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La Poste

« Opportunités de marchés historiques », selon le PDG. Nouvelles opportunités de riposte, pour les postiers et postières

mardi 12 mai 2020

Ci dessous l’intervention d’un militant de la Poste lors du meeting zoom de l’Étincelle Npa du samedi 9 mai 2020.

Dans l’imaginaire collectif, La Poste est encore vue comme l’administration qu’elle était il y a trente ans. Une boite qui distribue des lettres et des colis avec des facteurs et factrices sympas que tout le monde connaît. Récemment encore le PDG, Philippe Wahl, racontait sur une radio nationale qu’il avait fait du troc avec une enseigne de supermarché « masques contre gel hydro-alcoolique », afin de fournir les postiers et postières en gel désinfectant. Le gars ferait du troc comme un petit patron proche des gens. Mais ça, c’est pour la galerie.

La Poste a en fait un patron formé à l’ENA, qui dirige une entreprise multinationale – une société anonyme qui attaque des marchés sur toute la terre et qui veut devenir un acteur mondial majeur. Des centaines de millions sont investis tous les ans en achat d’entreprises et le groupe compte aujourd’hui plus de 500 filiales pour un chiffre d’affaires de près de 26 milliards en 2019 (un gain de 4 milliards en quatre ans). Les actionnaires sont la Caisse des dépôts et consignations et l’État. C’est donc une entreprise au capital public mais qui agit comme tous les gros requins du monde, ce qui a été particulièrement visible pendant la crise que nous traversons aujourd’hui. Surtout que son patron énarque a le verbe haut pour dire en interne « nous avons des opportunités de marché historiques ».

Du 16 mars au jour J du déconfinement…

Alors que le gouvernement était pris de panique face à la montée de la pandémie et qu’une grande partie de la production s’arrêtait, la direction de La Poste prenait une mesure radicale : ne rien faire. C’était du délire : pas un bureau de poste équipé pour une protection élémentaire ! On a vu l’imagination des patrons locaux à l’œuvre, rien de brillant : bouteille avec du détergent, bout de savon et un peu d’eau, lingettes Monsieur propre et même, la palme probablement, du Mitosyl (cette crème qu’on met sur les fesses des bébés).

Même dans les clusters, c’était du grand n’importe quoi. Il existe dans des archives un échange entre une syndicaliste et un patron, dans le Morbihan, qui illustre parfaitement le truc : elle demande du matériel de protection, car les cas de covid se multiplient, ce à quoi le patron se contente de répondre qu’il faut respecter un mètre de distance et ne pas se faire la bise. Donc que dalle, et surtout pas de gel ni de masque. Pourtant, La Poste avait planqué un stock de 24 millions de masques qu’elle n’a distribués aux postiers qu’après avoir été « grillée »… Et en cas de covid ? Pas de panique ! Est-ce que tu as été en contact à moins d’un mètre pendant quinze minutes avec la personne en question ? Cinq minutes seulement ? Bon pour le service ! C’était cela la « priorité à la santé ».

Mais partout en France, des postiers ont réagi

Des milliers de droits de retrait ont été exercés collectivement et individuellement face aux délires de l’entreprise, des dizaines de milliers de postiers se sont mis en arrêt maladie, en garde d’enfants. Il y avait évidemment la peur du virus, mais les postiers se sont surtout rebiffés contre une direction qui n’en avait strictement rien à cirer. Production en fait quasiment arrêtée, le courrier n’a presque pas été distribué pendant près de quinze jours… La direction prend finalement des mesures. Elle plie mais ne rompt pas.

Face aux réactions en interne, et aux absences massives, La Poste a mis en place un « régime dégradé ». D’abord trois jours de travail par semaine, 1600 bureaux ouverts sur 10 000, puis quatre jours et bientôt, avec le déconfinement, un retour aux 35 heures. La direction se précipite dans la brèche ouverte par le gouvernement pour provoquer le retour général au travail et évidement, il fallait s’attendre à une entourloupe.

Grâce au covid, c’est la foire aux réorganisations !

Pour le 11 mai, la direction annonce une baisse « historique » du courrier de 40 % et veut mettre en place partout, au même moment, une réorganisation géante chez les facteurs et factrices. En gros cela va consister en l’instauration d’équipes qui travailleront en « décalé » et feront dans certains endroits plus de boulot que d’habitude. À Paris XI par exemple, cette organisation « sanitaire » supprimera en fait des congés. Ces nouvelles organisations risquent de devenir pérennes car la direction n’a pas prévu les conditions d’un retour à la normale. Il s’agit de réorganisations sous couvert de baisse historique de l’activité, dit-elle, omettant pourtant de souligner la croissance tout aussi historique des colis (entre 20 et 60 % d’augmentation), car La Poste a profité des malheurs juridiques d’Amazon, entreprise à la fois concurrente et partenaire.

En fait, c’est l’emploi qui est promis aux attaques. Dans la plupart des régions, les intérimaires et les CDD que La Poste avait envoyés au front en pleine pandémie ne seront pas renouvelés et ce sont déjà des milliers de travailleurs qui risquent de se retrouver au chômage. En attendant que, dans peu de temps, ce soit au tour des emplois permanents ?

Le 11 mai, une nouvelle bataille commence

Je l’ai dit tout à l’heure, le 11 mai connaitra une grosse « réorg » comme on dit dans l’entreprise. Pour le moment, l’ambiance n’est pas au soulèvement général – le problème récurrent à La Poste est qu’il y a quasiment autant de situations différentes que de bureaux de distribution. Et la direction sait tenter des « carottes » : en la circonstance, faire passer la pilule dans certains coins en proposant un samedi travaillé sur quatre – au lieu, souvent, pour les facteurs et factrices d’une situation bien pire.

Mais les réactions dispersées, c’était peut-être le monde d’avant. Même si les situations restent contrastées entre Marseille, Bordeaux ou certains bureaux parisiens, l’épidémie (qui certes n’a pas aidé à l’organisation) a très certainement unifié les sentiments et réactions des postiers. Surtout que toutes et tous, autant qu’ils sont, n’ont pas vu une queue de cerise au niveau prime ou amélioration du salaire pour les récompenser d’avoir travaillé en pleine épidémie.

Donc on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait mais on peut légitimement espérer que comme au début de la crise, les postiers et postières ne se laisseront pas faire.

Erwan Piam

Mots-clés Entreprises , La Poste
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