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Ford-Blanquefort : dix ans de lutte face à la mystification du « repreneur »

mardi 14 mai 2019

Concernant Ford, le fait qu’il s’agit d’une lutte sur plus de dix ans et que le représentant du syndicat CGT soit Philippe Poutou, un ouvrier candidat anticapitaliste à la présidentielle, ont contribué à en faire un cas national. Mais, toutes les étapes de cette lutte et les solutions qui ont été évoquées pour « sauver les emplois » sont un bon résumé des débats auxquels sont confrontés les travailleurs.

Le site de Blanquefort produit des boîtes de vitesses Ford depuis les années 1970. En 2000, le site comptait 3 600 salariés. Les effectifs ont décru petit à petit et en 2007 il a fallu une mobilisation massive des salariés pour empêcher la fermeture. Ford est parti et l’usine a été reprise par un groupe qui promettait de construire des pièces d’éoliennes, projet qui s’est… envolé. C’est encore une fois la mobilisation des travailleurs qui a contraint Ford à revenir mais avec seulement 1 000 salariés en 2011. Sans compter qu’en 2013 Ford a obtenu de multiples subventions de la région en échange de la sauvegarde de ces 1 000 emplois pendant 5 ans. En 2018, tous les signaux avant-coureurs d’une fermeture s’allument : il ne reste plus que 800 salariés, les nouvelles boîtes de vitesses ne sont pas attribuées au site. Un nouveau combat contre les licenciements s’engage. Malheureusement, l’usure de ces dix années de combat et l’approche de la retraite pour de nombreux salariés n’ont pas permis pour l’instant de le mener à la hauteur des fois précédentes.

Depuis un an, les ouvriers ont pu apprécier la saveur désagréable de toutes les solutions bidon que les politiques peuvent proposer. D’abord l’application de la loi Florange, fleuron du Hollande qui se prétendait « ennemi de la finance ».

La loi Florange et le repreneur introuvable

Cette loi avait été promulguée au début du quinquennat de Hollande et faisait suite à sa promesse de campagne de « sauver Florange », des hauts-fourneaux en Moselle dont la fermeture avait conduit à mettre en avant les ouvriers d’Arcelor-Mittal.

Le soubassement idéologique de cette loi, c’est qu’il y a les bons et les mauvais capitalistes. Les mauvais, ce sont les financiers, les spéculateurs ; les bons, les « industriels », les entrepreneurs. La fable raconte que les méchants ont pris la main depuis peu au détriment des gentils. Les Louis Renault, les André Citroën, des « gentils » ? Eux qui exploitaient sans vergogne, qui réprimaient et licenciaient les ouvriers qui relevaient la tête ? Cette histoire de bons capitalistes est une mystification.

Il n’empêche que l’objectif de la loi Florange, c’est de cajoler les gentils capitalistes, ceux qui restent actionnaires à long terme d’une entreprise. Pour le prix de leur fidélité, la loi leur accorde des votes doubles s’ils restent plus de deux ans. L’objectif, c’est aussi de « redonner des perspectives à l’économie réelle et à l’emploi industriel  ». Elle contraint ainsi toute entreprise qui envisage de fermer un site et de procéder à des licenciements collectifs de passer d’abord par la recherche d’un « repreneur ».

En plein dans le mille pour l’usine de Ford Blanquefort.

Mais cette obligation de trouver un repreneur possède déjà une première faille : ce dernier n’a aucune obligation et certainement pas de reprendre les salariés. Le plus souvent, c’est même un moyen pour les grosses boîtes de sous-traiter les licenciements à une plus petite.

Dans le cas de Blanquefort, c’est la société Punch qui propose une offre de reprise (avec seulement la moitié des salariés repris). Mais même cela, la loi n’a pas prévu d’obliger Ford de l’accepter : l’entreprise peut tout à fait refuser l’offre de reprise, prétextant que les salariés ont plus à gagner avec les primes de licenciement !

Et ce n’est pas la colère (feinte ou pas) du ministre Bruno Lemaire devant le Sénat qui y a changé quelque chose : « Je suis révolté, je suis écœuré par cette décision qui ne se justifie que par cette volonté de Ford de faire monter son cours de Bourse. Je veux dénoncer la lâcheté de Ford à qui je demande de parler depuis trois jours et qui n’a pas eu le courage de me prendre au téléphone. Je veux dénoncer le mensonge de Ford qui dit que l’offre n’est pas crédible », a déclaré le ministre. Il a indiqué vouloir « profiter de la représentation nationale pour appeler Ford solennellement à réviser sa décision et à accepter la reprise de Punch ». Rodomontades : Ford n’a bien sûr rien révisé, ce n’est pas la poignée de sénateurs qui risquait de lui faire peur.

Des travailleurs en lutte, se battant aux côtés d’autres usines menacées, y compris des usines Ford comme celle de Sarrelouis frontalière avec la France avec 6 300 emplois menacés, il n’y a que cela qui pourrait faire peur aux industriels.

Reprise par l’État ?

À défaut de reprise par le privé, l’hypothèse d’une reprise par l’État et les collectivités locales est évoquée. Mais les premières réunions du groupe de travail pour la réindustrialisation du site montrent que l’État n’a pas la moindre volonté de s’opposer au trust Ford, de récupérer l’argent public détourné, de réquisitionner les machines. 

L.M.

Mots-clés Entreprises , Ford , Licenciements