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Lubrizol : du mazout sur « la transparence »

lundi 30 septembre 2019

S’il n’a pas fait de victimes immédiates, l’accident industriel de Lubrizol, à trois kilomètres du centre de Rouen – le plus important en France depuis celui de l’usine AZF de Toulouse, en 2001 – met en lumière le laxisme avec lequel les industriels et les pouvoirs publics assurent la gestion des risques. Entretemps, Macron fanfaronne à la tribune de l’ONU au lieu de contraindre les capitalistes qui saccagent la planète.

Implantée depuis 1954 dans l’agglomération rouennaise, les odeurs et lumières dégagées par l’usine Lubrizol sont le quotidien des habitants. Propriété du milliardaire américain Warren Buffet, cette entreprise spécialisée dans la production d’additifs était depuis 2009 classée Seveso « seuil haut » comme la moitié des 25 sites industriels de l’agglomération. La France compte aujourd’hui 1 312 sites Seveso, dont 705 en seuil haut.

Après que plusieurs explosions ont retenti, s’en est suivi un incendie impressionnant, dispersant une fumée noire chargée de substances toxiques comme le benzène, le pentasulfure et l’oxyde d’azote. Des habitants ont rapidement eu le nez et la gorge qui piquaient à plusieurs kilomètres du sinistre. Avec l’averse du matin, ce sont des dizaines de communes qui ont été recouvertes d’une couche de suie et d’huile, souillant cultures et habitations. Des galettes de mazout flottaient dans la Seine et des résidus d’hydrocarbures ont même été retrouvés à Lille…

Un lourd passif de pollueur

Le président de Lubrizol France minimise ses responsabilités : « je suis très étonné de voir un incendie qui démarre comme ça […] ». Déjà, en 2013, sur le même site, une fuite de gaz toxique, le mercaptan, a été ressentie jusqu’en région parisienne et en Angleterre ! Le manque d’entretien et de surveillance était alors pointé du doigt. La justice a condamné l’entreprise, qui réalise six milliards de dollars de chiffre d’affaires, à une simple amende de 4 000 euros.

Elle a été à nouveau mise en cause en 2015 pour avoir déversé des milliers de litres d’huile dans le réseau d’évacuation des eaux pluviales.

« Circulez, il n’y a rien à voir »

Malgré cela, l’État fait l’autruche et supprime les contraintes pour les pollueurs au mépris des travailleurs et des riverains. Sur les 2 100 arrêtés de mise en demeure pris chaque année contre les industriels, seuls 20 % débouchent sur des sanctions administratives, souvent symboliques. Dans le même temps, les inspections de sites ont été divisées d’un tiers en douze ans, du fait des suppressions de postes dans la fonction publique.

Sur le site de Lubrizol, la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement de Normandie (Dreal) estimait sans rire en 2017 le risque d’incendie à « au maximum une fois tous les 10 000 ans » ! De son côté, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, osait annoncer que la population ne courait aucun risque, alors même qu’on pouvait voir les policiers rouennais équipés de masques de protection !

Face à l’opacité des informations, associations de riverains, syndicats et partis politiques de gauche ont appelé à une manifestation mardi 1er octobre pour réclamer plus de transparence.

Petits gestes ou expropriation des profiteurs ?

La même semaine, Emmanuel Macron, présent pour l’assemblée générale de l’ONU et le sommet sur « l’urgence climatique », se présentait en « champion » écolo, tout en ayant l’indécence de sermonner la jeune Greta Thunberg qui avait bien raison d’accuser « l’inaction des politiques », et de s’indigner : « Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos paroles creuses. »

La catastrophe de Lubrizol, loin de toutes ces paroles creuses, traduit les conséquences sociales et environnementales de la production capitaliste basée sur l’exploitation et le manque d’effectifs et d’entretien pour maximiser les profits. Plutôt que la politique des « petits gestes » inoffensifs qu’on nous vante tant, c’est une production basée sur le contrôle ouvrier et l’expropriation des capitalistes qui permettrait d’éviter que de tels désastres se reproduisent.

Mots-clés Catastrophes industrielles , Écologie , Lubrizol , Politique