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Grève des profs le 13 janvier : un coup de colère inédit

dimanche 16 janvier 2022

(Photo : à Caen le 13 janvier)

Ambiance, lors d’une rentrée « normale »…

La énième rentrée sous Covid le 3 janvier 2022 s’annonçait identique aux précédentes : protocoles insuffisants au regard de la sécurité des élèves et du personnel, le tout avec les habituelles déclarations péremptoires de Blanquer, le ministre de l’Éducation, face à tous ceux, médecins, épidémiologistes ou politiciens, qui, face à la vague Omicron, demandaient un report de cette rentrée, à l’instar de nombreux pays européens.

Blanquer, droit dans ses bottes, refusait bien sûr mais communiquait un nouveau protocole la veille de la rentrée à ses interlocuteurs préférés : les médias. Sans que rien ne soit changé en termes de protection, il imposait la réalisation d’auto-tests tous les deux jours aux élèves cas contacts et une déclaration sur l’honneur des parents pour que leurs enfants puissent revenir en classe.

Dans les écoles, collèges et lycées, les directeurs et le personnel se sont retrouvés submergés par la gestion des allers et venues des élèves dans les classes, en même temps que le nombre de cas positifs au Covid et de cas contacts augmentait fortement tous les jours !

Les files d’attente devant les pharmacies et laboratoires d’analyse ne cessaient de s’allonger.

Dans quelques établissements, dans la région parisienne notamment, des profs excédés, notamment suite à une déclaration de Blanquer parlant de profs « absentéistes » pour parler des profs malades du Covid, se sont alors spontanément mis en grève.

Une grève syndicale mais partie de la base

Alors que les enseignants comme les autres membres du personnel de l’Éducation avaient avalé tant de couleuvres depuis le début de la crise sanitaire, le SNUIPP-FSU, le syndicat majoritaire du primaire, a décidé d’appeler à la grève pour le 13 janvier. Dès le lendemain, tous les autres syndicats de l’Éducation nationale, y compris ceux des chefs d’établissements et des inspecteurs, l’ont rejoint.

On a alors vu les médias faire entendre un autre son de cloche que celui de Blanquer qui proclamait alors qu’on ne peut pas faire grève contre un virus ! Sauf que, là, le virus s’appelle Blanquer et que la maladie qu’il propage se traduit par des fermetures de classes, des suppressions de postes, des réformes contestables et contestées…

(Photo : dans la manifestation parisienne)

Avec une telle unanimité, y compris de la part de directions syndicales peu enclines à la lutte, la grève s’annonçait d’ores et déjà comme historique. La FCPE, fédération de parents d’élèves réputée proche du PS, apportait son soutien en appelant les parents d’élèves à ne pas envoyer leurs enfants en classe.

Le 13 janvier, 75 % des enseignants du primaire étaient en grève, et de nombreuses écoles ont dû fermer. Dans le secondaire, les chiffres de grévistes tournaient autour de 40 %, ce qui place la grève juste après la très forte grève du 5 décembre 2019 contre la réforme des retraites ; de nombreuses vies scolaires (formées des surveillants ou AED et des conseillers d’éducation, gérant les absences et donc au cœur de la pandémie) étaient fermées ou fortement en grève.

Si les cortèges des manifestations n’ont pas été aussi massifs que le nombre de grévistes pouvait le laisser espérer, ils ont tout de même regroupé beaucoup de manifestants, comme on n’en avait pas vu depuis longtemps et cela dans tous les départements. On y relevait nombre de pancartes vengeresses à l’égard de Blanquer, comme : « Le virus c’est lui, le remède c’est nous » ou « Blanquer, ton mépris ne passe pas ».

Les revendications

Partout où des AG ont été organisées, le ras-le-bol s’est exprimé : ras-le-bol du mépris du ministre, de l’incurie gouvernementale dans la gestion de la crise (protocoles changeant sans arrêt, lourds à appliquer mais ne protégeant jamais réellement ni les élèves ni le personnel), des suppressions de postes et du manque de remplaçants. Ras-le-bol d’être considéré par le gouvernement et le patronat comme la garderie nationale. Ras-le-bol des réformes désastreuses qui se sont accumulées, de la dégradation des conditions de travail et des salaires bloqués.

La liste des revendications est longue et va des masques chirurgicaux ou FFP2 aux capteurs de CO2 et aérateurs (dont les écoles, collèges et lycées ne sont, dans leur grande majorité, toujours pas équipés), du gel des suppressions de postes prévues pour la rentrée de septembre 2022 à des embauches massives de profs mais aussi de CPE, d’AED, d’infirmiers et médecins scolaires, d’agents, etc.

À quoi s’ajoute la demande de report des épreuves de bac prévues en mars à la fin d’année, car la scolarité des élèves est à nouveau perturbée.

(Photo : à Rouen)

Première étape d’un mouvement ?

Le soir même, c’est Castex, le Premier ministre, qui a reçu les représentants des organisations syndicales, reléguant Blanquer à l’arrière-plan. Largement souligné par les médias qui ont cuisiné Blanquer ! Le gouvernement flippait ! Les organisations syndicales se sont empressées de se montrer satisfaites d’être reçues de cette façon. Mais, au-delà de leurs piètres satisfecits, le gouvernement a surtout montré sa trouille face à cette journée de grève massive.

Pour tenter de désamorcer ce qui risquait bien de devenir un véritable mouvement, il a donc promis ce dont il n’était pas question jusque-là : des masques chirurgicaux et FFP2 – mais pas pour tout le monde ! –, l’annulation des évaluations prévues en primaire et une discussion sur le report des épreuves de spécialités du bac. En réalité quelques miettes car on est loin du compte !

La journée de grève du 13 janvier a été une réussite. Elle a été appelée par l’ensemble des syndicats parce que tous ressentaient une exaspération certaine. Pour beaucoup de ces appareils syndicaux, il y avait la volonté de faire jouer à cette journée le rôle d’une soupape permettant de faire retomber la pression.

Rien ne va plus, depuis longtemps

Mais il y a une véritable exaspération parmi le personnel, certes exacerbée par l’arrogance du ministre et le mépris qu’il affiche, due au fait que rien de ce que la crise sanitaire a mis en lumière n’a été pris en compte : alors que le manque d’enseignants, de surveillants s’est révélé criant, aucun plan de recrutement n’a vu le jour. Pas plus que la construction de locaux n’a été programmée pour permettre ces dédoublements dont l’utilité a été largement perçue par les élèves et leurs parents. Toutes les faiblesses révélées par la crise sont non seulement toujours là, mais elles ont été aggravées par la poursuite de la politique gouvernementale.

Une situation comparable à celle des hôpitaux où rien n’allait plus et où tout n’a fait qu’empirer. Si l’Éducation nationale ne connaît pas (encore ?) la vague de démissions que connaissent les hôpitaux, ce n’est vrai que des profs en poste : parmi les stagiaires venant de réussir le concours de recrutement, le taux de démission a explosé !

Un coup de colère politique

La grève du 13 janvier a donc été, de ce point de vue, une grève politique que les organisations syndicales ont choisi de relayer – contrairement à ce qui se passe dans le reste du pays où les très nombreuses grèves sur les salaires qui se sont multipliées depuis le printemps n’ont pas été coordonnées par les confédérations syndicales puisqu’il a fallu attendre jusqu’à ce mois-ci pour qu’il y ait un appel à une journée interprofessionnelle sur les salaires le 27 janvier prochain.

Alors que dans un premier temps les syndicats de l’Éducation nationale se sont contentés de donner rendez-vous au 27 janvier, FSU, CGT, Sud, FO, la FCPE et les syndicats lycéens ont appelé à une suite de mobilisations avec une journée d’action le 20 janvier.

Le chemin de la construction d’une mobilisation susceptible de bousculer le calendrier politicien n’est pas encore à l’ordre du jour. Mais une colère latente s’exprime dans de nombreux secteurs et il y a peut-être la possibilité qu’une telle mobilisation voie le jour malgré tout.

Il s’agit donc maintenant de transformer cet essai et de faire en sorte que ce ras-le-bol et mécontentement partagés massivement se transforment en colère et en envie d’en découdre avec ce gouvernement. Il nous faut convaincre nos collègues que nous avons toutes les raisons de nous lancer dans un mouvement de fond, seul moyen pour gagner enfin.

La réussite du 13 janvier a remonté le moral de tout le monde, permettant de redresser la tête. Nous sommes en situation de nous organiser dans nos établissements, de réactiver des réseaux d’anciennes mobilisations et de nous adresser aux parents d’élèves pour qu’ils soient de notre côté et de préparer la suite : le 20 janvier pour une nouvelle journée de l’éducation, mais aussi le 27 janvier, avec tous les autres secteurs en colère, qui pourrait être un début de mobilisation plus générale.

Liliane Laffargue

Mots-clés Enseignement , Politique
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