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	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskiste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
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		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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		<title> 25 d&#233;cembre 1991, il y a trente ans, la fin de l'URSS
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		<dc:date>2021-12-21T14:10:37Z</dc:date>
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		<dc:subject>Monde
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		<dc:subject>Histoire
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		<dc:subject>Russie
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		<description>&lt;p&gt;La Place Rouge &#233;tait vide, le mercredi 25 d&#233;cembre 1991 &#224; la nuit tomb&#233;e, quand Mikha&#239;l Gorbatchev, pr&#233;sident de l'URSS, a annonc&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision sa d&#233;mission et la dissolution de l'URSS (officialis&#233;e le lendemain par la chambre haute du Soviet supr&#234;me). Le drapeau rouge de la r&#233;volution d'Octobre, derri&#232;re lequel la bureaucratie stalinienne continuait &#224; se draper malgr&#233; son reniement du communisme, &#233;tait aussit&#244;t remplac&#233; par le drapeau tricolore de la vieille Russie tsariste. Boris Eltsine, qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; hiss&#233; depuis mai 1990 &#224; la t&#234;te de la F&#233;d&#233;ration de Russie, prenait toutes les pr&#233;rogatives de l'ex-pr&#233;sident de l'Union sovi&#233;tique &lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-DOSSIER-Il-y-a-trente-ans-la-fin-de-l-URSS-" rel="directory"&gt;DOSSIER : Il y a trente ans, la fin de l'URSS
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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L150xH93/arton17217-7a977.jpg?1788112272' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='93' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;(Carte : &#233;clatement de l'URSS en la Russie et 14 autres r&#233;publiques)&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Place Rouge &#233;tait vide, le mercredi 25 d&#233;cembre 1991 &#224; la nuit tomb&#233;e, quand Mikha&#239;l Gorbatchev, pr&#233;sident de l'URSS&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette fonction de pr&#233;sident de l'URSS avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en mars 1990 dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, a annonc&#233; &#224; la t&#233;l&#233;vision sa d&#233;mission et la dissolution de l'URSS (officialis&#233;e le lendemain par la chambre haute du Soviet supr&#234;me). Le drapeau rouge de la r&#233;volution d'Octobre, derri&#232;re lequel la bureaucratie stalinienne continuait &#224; se draper malgr&#233; son reniement du communisme, &#233;tait aussit&#244;t remplac&#233; par le drapeau tricolore de la vieille Russie tsariste. Boris Eltsine, qui s'&#233;tait d&#233;j&#224; hiss&#233; depuis mai 1990 &#224; la t&#234;te de la F&#233;d&#233;ration de Russie&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sein de l'URSS, ce qu'on appelle commun&#233;ment la Russie &#233;tait d&#233;j&#224; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, prenait toutes les pr&#233;rogatives de l'ex-pr&#233;sident de l'Union sovi&#233;tique, dont la mallette de contr&#244;le des armes nucl&#233;aires. Et la F&#233;d&#233;ration de Russie (commun&#233;ment appel&#233;e &#171; Russie &#187;) h&#233;ritait du si&#232;ge de feu l'Union &#224; l'ONU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier &#233;pisode concluait en quelque sorte l'&#339;uvre de Gorbatchev (qui dirigea l'Union sovi&#233;tique de mars 1985 &#224; d&#233;cembre 1991) : la r&#233;int&#233;gration dans le monde capitaliste de ce qu'avait &#233;t&#233; l'URSS. Lui, le principal artisan de cette &#233;volution et ach&#232;vement de la contre-r&#233;volution stalinienne, &#233;tait donc &#233;ject&#233;, au dernier virage, par l'acc&#233;l&#233;ration du processus qu'il avait lui-m&#234;me conduit et pour lequel les grandes puissances occidentales lui avaient accord&#233; un prix Nobel de la paix en 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel homme fort de la Russie, Boris Eltsine, n'a pas daign&#233; se pr&#234;ter &#224; une c&#233;r&#233;monie de passation des pouvoirs, ni m&#234;me &#224; la passation de la fameuse mallette, qu'il a fait r&#233;cup&#233;rer par son ministre des Arm&#233;es. Par contre le pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, George Bush (p&#232;re), a tenu &#224; faire part &lt;em&gt;&#171; au nom du peuple am&#233;ricain &#187;&lt;/em&gt; de sa &lt;em&gt;&#171; gratitude &#224; Mikha&#239;l Gorbatchev &#187;&lt;/em&gt; pour le r&#244;le jou&#233; dans cette &#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Gorbatchev, ses ultras et ses conservateurs : trois fractions pour une m&#234;me politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La perte du pouvoir par Gorbatchev remontait en fait &#224; plusieurs mois, au putsch rat&#233; du 19 ao&#251;t 1991, organis&#233; par une poign&#233;e de hauts cadres de l'&#201;tat et de l'arm&#233;e. Le &lt;em&gt;&#171; Comit&#233; d'&#201;tat pour l'&#233;tat d'urgence &#187;&lt;/em&gt; qui s'arrogeait le pouvoir, profitant de l'&#233;loignement de Gorbatchev parti en vacances, &#233;tait constitu&#233; de rien moins que du vice-pr&#233;sident de l'URSS, du Premier ministre, du pr&#233;sident du KGB (l'omnipuissante police politique), du ministre des Arm&#233;es et du ministre de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des hauts cadres de l'appareil d'&#201;tat et de l'ex-Parti communiste, les putschistes faisaient partie de ceux qu'on surnommait alors les &#171; conservateurs &#187;. Mais pas plus que les &#171; lib&#233;raux &#187; du clan Eltsine, qui reprochaient &#224; Gorbatchev de ne pas aller assez vite dans les privatisations des grands centres industriels du pays, les &#171; conservateurs &#187; ne voulaient conserver l'ancien r&#233;gime. Ils s'&#233;taient empress&#233;s de r&#233;affirmer dans leurs d&#233;clarations au moment du putsch leur intention de continuer &#224; favoriser le d&#233;veloppement de l'entreprise priv&#233;e : &lt;em&gt;&#171; Tout en d&#233;veloppant les multiples modes de production dans le domaine de l'&#233;conomie nationale, nous soutiendrons &#233;galement l'entreprise priv&#233;e, en lui accordant les possibilit&#233;s n&#233;cessaires &#224; son d&#233;veloppement. &#187;&lt;/em&gt; Profession de foi qu'ils accompagnaient de quelques d&#233;clarations d&#233;magogiques promettant &lt;em&gt;&#171; le gel et la baisse des prix sur certains produits alimentaires &#187;&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;&#171; rel&#232;vement des salaires &#187;.&lt;/em&gt; Une grande partie d'entre eux avaient d'ailleurs &#233;t&#233; ministres du gouvernement Gorbatchev, qui, tout au long de son r&#232;gne, avait surf&#233; sur les alliances avec les diverses fractions rivales &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat : les ultralib&#233;raux qui avaient le pied sur le champignon pour acc&#233;l&#233;rer le rythme des r&#233;formes ; les conservateurs qui n'&#233;taient conservateurs qu'au sens r&#233;actionnaire du terme, favorables &#224; un conservatisme social et un r&#233;gime fort. Ces derniers ne craignaient, dans la restauration capitaliste qu'ils pr&#244;naient eux aussi, que les d&#233;rapages qui affaibliraient leur puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le putsch s'effondrait en quelques heures. Ses initiateurs n'avaient trouv&#233; finalement de soutien nulle part. Pas m&#234;me dans l'arm&#233;e dont ils &#233;taient en principe les chefs, mais qui &#233;tait rest&#233;e l'arme au pied quand le pr&#233;sident de la Russie, Boris Eltsine, &#233;tait mont&#233; sur un des chars venus assi&#233;ger le parlement pour faire son discours, puis avait pris, au nom de la Russie, un d&#233;cret mettant l'arm&#233;e et les troupes du KGB sous sa propre autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps qu'il balayait les putschistes, le pr&#233;sident de la Russie prenait d&#233;finitivement le pas sur son concurrent direct, Mikha&#239;l Gorbatchev. Sur le plan du rapport de force entre les deux hommes, le sc&#233;nario final du 25 d&#233;cembre &#233;tait en fait d&#233;j&#224; &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;De l'ordre bureaucratique au chaos du march&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce qui &#233;tait en partie une guerre des postes, ce qui dans l'URSS de 1991 distinguait les &lt;em&gt;&#171; conservateurs &#187;&lt;/em&gt; des &lt;em&gt;&#171; lib&#233;raux &#187;&lt;/em&gt; n'&#233;tait pas le fond des r&#233;formes : plut&#244;t le r&#234;ve qu'avaient fait les premiers d'un passage au capitalisme dans l'ordre. Une gageure !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'ouverture &#224; la &#171; libre entreprise &#187; allait in&#233;vitablement engendrer ses Chicago et la loi des gangs de la jungle capitaliste. L'apog&#233;e, qui allait arriver un peu plus tard, au moment des grandes privatisations de l'&#232;re Eltsine, &#233;tait pr&#233;visible, m&#234;me si probablement pas dans tous ses exc&#232;s : on a pu voir des bureaucrates r&#233;gionaux arriver avec leurs hommes, kalachnikov en main, dissuader leurs concurrents de Moscou de participer aux ench&#232;res de la vente par l'&#201;tat de fleurons industriels locaux, afin de se les attribuer &#224; bas prix. L'&#232;re de Gorbatchev, de sa &#171; perestro&#239;ka &#187; (la &#171; reconstruction &#187;) et de sa &#171; glasnost &#187; (la &#171; transparence &#187;), avait engag&#233; avec une certaine prudence le basculement de l'ordre bureaucratique d'une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e (avec sa couche de bureaucrates privil&#233;gi&#233;s et le r&#232;gne de la corruption) &#224; l'&#233;conomie de march&#233;, comme on surnommait le nouveau capitalisme russe au d&#233;but. &#192; petits pas au d&#233;but, mais sur une pente qui allait irr&#233;m&#233;diablement vers la liquidation de ce qu'&#224; son corps d&#233;fendant la bureaucratie avait sauvegard&#233; (et bien mal), jusque-l&#224; encore, des acquis d'une r&#233;volution prol&#233;tarienne qui avait secou&#233; la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#224; peine quatre ans, de la premi&#232;re loi sur &lt;em&gt;&#171; l'activit&#233; professionnelle individuelle &#187;&lt;/em&gt; promulgu&#233;e en novembre 1986, &#224; l'annonce des premiers plans de privatisation en 1990, ce basculement a &#233;t&#233; men&#233; par r&#233;formes successives ouvrant la porte &#224; la libre entreprise et &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production : autorisation de cr&#233;ation d'entreprises priv&#233;es (surnomm&#233;es d'abord &#171; coop&#233;ratives &#187;), d&#233;veloppement des premi&#232;res banques priv&#233;es, des premi&#232;res bourses des mati&#232;res premi&#232;res, puis fin du monopole d'&#201;tat du commerce ext&#233;rieur et appel aux capitaux &#233;trangers pour des joint-ventures. D&#232;s que les portes de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production et de la libert&#233; d'entreprendre se sont entrouvertes, le souffle est pass&#233;, transformant ceux qui n'&#233;taient que des bureaucrates dont le pouvoir et les grasses pr&#233;bendes &#233;taient li&#233;s &#224; leur place dans les poup&#233;es russes de l'appareil d'&#201;tat, en &#171; nouveaux riches &#187;, c'est-&#224;-dire nouveaux bourgeois, ou bourgeois tout neufs, poss&#233;dant en propri&#233;t&#233; priv&#233;e ce qu'ils dirigeaient hier. Et d'inimaginables mais bien r&#233;elles combines, valses de corruptions accompagn&#233;es de r&#232;glements de compte et assassinats, ont men&#233; la danse. C'&#233;tait le Far West au Far East. Le conseiller &#233;conomique d'Eltsine, et en m&#234;me temps repr&#233;sentant de Gorbatchev aupr&#232;s du FMI, Grigori Yavlinski, auteur en ao&#251;t 1990 d'un &#171; programme des 500 jours &#187; (projet de mise en place en 500 jours de l'&#233;conomie de march&#233;, privatisations de masse et int&#233;gration au syst&#232;me &#233;conomique mondial), disait lui-m&#234;me en mai 1991 que le bouleversement en cours n'&#233;tait &lt;em&gt;&#171; pas tant celui de la privatisation que celui du bradage de la propri&#233;t&#233; d'&#201;tat &#187;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; cr&#233;ation de banques priv&#233;es, par exemple, c'est avec l'argent du Komsomol, l'organisation de la jeunesse communiste (repaire de jeunes loups bureaucrates) gr&#226;ce &#224; laquelle il avait mont&#233; son premier petit commerce d&#232;s les d&#233;buts de la perestro&#239;ka, qu'un Khodorkovski (qui fut un pilier du r&#233;gime de Eltsine avant que Poutine ne lui impose dix ans de prison) avait cr&#233;&#233; en 1988 la premi&#232;re grande banque priv&#233;e, la Menatep, qui lui a permis plus tard d'investir dans le p&#233;trole. Sous Gorbatchev, les premiers plans de privatisation ont concern&#233; surtout les petites et moyennes entreprises. Mais quelques cadres dirigeants d'entreprises d'&#201;tat cr&#233;aient dans le m&#234;me temps, du fait de leurs positions, leurs propres entreprises priv&#233;es de sous-traitance de ces usines d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si la privatisation, ou comme dit Yavlinski, le bradage des plus gros fleurons de l'industrie allait surtout marquer le r&#232;gne de Eltsine, elle affichait d&#233;j&#224; sous Gorbatchev au moins deux r&#233;alisations spectaculaires : la privatisation en 1990 de l'usine de camion Kamaz dont les effectifs ont &#233;t&#233; dans la foul&#233;e r&#233;duits d'un tiers et la privatisation partielle en juillet 1991 de la plus grosse usine automobile du pays, Avtovaz (120 000 salari&#233;s &#224; l'&#233;poque), dont le gouvernement d&#233;cidait la mise en vente sur le march&#233; mondial de 30 % des actions. (Fiat s'&#233;tait mis alors sur les rangs, aujourd'hui c'est le groupe Renault qui en est l'actionnaire majoritaire.)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Prudence et d&#233;magogie pour &#233;viter les r&#233;actions sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur ce programme, aucun des clans rivalisant pour le pouvoir, conservateurs d'un c&#244;t&#233;, ultralib&#233;raux de l'autre &#8211; et Gorbatchev s'appuyant alternativement sur les uns ou les autres &#8211;, ne divergeait r&#233;ellement, si ce n'est sur le rythme. Pour ces r&#233;formateurs, qui de toute &#233;vidence repr&#233;sentaient l'ensemble des hautes couches de la bureaucratie, toutes coteries et tendances confondues puisqu'aucune bouche ne s'est ouverte contre, la seule menace r&#233;sidait dans une &#233;ventuelle r&#233;action des travailleurs au pillage. Ce qui explique en partie la prudence initiale de Gorbatchev et son souci de brandir quelques promesses de libert&#233;s politiques (dont Poutine aujourd'hui n'a plus besoin) ou de mieux-&#234;tre que le march&#233; &#233;tait cens&#233; apporter en remplissant les magasins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi lors de la gr&#232;ve des mineurs de juillet 1989, dont le motif &#233;tait les salaires, Gorbatchev s'&#233;tait adress&#233; aux gr&#233;vistes &#224; la t&#233;l&#233; pour les appeler &#224; cesser leur mouvement, ces gr&#232;ves &lt;em&gt;&#171; qui enfi&#232;vrent l'&#233;conomie du pays &#187;,&lt;/em&gt; mais pour critiquer aussi les autorit&#233;s locales qui auraient d&#251; r&#233;soudre les probl&#232;mes. Il leur disait que lui, Gorbatchev, comprenait les revendications et qu'en ces jours &lt;em&gt;&#171; difficiles, inqui&#233;tants et dramatiques &#187; &lt;/em&gt;que traversait le pays, leur gr&#232;ve montrait qu'il &#233;tait temps &lt;em&gt;&#171; d'am&#233;liorer les conditions de vie des gens &#187;&lt;/em&gt;. Un ton nouveau dans cette URSS o&#249; jusque-l&#224; toute gr&#232;ve &#233;tait sauvagement r&#233;prim&#233;e. C'&#233;tait l'occasion pour le ma&#238;tre du Kremlin de vanter sa perestro&#239;ka, de promettre qu'avec la libert&#233; des salaires, les travailleurs qualifi&#233;s comme les mineurs seraient gratifi&#233;s, que le libre commerce remplirait les magasins et assurerait enfin le bien-&#234;tre que connaissaient les travailleurs des pays occidentaux riches.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'explosion de l'URSS, un sous-produit de l'ouverture du march&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait donc pas l'&#233;ventuel chaos &#233;conomique, engendr&#233; par la &#171; grande braderie &#187;, qui inqui&#233;tait les putschistes conservateurs d'ao&#251;t 1991. Outre le danger d'explosions sociales &#8211; que Gorbatchev a ma&#238;tris&#233; &#8211; c'est celui d'un &#233;clatement de l'URSS qui s'est dessin&#233; avec les revendications de s&#233;cession de plusieurs r&#233;publiques : un &#233;clatement qui ne pouvait qu'affaiblir la puissance &#233;conomique et militaire de l'URSS dans le monde et le pouvoir de ses dirigeants. Le putsch s'est effondr&#233; en moins de trois jours et l'&#233;clatement en quinze r&#233;publiques s'est acc&#233;l&#233;r&#233; dans la foul&#233;e &#224; l'automne, avant d'&#234;tre d&#233;finitivement sanctionn&#233; par la fin officielle de l'URSS, le 25 d&#233;cembre 1991.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'explosion de l'URSS ne faisait pas partie du projet de r&#233;forme de Gorbatchev. Il en a r&#233;sult&#233; qu'elle fut accueillie avec une certaine m&#233;fiance du c&#244;t&#233; du monde imp&#233;rialiste, lui-m&#234;me voyant jusque-l&#224; dans la mainmise de Moscou sur les r&#233;publiques de l'Union, et plus particuli&#232;rement sur celles du sud (Caucase et Asie centrale), un &#233;l&#233;ment de stabilit&#233;. M&#234;me si par la suite ces m&#234;mes puissances occidentales se sont pr&#233;cipit&#233;es sur le g&#226;teau, voire ont attis&#233; des braises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publiques constitutives de l'URSS ont donc l'une apr&#232;s l'autre, entre mars 1990 et d&#233;cembre 1991, d&#233;clar&#233; leur ind&#233;pendance. La tentative de constitution, lors d'une conf&#233;rence &#224; Alma-Ata (Kazakhstan) quelques jours avant la fin officielle de l'URSS, le 21 d&#233;cembre, d'une Communaut&#233; des &#201;tats ind&#233;pendants (CEI, qui en r&#233;alit&#233; est vite devenue une coquille vide) regroupant, lors de sa proclamation, onze de ces r&#233;publiques), n'avait rassur&#233; qu'un Roland Dumas, ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de Mitterrand, qui s'en f&#233;licitait en ces termes : &lt;em&gt;&#171; on pouvait craindre que les choses partent dans tous les sens et qu'&#224; l'ancienne Union se substitue le chaos. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui int&#233;ressait les Occidentaux n'&#233;tait pas de voir l'URSS &#233;clater en morceaux. C'&#233;tait de pouvoir clamer haut et fort que c'en &#233;tait fini du communisme (m&#234;me si l'URSS ne l'&#233;tait plus depuis longtemps), fini de ce chancre h&#233;rit&#233; d'une r&#233;volution ouvri&#232;re &#224; vocation internationale, depuis longtemps trahie, mais dont l'&#201;tat bureaucratique qui en &#233;tait la scorie maintenait n&#233;anmoins une sph&#232;re du monde &#224; l'abri de leurs libres pillages et investissements comme de leur influence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;clatement de l'URSS fut une cons&#233;quence de la restauration capitaliste. Avec les privatisations, la fin du monopole du commerce ext&#233;rieur et l'ouverture au march&#233; mondial, les coteries dirigeantes locales y voyaient leur avantage. Auparavant, dans les hautes sph&#232;res de la bureaucratie, ceux qui avaient le bras long jusqu'&#224; Moscou, comme Iouri Tchourbanov, gendre de Brejnev (pr&#233;sident du Soviet supr&#234;me de l'URSS de 1977 &#224; 1982) et vice-premier ministre de l'Int&#233;rieur de l'Union, pouvaient en toute qui&#233;tude se remplir les poches par la vente en douce de coton ouzbek (en compagnie du ministre de l'Int&#233;rieur de la r&#233;publique d'Ouzbekistan et de quelques autres responsables de cette r&#233;publique d'Asie centrale). Avec le risque de retour de b&#226;ton en cas de r&#232;glement de comptes au sein de la bureaucratie ou &#224; l'occasion de quelques campagnes anti-corruption. Tchourbanov et ses acolytes, eux, furent arr&#234;t&#233;s en 1987 sous le r&#232;gne de Gorbatchev. Mais avec la fin du monopole du commerce ext&#233;rieur de l'URSS et l'ouverture du march&#233;, il suffisait d'&#234;tre le chef de sa r&#233;gion, de sa r&#233;publique, ou le dirigeant de son consortium industriel (avant m&#234;me d'en devenir le propri&#233;taire) pour faire son beurre avec les richesses qu'on contr&#244;lait. L'int&#233;r&#234;t d'avoir des relations directes avec les pays occidentaux sans d&#233;pendre de Moscou, vendre p&#233;trole ou autres mati&#232;res premi&#232;res sur leur march&#233;, plus fructueux que le march&#233; int&#233;rieur de l'URSS, avait pour les dirigeants locaux un int&#233;r&#234;t &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette Union que la dictature stalinienne avait retransform&#233;e en &#171; prison des peuples &#187;, l'explosion des nationalismes en URSS &#233;tait encourag&#233;e par la &#171; glasnost &#187; (la &#171; transparence &#187;) proclam&#233;e par Gorbatchev. Mais les aspirations nationales &#224; plus de libert&#233;, &#224; la fin du m&#233;pris et des in&#233;galit&#233;s, r&#233;cup&#233;r&#233;es par les bureaucrates locaux, ont vite pris une autre tournure nationaliste, voire carr&#233;ment x&#233;nophobe comme &#224; Soumga&#239;t, en Azerba&#239;djan, fin f&#233;vrier 1988, contre une communaut&#233; arm&#233;nienne. En riposte &#224; des manifestations arm&#233;niennes pour le rattachement &#224; l'Arm&#233;nie du Haut-Karabagh (une enclave arm&#233;nienne au sein de l'Azerba&#239;djan), un v&#233;ritable pogrome a &#233;t&#233; organis&#233; dans cette banlieue ouvri&#232;re de Bakou, contre la population arm&#233;nienne de la ville, au cours duquel plus de trente personnes furent tu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sentiments d'oppression par le pouvoir central ressenti par les populations des r&#233;publiques p&#233;riph&#233;riques, surtout des plus pauvres, furent l'un des moteurs de l'explosion, bien-s&#251;r. Mais ils furent attis&#233;s et utilis&#233;s sur le terrain du nationalisme le plus r&#233;actionnaire par les dirigeants r&#233;gionaux, tous anciens notables du Parti communiste d'URSS, pour chercher &#224; se tailler leur fief &#224; la t&#234;te de &#171; leur &#187; peuple. Gaydar Aliev, pr&#233;sident du KGB (police politique) d'Azerba&#239;djan, puis premier secr&#233;taire du Parti communiste de cette r&#233;publique et vice-premier ministre de l'URSS, &#233;cart&#233; par Gorbatchev en 1987, a jou&#233; un r&#244;le dans l'organisation du pogrome de Soumga&#239;t de 1988. Il est devenu pr&#233;sident de l'Azerba&#239;djan en septembre 1993, avant d'&#234;tre remplac&#233; dix ans plus tard par son fils, toujours au pouvoir aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un long et sanglant calendrier d'explosions successives de l'URSS, qui s'est termin&#233; par le feu d'artifice de proclamations successives d'ind&#233;pendance d&#233;cr&#233;t&#233;es par les pr&#233;sidents en place ou vot&#233;es par leurs parlements, s'est &#233;chelonn&#233; de mars 1990 &#224; d&#233;cembre 1991. Les trois pays baltes, Lituanie, Estonie et Lettonie ont ouvert le bal au printemps 1990 ; l'Arm&#233;nie en ao&#251;t de la m&#234;me ann&#233;e ; la G&#233;orgie en avril 1991. Les autres se sont enchain&#233;es au lendemain du putsch rat&#233;, entre le 24 ao&#251;t et fin octobre : Ukraine, Bi&#233;lorussie, Moldavie, Kirghizstan, Ouzb&#233;kistan, Tadjikistan puis Turkm&#233;nistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette fin d'ann&#233;e 1991, Boris Eltsine, gardant entre ses mains le plus gros morceau, la F&#233;d&#233;ration de Russie, est all&#233; dans le sens des r&#233;publiques qui demandaient leur ind&#233;pendance : sapant ainsi le pouvoir de son rival Gorbatchev, non sans se poser en principal artisan de cette tentative d'une CEI qui continuerait &#224; rattacher entre eux des morceaux effectivement li&#233;s par une multitude de liens historiques, &#233;conomiques, linguistiques, familiaux&#8230; L'&#233;rection de nouvelles fronti&#232;res, m&#234;me si celles-ci refl&#233;taient la triste r&#233;alit&#233; de conflits nationalistes pr&#233;existants, s'accompagnait de campagnes ou mesures discriminatoires x&#233;nophobes (en Lettonie contre la population russe qui y habite par exemple), et surtout, qui plus est, s'est faite souvent sur le terrain min&#233; de confrontations arm&#233;es, qui ressurgissent encore aujourd'hui. On voit ce qu'il en est entre Azerba&#239;djan et Arm&#233;nie, Russie et Ukraine, Transnistrie et Moldavie, etc. Des conflits dits &#171; gel&#233;s &#187; renaissent de leurs cendres, entre des peuples qui pourtant &#224; une certaine &#233;poque, et dans l'&#233;lan d'une r&#233;volution ouvri&#232;re, ont ressenti la fiert&#233; d'appartenir &#224; un bloc d'avant-garde. Et les dirigeants de la F&#233;d&#233;ration de Russie, l'&#201;tat omnipuissant sorti du d&#233;mant&#232;lement de l'URSS, ont tout de suite agi en &#171; colons &#187; &#224; l'&#233;gard des aspirations &#224; l'autonomie ou ind&#233;pendance de r&#233;gions p&#233;riph&#233;riques comme la Tch&#233;tch&#233;nie. Quand cette Tch&#233;tch&#233;nie, partie constituante de la F&#233;d&#233;ration de Russie, a proclam&#233; son ind&#233;pendance en novembre 1991, sous la houlette de Djokhar Douda&#239;ev (ancien g&#233;n&#233;ral sovi&#233;tique, membre du Parti communiste), il n'&#233;tait pas question pour le &lt;em&gt;&#171; lib&#233;ral &#187; &lt;/em&gt;Boris Eltsine de tol&#233;rance. Pour maintenir la Tch&#233;tch&#233;nie dans le cadre de la F&#233;d&#233;ration de Russie, deux guerres sanglantes ont marqu&#233; l'actualit&#233;, la premi&#232;re sous Eltsine entre 1994 et 1996, la seconde sous son successeur Poutine, encore pendant dix ans, entre 1999 et 2009 ! Poutine s'&#233;tant illustr&#233; par la c&#233;l&#232;bre &#8211; et grossi&#232;re &#8211; promesse d'aller &lt;em&gt;&#171; buter les terroristes [tch&#233;tch&#232;nes] jusque dans les chiottes &#187;&#8230; tout en laissant en place le plus criminel de tous, probablement, son ami Ramzan Khadirov.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les &#171; Nouveaux Russes &#187; et les toujours pauvres&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les travailleurs d'URSS, qui en avaient soup&#233; du r&#232;gne de la bureaucratie stalinienne, de ses privil&#232;ges impos&#233;s par la dictature (dont le sinistre Goulag), l'avenir dans la Russie de la restauration capitaliste et dans les autres r&#233;publiques n'a r&#233;pondu en rien aux espoirs ou illusions qu'avaient pu faire na&#238;tre les chantres de la perestro&#239;ka et de la glasnost&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne peut qu'encourager la lecture de l'ouvrage de Svetlana Alexievitch : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;. Par-del&#224; des ann&#233;es de chaos, les dessous de table de la corruption ont &#233;t&#233; sanctifi&#233;s en droits de propri&#233;t&#233;. Les privil&#232;ges bureaucratiques transform&#233;s en petits pains capitalistes. Les m&#234;mes bureaucrates que la population avait subis ainsi que les meutes de jeunes loups qui ont fait fortune &#224; l'ombre de l'&#201;tat par le pillage des biens publics, sont devenus les bourgeois d'aujourd'hui, m&#234;me si on les surnomme parfois pudiquement oligarques, nouveaux Russes. Leur fortune insolente d&#233;passe, et de tr&#232;s loin, le luxe et le confort des datchas des bureaucrates d'hier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Russie capitaliste, les magasins de luxe ont pouss&#233; comme des champignons dans les plus grandes villes, en m&#234;me temps qu'explosaient les in&#233;galit&#233;s : la part du revenu national d&#233;tenu par les 1 % les plus riches a doubl&#233; au cours des ann&#233;es Gorbatchev, passant de 4 % du revenu national &#224; 8 %, et a grimp&#233; en fl&#232;che au cours des ann&#233;es 1990 pour atteindre 25 % du revenu national au d&#233;but des ann&#233;es 2000, pendant que s'effondraient les salaires et davantage encore le montant des retraites.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2581 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L500xH573/ballon_rond-0e962.jpg?1788112273' width='500' height='573' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Fin du communisme ou fin du stalinisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les grands de ce monde se sont r&#233;jouis. C'&#233;tait la fin du communisme. Voire, pour un renomm&#233; professeur de Chicago, la &#171; fin de l'histoire &#187;. Gourou qui s'est plant&#233; ! L'histoire a continu&#233;, et m&#234;me, ne leur en d&#233;plaise, celle de la lutte de classe. Quant au communisme, il y a bien longtemps que l'URSS n'&#233;tait plus communiste, m&#234;me si ses dirigeants en avaient gard&#233; l'&#233;tiquette et le drapeau ; bien longtemps que Staline &#233;tait devenu l'ennemi des travailleurs sovi&#233;tiques, mais ami des Hitler et Laval, puis Roosevelt, Churchill ou De Gaulle. M&#234;me si comparaison n'est pas raison, nous avions aussi au pouvoir en Occident un Mitterrand, un Moubarak, un Ben Ali tous officiellement membres de l'internationale socialiste et d&#233;fenseurs du capitalisme jusqu'au bout des ongles. Avec la r&#233;gression stalinienne, o&#249; tous les opposants communistes finissaient au poteau d'ex&#233;cution ou au goulag, &#224; commencer par les principaux dirigeants de la r&#233;volution de 1917 (sauf L&#233;nine mort en janvier 1924), ex&#233;cut&#233;s sur les ordres de Staline, l'URSS n'&#233;tait plus que la dictature d'une couche de privil&#233;gi&#233;s, m&#234;me si ceux-ci, &#224; la diff&#233;rence de la classe bourgeoise, ne d&#233;tenaient leurs privil&#232;ges que sur la base d'une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e issue de l'&#233;lan r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien d'Octobre 1917, dont ils avaient usurp&#233; le contr&#244;le. Ils en conservaient l'ombre, sur laquelle ils &#233;taient assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les aspirations de cette couche de privil&#233;gi&#233;s ne pouvaient s'arr&#234;ter au seul contr&#244;le de l'&#233;conomie que leur donnait leur place dans l'appareil d'&#201;tat. Leur enrichissement &#224; l'&#233;poque avait des limites. Qu'ils ont voulu franchir, ainsi que pouvoir transmettre par h&#233;ritage leur fortune &#224; leur descendance. Quels qu'aient &#233;t&#233; leurs privil&#232;ges hier, ils &#233;taient sur le plan de leurs richesses loin de rivaliser avec les grands milliardaires de la plan&#232;te, dont aujourd'hui certains de ces nouveaux bourgeois russes ont rejoint les rangs. &#192; l'exemple de Vladimir Potanine, jeune bureaucrate en 1983, lan&#231;ant sa propre entreprise de commerce ext&#233;rieur en 1990 apr&#232;s la fin du monopole d'&#201;tat, puis pr&#233;sident d'une des premi&#232;res grandes banques priv&#233;es, Onexim, achetant en 1993 le complexe industriel Norilsk Nickel (120 000 ouvriers &#224; l'&#233;poque), et vice-premier ministre de Boris Eltsine : premi&#232;re fortune de Russie aujourd'hui, il figure au classement Forbes des plus grandes fortunes mondiales, certes loin derri&#232;re John Bezos ou Bernard Arnaud mais d&#233;j&#224; au coude &#224; coude avec les Dassault. L'autre limite &#224; leurs ambitions &#233;tait l'instabilit&#233; du si&#232;ge de bureaucrate, &#224; la merci des luttes d'appareil et des disgr&#226;ces qui pouvaient les envoyer d'un minist&#232;re &#224; la prison ou au cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ces aspirations bourgeoises de la bureaucratie que soulignait L&#233;on Trotski en 1936 dans &lt;em&gt;La r&#233;volution trahie&lt;/em&gt; pour expliquer la volont&#233; de celle-ci d'en finir avec ce qui restait de la r&#233;volution, et de se faire l'instrument de la restauration du capitalisme. Il &#233;crivait : &lt;em&gt;&#171; D&#232;s maintenant, elle [la bureaucratie] a d&#251;&lt;/em&gt; [&#8230;]&lt;em&gt; r&#233;tablir les grades et les d&#233;corations ; il faudra in&#233;vitablement qu&lt;/em&gt;'&lt;em&gt;elle cherche appui par la suite dans des rapports de propri&#233;t&#233;. On objectera peut-&#234;tre que peu importe au gros fonctionnaire les formes de propri&#233;t&#233; dont il tire ses revenus. C'est ignorer l&lt;/em&gt;'&lt;em&gt;instabilit&#233; des droits du bureaucrate et le probl&#232;me de sa descendance&lt;/em&gt; [&#8230;]. &lt;em&gt;Il ne suffit pas d&lt;/em&gt;'&lt;em&gt;&#234;tre directeur de trust, il faut &#234;tre actionnaire. La victoire de la bureaucratie dans ce secteur d&#233;cisif en ferait une nouvelle classe poss&#233;dante. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ajoutait : &lt;em&gt;&#171; La restauration bourgeoise aurait vraisemblablement moins de monde &#224; jeter dehors qu'un parti r&#233;volutionnaire. L'objectif principal du nouveau pouvoir serait de r&#233;tablir la propri&#233;t&#233; priv&#233;e des moyens de production. Il devrait avant tout donner aux kolkhozes faibles la possibilit&#233; de former de gros fermiers et transformer les kolkhozes riches en coop&#233;ratives de production du type bourgeois, on en soci&#233;t&#233;s par actions. Dans l'industrie, la d&#233;nationalisation commencerait par les entreprises de l'industrie l&#233;g&#232;re et de l'alimentation. Le plan se r&#233;duirait dans les premiers temps &#224; des compromis entre le pouvoir et les &#171; corporations &#187;, c'est-&#224;-dire les capitaines de l&#233;industrie sovi&#233;tique, ses propri&#233;taires potentiels, les anciens propri&#233;taires &#233;migr&#233;s et les capitalistes &#233;trangers. Bien que la bureaucratie sovi&#233;tique ait beaucoup fait pour la restauration bourgeoise, le nouveau r&#233;gime serait oblig&#233; d&lt;/em&gt;'&lt;em&gt;accomplir sur le terrain de la propri&#233;t&#233; et du mode de gestion non une r&#233;forme mais une v&#233;ritable r&#233;volution. &#187;&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;on Trotski, La r&#233;volution trahie, 1936. Chapitre &#171; o&#249; va l'URSS ? &#187;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce chemin qu'ont suivi Gorbatchev, Eltsine et une ribambelle d'autres, dont les dirigeants des r&#233;publiques p&#233;riph&#233;riques de l'ex-URSS. Et le chemin a presque quasiment suivi l'ordre des choses r&#233;fl&#233;chi par Trotski, non parce que Trotski aurait &#233;t&#233; un proph&#232;te, mais parce qu'il n'a cess&#233;, &#224; chaque moment de sa vie, d'analyser les possibilit&#233;s r&#233;elles de ce retour en arri&#232;re. Tout en privil&#233;giant, bien &#233;videmment et prioritairement, la discussion des perspectives politiques &#224; d&#233;fendre par l'Internationale et les communistes des diff&#233;rents pays, dont ceux qui survivaient en URSS, pour que les soviets ouvriers reprennent vie et renversent la bureaucratie.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2580 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/IMG/jpg/evolution_des_salaires_et_pensions-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L500xH759/evolution_des_salaires_et_pensions-2-69703.jpg?1788112273' width='500' height='759' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Libert&#233;s d&#233;mocratiques et libert&#233; d'entreprendre, la confusion bien commode&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Trotski soulignait que si les vell&#233;it&#233;s de la bureaucratie &#224; s'affranchir de son statut qu'elle estimait m&#233;diocre s'arr&#234;taient souvent au maintien du statu quo, plut&#244;t que de pousser trop loin dans l'aventure de la restauration capitaliste, c'&#233;tait avant tout par crainte qu'un d&#233;pe&#231;age comme celui qui a finalement eut lieu au tournant des d&#233;cennies 1980-1990, ne soul&#232;ve la col&#232;re ouvri&#232;re, faisant basculer l'&#233;quilibre dans l'autre sens. Au milieu des ann&#233;es 1930, on &#233;tait &#224; moins de vingt ans de la r&#233;volution et les id&#233;es de celles-ci &#233;taient dans toutes les t&#234;tes, l'expropriation des poss&#233;dants une histoire r&#233;cente. Une victoire r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'issue de ce combat qui allait soit achever la contre-r&#233;volution stalinienne soit permettre &#224; la classe ouvri&#232;re de reprendre le contr&#244;le de l'&#201;tat et de l'&#233;conomie d&#233;pendrait de la lutte de classe. Mais en URSS, 70 ans plus tard, Gorbatchev n'avait plus affaire &#224; un tel degr&#233; de conscience. La crainte de la bureaucratie &#233;tait moindre, mais explique n&#233;anmoins la prudence de Gorbatchev lors de ses premiers pas : son attitude vis-&#224;-vis des premi&#232;res gr&#232;ves des mineurs dont on a d&#233;j&#224; parl&#233;, et plus encore les libert&#233;s d&#233;mocratiques accord&#233;es qui r&#233;pondaient &#224; des aspirations plus que l&#233;gitimes, mais que l'on pr&#233;sentait comme &#233;troitement li&#233;es &#224; l'autre nouvelle libert&#233;, celle d'entreprendre et de s'enrichir. Un moment de &#171; d&#233;mocratisation &#187; ou de timide ouverture avait eu lieu dans la foul&#233;e de l'arriv&#233;e au pouvoir de Khrouchtchev, sous la banni&#232;re de la &#171; d&#233;stalinisation &#187;, d'o&#249; la publication d'ouvrages jusque-l&#224; interdits, d'o&#249; des lib&#233;rations de prisonniers du goulag. Cette ouverture avait &#233;t&#233; de courte dur&#233;e, vite referm&#233;e sous le r&#232;gne de Brejnev. Celle apport&#233;e par Gorbatchev pouvait nourrir quelques illusions. Mais il n'y eut pas, dans cette classe ouvri&#232;re d&#233;sarm&#233;e par plus de 60 ans de stalinisme, d'organisation, de parti qui puisse s'emparer des possibilit&#233;s que pouvait offrir cette ouverture. Seuls les courants politiques bourgeois s'en sont saisis. Au point que m&#234;me dans la classe ouvri&#232;re, le nouveau syndicat des mineurs qui &#233;tait apparu, en opposition avec le syndicat officiel au lendemain de la gr&#232;ve de 1989, &#233;tait sous l'influence de ces courants-l&#224;, soutenant les ultralib&#233;raux d'Eltsine et cultivant l'illusion que les travailleurs pourraient profiter des r&#233;formes qui n'allaient pas assez vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube du d&#233;mant&#232;lement de l'URSS, le souci de faire avaler la pilule est all&#233; jusque dans les d&#233;tails du programme des privatisations de masse, pr&#233;vu d&#232;s 1990, mis au point et lanc&#233; en 1992. &#171; Tous capitalistes &#187;, c'&#233;tait la formule du plan d'Antoli Tchouba&#239;s, ministre charg&#233; des privatisations de Boris Eltsine. Le principe en avait &#233;t&#233; concoct&#233; sur les conseils de Jeffrey Sachs, professeur d'&#233;conomie &#224; Harvard et Paul Volker ancien pr&#233;sident de la Banque centrale am&#233;ricaine, et avec l'aide technique du Cr&#233;dit commercial de France, de la soci&#233;t&#233; de consulting britannique Braxton Associ&#233;s et de la Berd (Banque europ&#233;enne de reconstruction et d&#233;veloppement), pr&#233;sid&#233;e alors par Jacques Attali et o&#249; un autre futur ministre des Finances russes, Boris Fiodorov, faisait ses premi&#232;res armes. Du beau monde ! En &#233;tait sortie la distribution g&#233;n&#233;rale et gratuite &#224; tout citoyen de &#171; bons de privatisation &#187; (&#171; voucher &#187; disait-on, le mot en anglais faisant bien dans la nouvelle Russie capitaliste), d'une valeur chacun de 10 000 roubles, avec lesquels les citoyens &#233;taient cens&#233;s acheter quelques actions de leur propre usine au moment de la privatisation. Directeurs et cadres avaient eu droit &#224; plus de bons que les autres, &#233;videmment. Les salaires &#233;tant insuffisants, voire impay&#233;s, les bons avaient vite &#233;t&#233; revendus pour boucler les fins de mois, s'&#233;taient donc trouv&#233;s concentr&#233;s entre quelques mains, ou plac&#233;s dans des &#171; fonds de placement &#187; dont les cr&#233;ateurs s'assuraient ainsi, &#224; l'&#339;il, un capital suffisant pour devenir de gros acheteurs d'entreprises. Ainsi va le march&#233; libre, vers sa concentration en quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Lutte de classe et communisme plus que jamais &#224; l'ordre du jour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mise &#224; part la gr&#232;ve des mineurs de l'ann&#233;e 1989, les r&#233;actions de la classe ouvri&#232;re se sont surtout manifest&#233;es plus tard, &#224; partir de 1994. La p&#233;riode 1990-1993 semble avoir &#233;t&#233; celle de l'attentisme pendant que les conflits politiques au sommet de la bureaucratie dominaient l'actualit&#233; et que la population, y compris les classes moyennes d'enseignants, m&#233;decins, infirmi&#232;res sombraient peu &#224; peu, eux et leur famille, dans une vraie mis&#232;re. Voire l'&#233;migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 1993, le marasme &#233;conomique provoqu&#233; par les privatisations est tel que bien des doutes sont lev&#233;s : lib&#233;ration des prix (sur conseils du FMI comme toujours) et inflation sauvage, hausse du ch&#244;mage, salaires impay&#233;s, suppression des services et aides sociales. Les grandes entreprises (et &#171; combinats &#187;) qui assuraient &#224; leur personnel des &#171; avantages sociaux &#187; sont encourag&#233;es &#224; les abandonner, pour augmenter leur valeur marchande ; elles se d&#233;barrassent, aupr&#232;s de services quasi inexistants de l'&#201;tat, des cantines, des cr&#232;ches, des magasins, des centres de loisirs et vacances&#8230; En 1993, devenu ministre des Finances, Fiodorov d&#233;cr&#233;tait les &#171; s&#233;questrations budg&#233;taires &#187;, c'est-&#224;-dire des suspensions de paiement des fonctionnaires (y compris l'arm&#233;e) et des commandes d'&#201;tat, alors que les salari&#233;s &#233;taient appel&#233;s &#224; faire des sacrifices pour sortir leurs entreprises de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en 1998 la Russie plongeait dans une profonde crise financi&#232;re et &#233;conomique. Rien de myst&#233;rieux dans le d&#233;veloppement de cette crise, qui sortait tout droit de l'instauration du capitalisme et du d&#233;pe&#231;age des entreprises d'&#201;tat. Tout poss&#233;dant avait d&#233;sormais le loisir de poss&#233;der un compte bancaire en devises &#233;trang&#232;res, autrement dit de conserver les dollars qu'il encaissait. Le dollar lui-m&#234;me &#233;tait devenu momentan&#233;ment l'une des monnaies du pays (pour les &#233;changes entre nantis, &#231;a va de soi), et la situation &#233;conomique &#233;tant instable, les nouveaux poss&#233;dants pla&#231;aient dans des affaires &#224; l'&#233;tranger ou dans des paradis fiscaux (Chypre notamment) les capitaux qu'ils tiraient de l'exploitation des richesses et entreprises qu'ils avaient acquises. Pendant que l'&#201;tat multipliait les emprunts pour assurer quelques services ou soutenir une &#233;conomie en chute libre. Avec pour terminer une d&#233;valuation massive du rouble, et donc du pouvoir d'achat des m&#233;nages. Le nouveau capitalisme montrait son vrai visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conflits sociaux se sont multipli&#233;s, avec un contenu bien diff&#233;rent de celui des conflits de 1989, et sous des formes vari&#233;es : gr&#232;ves de la faim, occupation de locaux, blocages de routes ou de voies ferr&#233;es, si&#232;ge de b&#226;timents&#8230; Les gr&#232;ves ont pris des tournures plus radicales. En avril 1994, &#224; Zil, l'usine automobile de Moscou, raconte Karine Cl&#233;ment dans son livre &lt;em&gt;Les ouvriers russes dans la tourmente du march&#233;&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet exemple de conflit et les suivants sont tir&#233;s du livre de Karine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;, s'est mise en gr&#232;ve &#224; l'annonce de l'arr&#234;t de la cha&#238;ne de montage sous pr&#233;texte de d&#233;ficit de l'usine. Les ouvriers sont all&#233;s s'installer devant la Maison blanche, si&#232;ge du gouvernement, pour protester contre la mauvaise gestion. C'est surtout un an plus tard, alors que le pr&#233;sident de la firme en &#233;tait devenu son actionnaire majoritaire, que la gr&#232;ve &#233;clatait &#224; nouveau pour les salaires impay&#233;s depuis des mois, et obtenait gain de cause. En 1995-1996, c'&#233;taient quatre usines de m&#233;canique de la r&#233;gion de Iaroslav qui faisaient gr&#232;ve ensemble contre leurs directions qui accumulaient les mois de salaires impay&#233;s pour utiliser les fonds &#224; des op&#233;rations financi&#232;res et commerciales fructueuses ; en 1998 les m&#234;mes s'y remettaient, installant leur campement en plein centre-ville, avec cantine et aires de r&#233;unions. Pour ne citer que quelques exemples. Mais ce fut surtout, de mai &#224; octobre 1998, une nouvelle gr&#232;ve dans toutes les r&#233;gions mini&#232;res du pays qui a marqu&#233; l'actualit&#233;. Les mineurs entrainaient derri&#232;re eux des travailleurs d'autres secteurs, sant&#233;, enseignement, qui bloquaient les voies ferr&#233;es et occupaient les places. Pendant quatre mois, de juin &#224; octobre, des mineurs venus de toutes les r&#233;gions mini&#232;res ont camp&#233; devant le Kremlin. &lt;em&gt;&#171; Eltsine d&#233;mission &#187;&lt;/em&gt; &#233;tait l'un de leurs slogans. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, le gouvernement de Poutine inventait la &lt;em&gt;&#171; mon&#233;tisation &#187;&lt;/em&gt; des aides sociales : les droits &#224; une couverture sociale, sant&#233;, retraite, &#233;taient supprim&#233;s, rachet&#233;s par le versement d'une somme forfaitaire, alors que la privatisation des logements faisait flamber les loyers et l'inflation tous les prix de produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Et c'&#233;taient cette fois les retrait&#233;s qui descendaient dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;div class='spip_document_2582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L500xH678/mineurs_en_greve-a229a.jpg?1788112273' width='500' height='678' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;
&lt;p&gt;Depuis 25 ans maintenant, dans l'ex-URSS, le capitalisme est bel est bien l&#224;, sous son vrai visage. Et l'ouverture d&#233;mocratique du &#171; cause toujours &#187;, dont Gorbatchev couvrait son retour, a &#233;t&#233; remplac&#233;e par le &#171; ferme ta gueule &#187; du r&#233;gime de Poutine. Qui est de plus en plus honni et ne se maintient qu'en usant de m&#233;thodes de plus en plus r&#233;pressives, jusqu'&#224; craindre des concurrents politiques comme feu Nemtsov (assassin&#233;) ou Navalny (&#224; ce jour en prison) qui ne sont pourtant pas des d&#233;fenseurs du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pass&#233; de l'URSS, celui de la r&#233;volution d'octobre 1917 qui avait chang&#233; de monde, et cr&#233;&#233; une internationale ouvri&#232;re communiste, est ineffa&#231;able. C'est le stalinisme qui est mort. Les id&#233;es de la r&#233;volution russe restent celles de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;21 d&#233;cembre 2021, Olivier Belin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cette fonction de pr&#233;sident de l'URSS avait &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en mars 1990 dans le cadre des r&#233;formes institutionnelles qui rapprochaient les institutions de l'URSS des structures classiques des &#201;tats bourgeois. Gorbatchev &#233;tait arriv&#233; au pouvoir en 1985 avec la fonction de secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Parti communiste de l'URSS, puis nomm&#233; pr&#233;sident du Soviet supr&#234;me de 1988 &#224; 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Au sein de l'URSS, ce qu'on appelle commun&#233;ment la Russie &#233;tait d&#233;j&#224; une f&#233;d&#233;ration, la F&#233;d&#233;ration de Russie, constitu&#233;e de 22 r&#233;publiques et d'un certain nombre de &#171; Kra&#239;s &#187; ou d' &#171; Oblasts &#187;, territoires ou r&#233;gions. C'est de cette F&#233;d&#233;ration dont Eltsine s'&#233;tait fait &#233;lire pr&#233;sident (pr&#233;sident du Soviet f&#233;d&#233;ral) en mai 1990.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;On ne peut qu'encourager la lecture de l'ouvrage de Svetlana Alexievitch : &lt;em&gt;La fin de l'homme rouge ou le temps du d&#233;senchantement&lt;/em&gt;, Actes Sud, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;L&#233;on Trotski, &lt;em&gt;La r&#233;volution trahie&lt;/em&gt;, 1936. Chapitre &#171; o&#249; va l'URSS ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmla&#034;&gt;&lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class=&#034;csfoo htmlb&#034;&gt;&lt;/span&gt;Cet exemple de conflit et les suivants sont tir&#233;s du livre de Karine Cl&#233;ment, &lt;em&gt;Les ouvriers russes dans la tourmente du march&#233;&lt;/em&gt;, Syllepse, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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