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En Belgique aussi : La création d’un nouveau parti d’extrême-gauche à l’ordre du jour

jeudi 17 janvier 2008

La principale organisation d’extrême gauche, le PTB (Parti du travail de Belgique), une organisation marxiste-léniniste, stalinienne, a décidé de se lancer dans la création d’un parti large. Tout comme le MAS/LSP (Mouvement pour une alternative socialiste / Linkse Socialistische Partij), la principale organisation trotskiste du pays qui appartient au CIO (Comité pour une internationale ouvrière).

Le PTB déclare 2 815 membres dans son hebdomadaire du 5 décembre. Le MAS/LSP annonçait la présence d’une centaine de délégués à sa dernière conférence nationale y compris les délégations étrangères. La taille de ces organisations est différente, la voie explorée l’est aussi. Par contre l’objectif est le même : mettre sur pied un parti à gauche du PS et d’Ecolo (le parti écologiste francophone).

Le PTB ratisse large…

Ainsi, le PTB a décidé d’ouvrir largement les portes de son organisation. Les raisons ? Il n’aurait, à l’heure actuelle, que peu d’espoir de grossir en additionnant un à un les militants convaincus des idées marxistes-léninistes. Il rabaisse donc la barre. On peut se faire une idée du niveau idéologique et militant demandé par le PTB en lisant les bulletins diffusés pour essayer de convaincre d’adhérer.

« Prenez une carte de membre, c’est logique, non ?

—Car pour vous les gens passent absolument avant le profit.

—Vous trouvez chouette nos propositions en faveur des médicaments meilleur marché, de l’énergie à bas prix, des emplois stables. Et vous trouvez tout à fait logique que les 10% les plus riches supportent les charges les plus lourdes.

—Le PTB ne tourne pas autour du pot, mais fait ce qu’il dit. Et c’est quelque chose qui vous plaît.

—Vous le faites simplement par sympathie. »

Les idées communistes, dont le PTB explique quand même qu’elles sont toujours d’actualité (une université marxiste est toujours organisée), ont disparu des arguments qu’il met en avant pour faire adhérer.

Dans le même esprit, peu ou pas d’obligation pour les nouveaux adhérents ! Ils paieront une cotisation de 20 euros par an, « seront tenus au courant des activités du PTB  », pourront participer aux assemblées de membres et recevront le journal Solidaire (journal du PTB) une fois par mois.

… avec un petit succès

Dans le numéro de Solidaire du 5 décembre 2007, une mère de famille de quatre enfants explique son adhésion et parle du travail du PTB dans sa ville : «  c’est là (dans les Maisons médicales où soignent les médecins du PTB) que j’ai découvert le travail réalisé par le PTB dans ma commune. Que ce soit pour faire diminuer le prix des sacs poubelle, de l’énergie, pour imposer la réouverture du petit bassin de la piscine communale fermé depuis des années et, à présent, pour empêcher la fermeture du bureau de poste . »

Le PTB a en effet axé toutes ses interventions sur des sujets comme le prix des sacs poubelles, l’énergie ou plus généralement des sujets locaux qui touchent la population. Cette intervention se fait aussi par le biais de ses élus aux conseils municipaux (15 sur toute la Belgique) sur des thèmes où d’ailleurs ils peuvent rencontrer l’assentiment des conseillers d’autres partis politiques. Ainsi, par exemple, à Genk, le conseiller PTB a proposé que la ville inscrive toutes les filles de 15 ans pour qu’elles se fassent vacciner contre le cancer du col de l’utérus. Les autorités ont accepté et les 453 jeunes filles de la ville recevront une lettre les renvoyant à leur médecin de famille.

La dernière campagne du PTB, contre la vie chère, s’intitule : «  Touche pas à mes patates  » et s’est concrétisée par la distribution par les militants de pommes de terre lors de la manifestation syndicale du 15 décembre 2007 sur le pouvoir d’achat et la défense d’une Sécurité sociale fédérale. Certains dirigeants syndicalistes présents ont trouvé l’idée tellement drôle qu’ils se sont faits photographier avec ces patates… Mais si les dirigeants syndicaux ont ainsi la frite, les travailleurs n’ont pas plus d’oseille car cette manifestation est, pour le moment, restée sans lendemain !

Ces exemples sont en tout cas significatifs de l’orientation actuelle du PTB, des efforts entrepris pour créer un parti en ratissant large, en intervenant sur des sujets populaires et sur lesquels il est parfois possible d’obtenir satisfaction. De près de 3 000 adhérents aujourd’hui, l’objectif est de monter à 3 500 en juin 2008 (un nombre appréciable certes pour la Belgique qui a un peu plus de 10 millions d’habitants).

Le MAS sur les traces du PTB

Cette orientation du PTB (qui, semble-t-il, pose quand même problème dans ses propres rangs…) rejoint celle du MAS : ces deux organisations ont comme perspective et comme modèle la création d’une organisation comme le SP hollandais, issu lui aussi d’une organisation maoïste, et qui a vu ses scores électoraux et son influence augmenter récemment jusqu’à dépasser celle des traditionnels sociaux-démocrates, regroupés dans le PvdA (Parti du travail). La différence entre les deux ? Le PTB fait le pari qu’il peut arriver seul à construire cette organisation large ; le MAS veut participer, en tant que tendance, à la construction d’une autre organisation qui s’esquisserait à la gauche du PS et d’Ecolo, organisation qu’il entend influencer, voire un jour diriger. Ainsi, en Hollande, la section sœur du MAS, Offensief , participe au SP hollandais tout en restant critique vis-à-vis de la direction de ce parti.

Le MAS/LSP part du constat qu’il n’existe pas, à gauche du PS (discrédité à ses yeux parmi les travailleurs et certains syndicalistes), une force politique capable de «  faire entendre une autre voix – celle des salariés, des jeunes et des militants qui ne veulent plus encaisser sans broncher les attaques perpétuelles sur leur niveau de vie– et préparer les luttes de demain  ».

Cette nouvelle force, il entend la construire par le biais du CAP (Comité pour une autre politique), une initiative qui est née le 28 octobre 2006 (après une assemblée générale de 500 personnes à Bruxelles), créée par d’anciens parlementaires connus du PS flamand. Le CAP avait mis beaucoup de ces espoirs dans les élections législatives de juin dernier. Mais les résultats obtenus ont été très faibles. Et depuis (et peut-être du coup ?), un des anciens parlementaires du SPa, Lode Van Outrive, a pris ces distances avec le mouvement parce qu’il était essentiellement structuré autour du MAS/LSP.

Le programme du CAP s’articule autour de revendications qui peuvent se résumer ainsi :

pour une vraie démocratie,

une diminution du temps de travail contre le chômage,

un logement payable par tous,

pour une sécurité sociale forte,

pour une politique environnementale énergique et forte,

pour une fiscalité honnête et équitable.

La participation du MAS/LSP au CAP ne l’empêche pas de continuer à éditer son journal et de revendiquer l’unité des travailleurs et le socialisme. Il indique aussi «  qu’il faudra une révolution pour briser l’État bourgeois  ». Et c’est pourquoi il réaffirme qu’il «  construit une organisation marxiste révolutionnaire  », un nouveau parti des travailleurs.

Les chances de réussite ?

Le PTB semble avoir plus de succès que le MAS/SLP car il n’apparaît pas que le CAP ait augmenté sensiblement ses effectifs. Qu’en sera-t-il dans l’avenir ?

Il est vrai que dans le mouvement syndical belge, des délégués sont écœurés de la politique menée par le PS surtout après le «  Pacte des générations  ». Le PS en Wallonie et le SPa en Flandre, étaient au gouvernement quand cette loi, qui vise à retarder le départ à la retraite des travailleurs, a été votée. Ils l’ont approuvée alors que des milliers de travailleurs protestaient contre ce vote dans la rue et que certains syndicats d’entreprise semblaient vouloir aller plus loin que ce que proposent habituellement les directions syndicales. Cela comme le reste de la politique du PS au gouvernement (licenciements, recul du pouvoir d’achat, etc), a laissé un goût amer à de nombreux syndicalistes, lassés des coups reçus et des reculs imposés. Dans cette frange syndicale ou même dans certains milieux ouvriers combatifs, l’idée d’un nouveau parti des travailleurs, non discrédité par des participations gouvernementales, peut rencontrer un certain écho. En tout cas c’est là-dessus que misent et le PTB et le MAS qui, dans les entreprises comme dans leurs presses respectives, ont cependant un discours très suiviste, peu ou pas critique vis-à-vis des directions syndicales.

On a pu noter aussi, récemment, comme signe du désarroi d’un certain nombre de militants de gauche, le bon score réalisé par l’aile gauche du PS flamand –SPa Rood- lors de la dernière élection à la Présidence de ce parti. Il y a donc peut-être là un espace à occuper pour des organisations se plaçant, ouvertement ou non, sur des positions réformistes.

Et quelle réussite ?

Mais, au-delà des moyens pour réaliser la construction de ce nouveau parti de gauche large, se pose la question du type de parti qui pourrait être ainsi construit et pour mener quelle politique ? Les membres recrutés ainsi, sur ces bases larges, ne vont-ils pas être simplement les adhérents d’un nouveau parti socialiste, certes plus radical et pas compromis par des participations gouvernementales ? Un nouveau parti, certes un peu plus combatif et plus revendicatif (pour un temps du moins), mais tout autant voué à brève ou longue échéance à prendre le chemin emprunté déjà par l’actuel PS.

L’extrême gauche n’aurait, alors, servi que de marchepied à une nouvelle génération de politiciens de gauche qui, quand l’occasion se présentera, iront, eux aussi, à la soupe gouvernementale. Et le nouveau parti serait de toute manière alors l’opposé de l’objectif que nous nous fixons : la construction d’un parti communiste révolutionnaire nécessaire à la classe ouvrière !

Le 10 janvier 2008

Paul GALLER

Mots-clés Belgique , Extrême gauche , Monde