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Contre la machine gouvernementale à expulser les migrants : Nécessité d’une mobilisation politique qui concerne l’ensemble du monde du travail

vendredi 23 mars 2018

Timothée, 23 ans et binational franco-camerounais, est contrôlé par la police au volant de sa voiture le 21 février dernier à Rambouillet. Il a oublié ses papiers chez lui. Il passe la nuit en garde à vue. Considéré comme étranger en situation irrégulière malgré ses dénégations, il est placé au centre de rétention administrative (CRA) de Plaisir (Yvelines). La police ne s’est pas donné la peine de vérifier ses dires. Pire, lorsque sa famille est venue au commissariat signaler sa disparition, les policiers ont répondu qu’ils ne savaient pas où il était… À bout de nerfs, c’est au CRA que Timothée finit par convaincre un agent d’appeler ses proches. Il est libéré après plus de 24 heures d’incarcération [1].

Pour exceptionnelle qu’elle soit, cette affaire montre à quel point la machine à expulser les étrangers est huilée. La loi asile et immigration portée par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb entend pourtant, entre autres [2], en accélérer les procédures et porter de 45 à 135 jours la durée maximale de rétention, c’est-à-dire d’emprisonnement, en CRA.

Un vent de colère

Le gouvernement pourrait-il trébucher avec cette loi contestée jusque parmi ses députés ? On n’en est pas encore là. Mais les cailloux se multiplient dans sa chaussure. Les salariés de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) se sont par exemple récemment mis en grève pour protester contre l’atteinte aux droits des étrangers qui recourent à cette sorte de tribunal d’appel pour obtenir l’asile. Le député LREM Aurélien Taché a bien été chargé d’allumer un contre-feu, sous la forme d’une batterie de mesures pour « favoriser l’intégration » des étrangers en situation régulière. Mais la manœuvre n’a pas vraiment fonctionné.

Des dizaines d’initiatives locales…

Le malaise dans les rangs macronistes s’explique par la montée dans une partie de l’opinion d’un sentiment de solidarité envers les migrants. Les manifestations se sont multipliées. Elles commencent à dépasser les milieux traditionnellement mobilisés, et pas qu’en France. À Bruxelles, 2 500 personnes ont en quelques heures entouré le parc Maximilien pour empêcher une rafle policière le 21 janvier, et 10 000 manifestants ont battu le pavé un mois plus tard.

Les réseaux de soutien n’en sont pas moins toujours en butte à une forte pression de la part des autorités. Dans la vallée de la Roya, un jeune Français de 19 ans a été condamné il y a peu à trois mois de prison avec sursis pour avoir pris des migrants comme passagers dans sa voiture [3]. Non loin de là, à Nice, Martine Landry, militante d’Amnesty international et de l’Anafé [4], risque une peine similaire pour avoir prétendument fait franchir la frontière italo-française à des étrangers mineurs que la police avait refoulés… en dépit de l’obligation légale d’assistance de l’État envers ces jeunes. Hollande avait promis de mettre fin à la criminalisation de la solidarité. Il n’en a en réalité rien fait, et Macron marche dans son sillon.

L’État utilise en revanche tous les leviers à sa disposition pour renforcer le flicage. Dans le Bordelais, 600 contrôleurs SNCF ont ainsi reçu une note de service demandant de signaler tout regroupement de migrants. La vive réaction de la CGT – « les contrôleurs ne sont pas une milice de la préfecture » – a pour l’instant suffi à faire reculer la direction locale [5].

…auxquelles manque une expression politique

L’opposition à la loi asile et immigration pourrait souder les divers réseaux, organisations ou collectifs de défense des droits des migrants, par-delà des divergences politiques parfois profondes. La manifestation du 17 mars prochain à Paris en sera-t-elle une étape ? Difficile à dire à l’heure où nous écrivons. L’appel à cette « marche des solidarités » s’inscrit dans le cadre d’une « semaine anticoloniale » dont le propos déborde de beaucoup la seule question des migrants. Mais rien n’empêche de défiler ce jour-là au nom des libertés de circulation et d’installation, de la régularisation de tous les sans-papiers, au contraire !

Au-delà de cette manifestation, l’extrême gauche, en particulier le NPA, a des choses à dire non pas aux rangs déjà mobilisés, mais à l’ensemble du monde du travail. Il s’agit de mener une véritable campagne politique contre la politique anti-migrants de Macron/Collomb. Les migrants sont nos collègues de travail de demain. Pour faire respecter leurs droits, ils seront tôt ou tard contraints de lutter, comme le font 160 travailleurs sans papiers de région parisienne, en grève depuis le 12 février pour leur régularisation. C’est en les aidant dans ce combat que la classe ouvrière de ce pays peut se renforcer. Cette campagne serait propagandiste ? Certainement. Mais dans la situation actuelle, elle donnerait un éclairage et une perspective politiques qui, loin de s’opposer à la mobilisation, contribueraient à la renforcer. 

9 mars 2018, Mathieu PARANT


[1Émilien Urbach, « Droit des étrangers. Un Français enfermé en rétention », L’Humanité, 26 février 2018.

[2Pour une analyse approfondie, voir le numéro précédent de Convergences révolutionnaires.

[3Mačko Dràgàn, « « Délit de solidarité » dans la Roya. Raphaël, 19 ans : un procès exemplaire », 5 octobre 2017, www.blogs.mediapart.fr

[4L’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé).

[5Jean-Louis Farguès, « Quand la SNCF s’égare dans la chasse aux migrants », Anticapitalistes ! (journal local du NPA) n°79, mars 2018.

Mots-clés Migrants , Politique
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