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Afghanistan

Deal USA-talibans contre le peuple afghan

lundi 23 août 2021

Les talibans sont donc entrés dans Kaboul vingt ans après en avoir été chassés, ramenant avec eux les images de femmes fantômes au visage grillagé derrière leur burka, d’hommes aux mains coupées parce que reconnus coupables de vol. Souvenirs qui ont provoqué les scènes de panique de femmes et d’hommes tentant désespérément de fuir dans les avions américains.

Tout ce que cela a inspiré à Emmanuel Macron, en dehors de quelques paroles convenues sur le soutien de la France « aux plus menacés », c’est affirmer la nécessité de « nous protéger contre les flux migratoires irréguliers importants »… Lamentable démagogie d’un président en campagne électorale. Pas un mot sur ce qu’a enduré le peuple afghan depuis des décennies que les grandes puissances sont intervenues dans leur pays et sur ce que l’arrivée des talibans à Kaboul lui promet.

Les talibans, un produit en partie importé

Pour justifier le départ des troupes américaines, Biden, le Président américain, a d’abord et surtout expliqué que cela avait coûté trop cher. 1 000 milliards de dollars partis en fumée, et presque autant d’autres en frais secondaires. Des vies de soldats sacrifiées en vain aussi : 3 500 soldats occidentaux, mais aussi 240 000 Afghans, militaires des deux camps et civils, morts dans cette guerre, qui ne figurent pas au bilan que les États-Unis et leurs alliés font de leur défaite, pas plus que les quelque cinq millions de déplacés dans le pays ni les près de trois millions de réfugiés à l’étranger.

La situation actuelle, et l’essor des talibans, a des racines dans la guerre engagée en 1979 par les dirigeants de l’URSS en Afghanistan, terminée par une débâcle russe en 1989, sur fond de victoire de la révolution iranienne, pour tenter de contenir la contagion islamiste dans la région. Une guerre qui a été l’occasion pour les États-Unis à la fois de se féliciter que l’URSS menace à sa façon l’Iran qui était devenu leur ennemi, mais aussi d’encourager et d’armer des rebelles islamistes anticommunistes contre l’URSS. Si, après le retrait de l’URSS en 1989 et quelques années chaotiques de guerres entre clans régionaux rivaux, ce sont les talibans – apparus en 1994 – qui ont pris le pouvoir en 1996, c’est qu’ils étaient devenus la seule force quelque peu centralisée, par le biais des écoles religieuses où ils avaient recruté, avec l’aide directe des services secrets pakistanais et en sous-main celle des États-Unis.

Le retour des talibans aujourd’hui relève du même scénario qu’en 1996 : après vingt ans de guerre et de chaos, engendrés cette fois par les États-Unis et leurs alliés (dont la France qui a maintenu des troupes en Afghanistan jusqu’en 2014), c’est avec eux, lors de discussions très officielles à Doha, au Qatar, que le gouvernement de Trump avait négocié leur retour au pouvoir après le retrait des troupes américaines…

La domination impérialiste maintenue par les dictatures

C’est donc une sacrée filouterie de la part de Biden, de venir aujourd’hui pleurer devant les micros du monde entier sur l’échec des États-Unis à apporter la démocratie aux Afghans. Aider une clique d’islamistes à s’installer au pouvoir, pourtant, il semble que les dirigeants impérialistes américains y aient réussi ! Avec le soutien, entre autres, de leurs amis de France.

En tout cas, si le départ américain d’Afghanistan, comme le départ du Vietnam en 1975, montre quelque chose, c’est que la plus riche bourgeoisie du globe, avec la plus puissante armée, ses bombes, ses drones, ses matériels de repérage les plus sophistiqués, ne contrôle les peuples du monde qu’en s’appuyant sur de minables et rétrogrades dictateurs locaux – des cliques qui ne résisteront probablement pas aux révolutions sociales et politiques nécessaires, qui sont devant nous.