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L’état d’urgence écologique

Les responsables ? Cherchez l’erreur

mercredi 13 décembre 2017

Début novembre, plus de 15 000 chercheurs de tous pays ont publié une « mise en garde des scientifiques à l’humanité : deuxième avertissement » [1], ce qui en fait l’article scientifique le plus signé de l’histoire. Ce « deuxième avertissement » succède à un premier appel de scientifiques paru en 1992 alertant déjà à l’époque sur l’ampleur des dégradations écologiques. Vingt-cinq ans plus tard, tous les indicateurs écologiques ou presque sont passés au rouge !

La déforestation s’est poursuivie et le nombre d’espèces animales vertébrées a chuté de près d’un tiers à tel point que certains biologistes parlent de la sixième « extinction de masse » en 540 millions d’années. Sans parler des émissions de gaz à effet de serre qui ont considérablement augmenté. L’état des océans n’est pas plus rassurant : alors que les moyens de pêche se sont grandement modernisés, les prises se font de plus en plus rares, avec une érosion générale de la biodiversité marine. Et le sombre tableau dressé par les auteurs de l’étude pourrait être complété de bien des manières : la pollution de l’air touche de plus en plus de zones urbaines, certains sols agricoles surexploités voient leur fertilité diminuer et beaucoup de populations d’insectes – espèces clés du fonctionnement des écosystèmes – sont en déclin.

Retour à Malthus ?

Si l’on ne peut que rejoindre ce constat alarmant encore faut-il en identifier les causes… à l’inverse des signataires de cette mise en garde. Pour ces derniers, « la croissance démographique rapide et continue est l’un des principaux facteurs des menaces environnementales et même sociétales ». Ils en appellent par conséquent à une véritable limitation de la population mondiale à un niveau « scientifiquement défendable ». Ils reprennent par là un vieux refrain d’inspiration malthusienne. On serait définitivement trop nombreux sur terre, ce qui occasionnerait une pression insoutenable sur les ressources limitées de la planète. Les premiers responsables de la crise écologique seraient donc les deux milliards d’individus surnuméraires que porte la planète en plus depuis 1992 ? Rétablissons les faits… scientifiques : cette augmentation de la population a concerné avant tout des pays à très faible niveau de vie. Ces mêmes populations, premières victimes des désastres écologiques, qui en connaissent un rayon en termes de décroissance et de sobriété… forcée.

Alors, qui sont les responsables de la crise écologique ?

Crise climatique ? Un rapport de l’ONG Carbon Disclosure Project [2] explique que plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre émaneraient de seulement 100 entreprises.

Dévastation de l’environnement ? Un simple exemple : Bangka est une île indonésienne. Le paysage y est devenu lunaire, plus rien ne pousse. Les poissons ont disparu du rivage. Sa malédiction ? La richesse de son sous-sol en cassitérite : on retrouve ce minerai dans tous les appareils électroniques, type téléphones portables, radios, télévisions, etc. Un tiers de l’extraction mondiale de cassitérite vient de Bangka. Les pêcheurs ont été forcés de se reconvertir en mineurs. Les responsables ? Samsung, Apple, Intel… qui bénéficient de l’exploitation à très faible coût de ce minerai.

Autre exemple : la compagnie pétrolière BP a minimisé pendant de longues années, avec la complaisance de l’État américain, le risque de fuite de ses forages en haute mer dans le golfe du Mexique. Résultat : l’explosion en avril 2010 de la plateforme Deepwater Horizons et la libération de près de 800 millions de litres de pétrole dans la mer. Une des plus importantes marées noires de l’histoire.

La déforestation de l’Amazonie ? Les multinationales de l’agroalimentaire détruisent les forêts pour vendre des produits rentables à l’exportation, comme la viande, le cuir, l’huile de palme ou le soja. D’après Greenpeace, 80 % de la déforestation en Amazonie est due à l’élevage bovin pour l’exportation [3].

Et que dire de ces grands groupes de l’automobile, de Volkswagen à Renault en passant par Fiat et PSA, qui rivalisent d’ingéniosité pour contourner les tests anti-pollution ?

État d’urgence écologique il y a, c’est évident. Oui, il y a quelque chose de pourri dans l’empire du capital. Comment s’en débarrasser ? La réponse est dans la question.

30 novembre 2017, Boris LETO


Le retour de Malthus : quand l’écologie devient réactionnaire !

Ce prêtre et économiste anglais du début du xixe siècle expliquait que l’humanité ne pourrait survivre à l’augmentation de la population. Sa solution : limiter le nombre de pauvres en les laissant littéralement mourir de faim, « le banquet de la nature » n’ayant pas de couverts pour eux ! Certes, les signataires de cette mise en garde à l’humanité ne s’expriment pas de manière aussi crue et insistent sur l’accès à l’éducation et à des services de planning familial comme moyens de limiter la fécondité. On pourrait néanmoins se demander quelles applications politiques pourraient découler aujourd’hui de ce genre de thèses…


[1Disponible ici (traduite en français) : http://www.lemonde.fr/planete/artic...

[2Le rapport paru en juillet 2017 est disponible ici : https://www.cdp.net/en/articles/med...

Mots-clés Écologie , Monde , Réchauffement climatique
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