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Universités sous cloche, mais les étudiants ?

mardi 29 décembre 2020

Photo : manifestation à Paris le 24 novembre 2020. Copyright : Photothèque Rouge /Martin Noda / Hans Lucas.

Macron annonçait, il y a deux mois, la fermeture des universités. Elles devaient rouvrir après le 20 janvier 2021, mais le gouvernement multiplie ces dernières semaines l’annonce que des examens en présentiel ainsi que des cours sur les campus auraient lieu dès la rentrée du 4 janvier. Annonces qui pourraient être remises en cause par les spéculations sur une « troisième vague » de corona ? Les universités constituaient près du tiers des clusters, avant leur fermeture, selon Santé publique France. Néanmoins, la décision de fermeture sélective des établissements d’enseignement supérieur alors que l’ouverture du primaire et secondaire était maintenue, permettant aux parents d’aller au boulot, relevait surtout de la volonté du gouvernement d’assurer au mieux la poursuite des profits patronaux. La priorité du gouvernement, c’était que les parents continuent d’aller au travail. Prendre des mesures coercitives contre le patronat pour éviter les concentrations au travail et dans les transports, il n’en était pas question. Et cette fermeture presque totale des universités a eu de sérieuses conséquences sur la vie des étudiants, notamment ceux issus des milieux populaires. Les reportages montrant la précarité étudiante se sont multipliés. Le gouvernement prétend désormais vouloir améliorer la situation des étudiants les plus précaires (ceux qui commencent leurs études supérieures, les étudiants en décrochage ou en situation de handicap)… précisément ceux que sa politique a rendus jusque-là plus précaires !

Avoir vingt ans sous le corona sauce Macron

En octobre dernier, Macron reconnaissait qu’il n’est « pas facile d’avoir vingt ans en 2020 », après que la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, eut blâmé les étudiants de se contaminer… sur leur temps libre !

Si la fermeture des universités a permis de diminuer les contaminations parmi les étudiants, ce sont rapidement le stress et l’isolement qui se sont propagés, accentués par la cacophonie de ce début de confinement : certains étudiants préparés à retourner chez leurs parents ont dû revoir leurs plans quand il a été annoncé que les examens et travaux pratiques seraient maintenus en présentiel. La fin de la vie universitaire, des loisirs, les ponts coupés avec les amis et la famille ont pesé fortement sur le moral des étudiants. 61 % se sont déclarés victimes d’anxiété d’après un sondage réalisé par l’Association de l’École d’affaires publiques de Sciences Po. Et on n’est pas loin du décrochage massif non plus : difficultés à se concentrer sur un Zoom ou site de communication à distance toute la journée (neuf étudiants sur dix avouent ne pas réussir à suivre les cours en ligne), quasi impossibilité de s’épauler entre camarades si l’on n’a pas compris. Et à quoi bon étudier alors que la crise sert de prétexte à supprimer des dizaines de milliers d’emplois ? Quel avenir ?

La « valeur des diplômes » avant les conditions d’enseignement !

Le gouvernement balaie ces questions d’un revers de la main et prépare la tenue des examens en présentiel dès janvier, dans ces mêmes locaux estimés impropres à l’accueil des étudiants en demi-groupes. Mais pourquoi ces examens coûte que coûte ? Est-ce que ce sont eux, plutôt que les cours, qui valent le déplacement ?

Les quelques mesures annoncées pour « lutter contre la précarité », comme un possible allongement de l’aide exceptionnelle d’urgence de 150 euros aux bénéficiaires des APL, ainsi que la création de 20 000 contrats de quatre mois de « tuteurs » étudiants visant à aider les premières années, sont une goutte d’eau, comparées aux besoins. Rien pour s’attaquer concrètement au manque général de moyens pour les universités, du moins celles qui ne sont pas « d’élite » ou d’« excellence » et accueillent des jeunes des classes populaires.

Le corps enseignant et administratif a appris du premier confinement, mais il ne peut pas régler seul les problèmes informatiques, les pannes de serveurs Moodle et les soucis psychiques et matériels des étudiants. Ainsi à l’Université de Paris (encensée à la rentrée par le ministère pour sa place au classement de Shanghai), ce sont les syndicats étudiants en partenariat avec Emmaüs qui, devant l’incurie de l’État, fournissent aux plus précaires des clés 4G.

Et ne parlons pas des moyens de vivre, pour réussir des études. Le confinement et la crise économique ont réduit à peau de chagrin les opportunités pour les étudiants qui n’ont pas derrière eux une famille aisée, de trouver le job étudiant indispensable. Cette situation est à l’origine de l’augmentation massive du nombre d’étudiants dans les files d’attente des associations et banques alimentaires.

Facs en distanciel, mais rues en présentiel !

Pour assurer, en temps de pandémie, une continuité de l’enseignement supérieur au-delà des bricolages actuels, les solutions ne manqueraient pas – combiner par exemple des cours en petits groupes avec des enseignements à distance. Mais elles exigeraient des moyens supplémentaires, en locaux, en enseignants et autres employés qui font vivre les universités. L’argent de l’État pourrait aussi aider les étudiants les plus démunis – les aider vraiment au lieu de n’être que des aumônes.

Mais à sa façon, la jeunesse étudiante, du moins celle qui se politise au contact des points chauds de la planète, a su se déconfiner à bon escient. Les facs étaient fermées mais les rues sont restées largement ouvertes et occupées par la colère de cette jeunesse : aussi bien en mai et juin dernier contre les violences racistes et policières que plus récemment le samedi 28 novembre (et les suivants) contre des lois renforçant l’impunité policière et limitant les libertés. On peut espérer que le retour des cours en présentiel permettra aux étudiants de mieux s’organiser… pas seulement pour des conditions d’enseignement leur assurant un débouché dans le cadre du système mais… pour en sortir !

Pierre Levain

Mots-clés Covid-19 , jeunes , Politique , Université
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