychologue, désormais plus aucun nouveau patient n’est admis. Ceux-ci sont renvoyés sur leur médecin généraliste. La situation au service enfants est aussi catastrophique. Il faut désormais attendre un an et demi pour pouvoir être pris en charge. Dans les pavillons d’admission, la violence a explosé, les infirmiers n’ayant plus le temps de s’occuper correctement des patients.

Les conditions de salaire et de travail ont atteint un tel niveau de dégradation que le manque de personnel s’alimente de lui-même. Et la direction peut bien pleurnicher qu’elle ne trouve pas à embaucher, encore le voudrait-elle vraiment, elle ne pourrait empêcher que nombreux sont les professionnels qui partent et que bien peu de nouveaux postulent.

Et le serpent se mord la queue : faute de personnel, on ferme ! Pour pouvoir fonctionner cet été la direction a dû fermer de nombreux centres d’accueil, notamment chez les enfants. Mais elle annonce déjà que la situation sera pire à la rentrée. Le nombre de médecins diminue de façon constante, 25 postes infirmiers seront vacants en octobre et c’est plus de 50 professionnels qui vont manquer.

Une première réaction

Alors, la fermeture de 25 lits aux Tilleuls a fait déborder le vase. Après leur pétition, les collègues ont décoré l’hôpital et le village de nombreuses banderoles, contacté les médias et fait le tour des autres pavillons, entrainant avec eux de nombreux agents. La semaine dernière se tenait un « directoire » (réunion de direction) et c’est à 80, soutenus par les associations de famille que nous nous sommes invités pour dire notre mécontentement. Mardi 10 juin, un appel à la grève a été lancé par les syndicats et nous étions encore 80 à manifester devant les grilles de l’hôpital. Le mouvement continue et nous avons rendez-vous mercredi prochain pour envahir une nouvelle fois le directoire.

Comme l’ont dit plusieurs collègues qui sont intervenus mardi, tous les hôpitaux sont concernés et dans de très nombreux établissements, les employés ont entamé des mouvements de lutte, pour l’instant encore isolés ou sectoriels. Le personnel hospitalier, par son nombre, sa concentration et la sympathie dont il jouit auprès de la population, représente une force considérable. Et quand les actions encore isolées se développeront, se rejoindront et embraseront le pays, on les trouvera vite, les solutions à la crise de la santé !

En attendant, nous vivons à Novillars une ambiance de lutte qui redonne le moral après une année bien difficile.

Correspondante

Mots-clés Entreprises , Grève , Hôpital
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