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« Que crève le capitalisme. Ce sera lui ou nous », de Hervé Kempf

vendredi 4 décembre 2020

Paru en septembre 2020 aux éditions du Seuil – 128p – 14,5€

« Que crève le capitalisme », bravo pour le titre, même si les conclusions de l’auteur sont moins virulentes ! Hervé Kempf est journaliste, fondateur de Reporterre. Son dernier ouvrage s’inscrit dans la continuité de ses autres essais, où il cherche à faire le lien entre lutte écologiste et lutte anticapitaliste. Le livre s’ouvre sur un réquisitoire percutant contre le capitalisme, dans le style de la mouvance autonome. L’auteur décrit ensuite les désastres environnementaux et sociaux qu’engendre le capitalisme, et montre qu’ils sont intimement liés à ce système. Face à l’urgence écologique, sanitaire et sociale qu’il génère, il n’y a alors pas d’autre issue que de le renverser. Ce type de raisonnement forme, à juste titre, la base des argumentaires écologistes anticapitalistes [1], et l’ouvrage contient une critique bien sentie des écologistes « bon teint », tels Hulot ou Barrau.

Kempf aborde également les évolutions récentes du capitalisme : selon lui, celui-ci aurait jusqu’à présent été dans une phase néolibérale, et est en train d’évoluer vers un modèle techno-despotique, différent du fascisme mais qui en partagerait l’aspect autoritaire, une discussion qui fait particulièrement écho avec la mobilisation contre la loi de Sécurité globale. Il montre en particulier que l’arsenal répressif dont de se dotent les États, en mettant à profit les avancées technologiques récentes, est une réponse à la remontée des mouvements sociaux [2]. En effet. On pourra cependant reprocher à ce raisonnement en termes de « phases », d’oublier que, à l’échelle mondiale, la bourgeoisie n’a jamais cessé de recourir à la répression la plus violente. De même, s’en tenir au qualificatif de « capitalisme néolibéral » l’amène à présenter sous un jour comparativement favorable le capitalisme des trois décennies d’après-guerre.

L’essai se conclut sur une discussion des stratégies envisagées pour donner une réalité au titre de l’ouvrage, qui compare trois options possibles. Après avoir fait la part belle à une solution électorale, vue comme la seule traduction possible du « soutien des masses » (p.127), l’auteur écarte la perspective léniniste en décrivant la prise de pouvoir par les bolcheviks comme le produit de circonstances exceptionnelles, non reproductibles. Il invoque ensuite l’importance de la « psychologie collective » (p.134) pour reprendre à son compte la « stratégie de l’archipel » défendue par Alain Damasio [3] : des collectifs affinitaires qui expérimentent localement et se fédèrent peu à peu pour constituer une alternative au capitalisme. Reconnaissant que de telles initiatives, si elles prennent de l’ampleur, subiront un sort analogue à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, il propose alors d’y juxtaposer une prise électorale de l’État par des groupes modérés, qui profiterait de la pression imposée par les collectifs radicaux pour effectuer la transition, et insiste sur l’aspect complémentaire des différentes tactiques. Malheureusement, loin de la promesse du titre, cela semble ici être le masque d’un refus de définir une stratégie clairement révolutionnaire pour en finir avec ce système.

Martin Castillan

Sur le même sujet, lire également notre note de lecture sur le dernier livre de Andreas Malm, La chauve-souris et le capital – stratégie pour l’urgence chronique.


[1On le retrouve notamment dans Trop tard pour être pessimistes de Daniel Tanuro et Le capital et la chauve-souris d’Andreas Malm.

[3Alain Damasio est un auteur de science-fiction. Il a notamment écrit La Zone du Dehors et Les Furtifs, très politiques, et a pris publiquement position en défense de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

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