<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
	<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/</link>
	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskiste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
		<url>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L144xH18/siteon0-6badf.png?1787993460</url>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/</link>
		<height>18</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title> Une mondialisation de la lutte des classes
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-mondialisation-de-la-lutte-des-classes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-mondialisation-de-la-lutte-des-classes</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>

		<description>Tout au long de l'ann&#233;e 2019, puis avec une acc&#233;l&#233;ration &#224; partir d'octobre, on a assist&#233; &#224; un encha&#238;nement impressionnant de r&#233;voltes sociales, en fait de v&#233;ritables affrontements politiques prenant parfois la forme de soul&#232;vements insurrectionnels. Combin&#233;s dans certains cas &#224; des gr&#232;ves nationales massives, ces ripostes sociales ont eu comme moteurs d&#233;terminants le prol&#233;tariat, en particulier les milieux populaires urbains, avec la jeunesse aux avant-postes. Ces chocs violents&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Numero-special-decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro sp&#233;cial, d&#233;cembre 2019
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tout au long de l'ann&#233;e 2019, puis avec une acc&#233;l&#233;ration &#224; partir d'octobre, on a assist&#233; &#224; un encha&#238;nement impressionnant de r&#233;voltes sociales, en fait de v&#233;ritables affrontements politiques prenant parfois la forme de soul&#232;vements insurrectionnels. Combin&#233;s dans certains cas &#224; des gr&#232;ves nationales massives, ces ripostes sociales ont eu comme moteurs d&#233;terminants le prol&#233;tariat, en particulier les milieux populaires urbains, avec la jeunesse aux avant-postes. Ces chocs violents essentiellement entre deux classes se sont produits &#224; l'&#233;chelle internationale sur diff&#233;rents continents, avec un potentiel contestataire r&#233;volutionnaire in&#233;dit depuis les printemps arabes de 2011 ; avec des caract&#233;ristiques, une force et une d&#233;termination, qui ont pris de court les bourgeoisies locales, du moins provisoirement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;videmment, &#224; chaque fois le contexte politique (voire g&#233;opolitique comme au Moyen-Orient, o&#249; le jeu des grands pays imp&#233;rialistes et les rivalit&#233;s entre puissances r&#233;gionales sont &#233;galement en cause) imprime des caract&#233;ristiques sp&#233;cifiques aux r&#233;voltes en cours. Mais cette succession d'explosions sociales pr&#233;sente des traits communs fondamentaux. C'est la nouveaut&#233;. En tout cas depuis au moins une d&#233;cennie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a seulement un an, en 2018, on en &#233;tait surtout &#224; constater et craindre la mont&#233;e des extr&#234;mes droites, dans un contexte marqu&#233; par l'explosion des in&#233;galit&#233;s sociales allant de pair avec une r&#233;organisation de l'appareil productif, un redressement du capitalisme mondial au moyen de ses solutions financi&#232;res calamiteuses pour les populations, &#224; la crise de 2008-2010. Cette nouvelle phase de la mondialisation a aggrav&#233; la polarisation sociale et contribu&#233; &#224; une conscience aig&#252;e de ces in&#233;galit&#233;s chez les exploit&#233;s. Apr&#232;s tout, Marx en son temps avait d&#233;j&#224; montr&#233; que si la pauvret&#233; absolue reculait (ce dont aujourd'hui les statisticiens de l'ONU se gargarisent), elle augmentait en termes relatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagation de l'onde de r&#233;voltes actuelles remonte &#224; un peu plus d'un an. Fin 2018, une vague de manifestations avait secou&#233; l'Europe centrale, puis la France avec les Gilets jaunes. Dans un contexte bien plus dur, ce fut un soul&#232;vement populaire au Soudan en d&#233;cembre mettant &#224; bas une dictature vieille de trente ans ; puis en Alg&#233;rie un mouvement qui perdure depuis neuf mois ; en f&#233;vrier en Ha&#239;ti, en mars &#224; Hong Kong, en avril en R&#233;publique tch&#232;que et au Honduras, en juin au Kazakhstan en Asie Centrale, en juillet &#224; Porto Rico ; puis en septembre, les d&#233;buts des contestations en &#201;gypte violemment r&#233;prim&#233;es ; puis une acc&#233;l&#233;ration &#224; partir d'octobre avec le Liban, l'Irak, le Chili, l'Iran et la Colombie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'ampleur des mobilisations&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des formes sp&#233;cifiques de toutes ces contestations, les points communs sont manifestes. D'abord leur ampleur : ces mobilisations impliquent dans une dur&#233;e in&#233;dite des centaines de milliers de nouveaux militants de la lutte, issus pour l'immense majorit&#233; du prol&#233;tariat au sens large du terme, comme nous le discutons plus loin Dans les cas du Chili, il s'agit de la gr&#232;ve nationale la plus importante depuis 1990, pour la Colombie depuis 1977. Les comptages ont certes &#233;t&#233; plus difficiles en Ha&#239;ti, mais les mobilisations ont &#233;t&#233; massives. Simples exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions engag&#233;es, &#224; ce stade initial, par les secteurs en lutte combinent en partie des actions de gr&#232;ve, mais surtout pour la plupart en dehors des sites de production : des occupations de places, des manifestations r&#233;prim&#233;es avec violence (dont des centaines de tu&#233;s en Irak et en Iran), des barricades et des assembl&#233;es locales, amorces de gestion de quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les exigences politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les exigences sociales se radicalisent et deviennent politiques avec les d&#233;nonciations cat&#233;goriques de la corruption, le rejet des institutions en place comme de leurs soutiens directs ou indirects (partis discr&#233;dit&#233;s, bureaucraties syndicales, clans confessionnels gouvernementaux comme en Irak ou au Liban), la volont&#233; de faire chuter ces diff&#233;rents r&#233;gimes et les aspirations d&#233;mocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La nature sociale des r&#233;voltes &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces aspirations sociales et politiques sont port&#233;es par des secteurs majoritaires de la base de la soci&#233;t&#233;. Les couches impliqu&#233;es vont des bidonvilles d'Irak ou de Port-au-Prince, aux centres prol&#233;tariens des grandes m&#233;tropoles de Santiago ou Bogota, et mettent en action de larges couches de la jeunesse ouvri&#232;re, y compris un peu partout ces jeunes dipl&#244;m&#233;s au ch&#244;mage ou pr&#233;caris&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la plupart de ces pays, l'essentiel des secteurs actifs (m&#234;me s'ils sont rejoints dans certains pays par des secteurs ruraux) se trouve dans les zones urbaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et m&#234;me si, &#224; l'&#233;tape pr&#233;sente, ces mobilisations se font pour une large part en dehors des entreprises elles-m&#234;mes, c'est bien la classe ouvri&#232;re au sens large, c'est-&#224;-dire le prol&#233;tariat, celles et ceux qui n'ont rien que leurs bras, qui, objectivement, impulse cette contestation internationale. Reste le principal probl&#232;me &#224; venir : nulle part, semble-t-il, cette classe ouvri&#232;re en mouvement n'a constitu&#233; ses propres structures autonomes de contre-pouvoir pour prendre consciemment la direction politique de ces d&#233;buts de r&#233;volutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'emp&#234;che que l'on assiste &#224; une nouvelle phase de la lutte des classes &#224; l'&#233;chelle mondiale. Les bourgeoisies en ont pris conscience les premi&#232;res : la r&#233;pression, syst&#233;matique et meurtri&#232;re, en est l'illustration la plus claire. R&#233;pression massive de T&#233;h&#233;ran &#224; La Paz, en passant par Bagdad ou Le Caire. Mais &#233;galement syst&#233;matique comme au Chili, &#224; Hongkong ou en Alg&#233;rie, m&#234;me si peut-&#234;tre &#224; ce jour en moindre mesure et m&#234;me s'il est bien difficile d'&#233;tablir des degr&#233;s. Mais pour l'heure, &#224; part peut-&#234;tre en &#201;gypte, m&#234;me la r&#233;pression la plus terrible n'a pas arr&#234;t&#233; la contestation en Irak, ni peut-&#234;tre en Iran, pas plus qu'au Chili ou en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les semblants de mesures sociales, prises en urgence par certains &#201;tats pour &#233;mousser le mouvement, n'ont pas abus&#233; les manifestants. La &#171; paix sociale &#187; n'est pas &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Le discr&#233;dit des partis et bureaucraties traditionnels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une bonne partie de ces mobilisations s'est faite en dehors des organisations syndicales quand elles existaient, et pour la majorit&#233; en dehors des partis discr&#233;dit&#233;s. L'autre trait saillant, est que si les structures d'organisation locales existent, par exemple sous la forme d'assembl&#233;es sommaires, il n'y a pas de centralisation. Des &lt;em&gt;cabildos &lt;/em&gt;chiliens aux assembl&#233;es de quartiers ou d'occupations de places comme la place Tahrir &#224; Bagdad, ces espaces de politisation et d'organisation n'atteignent pas la structuration nationale, c'est-&#224;-dire un v&#233;ritable contre-pouvoir face l'&#201;tat bourgeois. Pour passer de l'&#233;tape de la r&#233;volte, m&#234;me &#224; son haut degr&#233; politique actuel quasi spontan&#233;, &#224; une alternative r&#233;volutionnaire, il faudrait sinon un double pouvoir, du moins des contre-pouvoirs capables de d&#233;passer la gestion locale de la mobilisation (aussi n&#233;cessaire soit-elle).&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Actualisation de la &#171; R&#233;volution permanente &#187; ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En ce &lt;span class='base64LIENS' title='PHNwYW4gc3R5bGU9ImZvbnQtdmFyaWFudDpzbWFsbC1jYXBzOyI+'&gt;&lt;/span&gt;xxi&lt;/span&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, c'est directement le syst&#232;me capitaliste (et la bourgeoisie) &#224; son plus haut degr&#233; de d&#233;veloppement global qui est en cause. Il n'est &#224; l'&#233;tape actuelle ni question d'ind&#233;pendance nationale, ni de r&#233;volutions d&#233;mocratiques bourgeoises en gestation, ni d'alliances de classes. Il s'agit d'un affrontement de classe direct entre la grande bourgeoisie et les classes populaires, c'est&#8211;&#224;-dire tout l'&#233;ventail du prol&#233;tariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette simplification du probl&#232;me n'en supprime pas moins les obstacles nombreux au d&#233;veloppement r&#233;volutionnaire, en particulier celui central de l'autonomie du prol&#233;tariat par rapport &#224; toutes les sortes de &#171; corps interm&#233;diaires &#187; (bureaucraties politiques, syndicales, structures r&#233;formistes et collaborationnistes en tous genres, y compris &#8216;d&#233;mocratiques') : autant de paravents para-&#233;tatiques destin&#233;s &#224; encadrer, &#233;mousser et &#233;teindre les mouvements de r&#233;bellion, qui chercheront le terrain des compromis, des n&#233;gociations institutionnelles avec les pouvoirs en place. C'est par exemple ce qui se passe actuellement au Chili, avec le changement concert&#233; et institutionnel de la Constitution. Presque un cas d'&#233;cole, sous forme d'une tentative de sauvetage &#171; d&#233;mocratique &#187; qui pourrait &#234;tre r&#233;pliqu&#233; par d'autres bourgeoisies en difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Assembl&#233;e constituante ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est r&#233;pandu parmi les organisations trotskistes d'appeler, indiff&#233;remment de Khartoum &#224; Santiago, et parfois &#224; Barcelone voire Paris, &#224; une assembl&#233;e constituante. &#171; Libre et souveraine &#187; pour les uns, r&#233;volutionnaire pour les autres. Cette revendication politique (&#224; caract&#232;re institutionnel), sugg&#232;re un programme de d&#233;mocratie radicale, une &#233;tape gouvernementale transitoire, sans caract&#232;re de classe d&#233;termin&#233;. Dans la mesure o&#249; un tel mot d'ordre serait largement repris par les populations mobilis&#233;es (ce qui reste &#224; v&#233;rifier) comme premier objectif d&#233;mocratique, il n'y aurait pas de raison, en tant que r&#233;volutionnaires, de s'y opposer. En revanche, cette perspective, sans la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement d'instances de contre-pouvoir (tendant vers une prise de pouvoir r&#233;volutionnaire), serait un pi&#232;ge d&#233;viant le prol&#233;tariat de l'action de masse vers l'impasse des &#233;lections et vers le retour &#224; l'ordre social habituel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Et les militants r&#233;volutionnaires ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dix ans apr&#232;s les printemps arabes, la classe ouvri&#232;re dans toute sa diversit&#233; est donc &#224; nouveau sur le devant de la sc&#232;ne, cette fois &#224; une &#233;chelle mondiale qui devient significative. Avec des improvisations et un courage admirables, avec aussi des t&#226;tonnements, des obstacles, des difficult&#233;s &#224; franchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il n'existe malheureusement pas de parti r&#233;volutionnaire prol&#233;tarien (sans parler d'une internationale !) susceptible de donner les perspectives politiques indispensables pour transformer ces d&#233;buts de r&#233;volutions (c'est bien le mot) en r&#233;volutions victorieuses. Mais m&#234;me en l'absence de ces partis, les possibilit&#233;s d'intervention sp&#233;cifiques des militants r&#233;volutionnaires (lesquels, r&#233;partis dans de multiples groupes ou sans affiliation, existent dans la plupart des pays en question) existent bel et bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le potentiel de ce r&#233;veil mondial est &#233;norme, et il est possible pour les r&#233;volutionnaires d'y intervenir &#224; l'avantage des exploit&#233;s, d'&#233;tablir un programme social (une sorte de programme d'urgence pour les travailleurs, &#224; adapter selon les conditions locales) ainsi que des perspectives politiques. Tout cela &#224; condition de centrer leurs efforts sur l'auto-organisation des travailleurs, sa coordination et sa centralisation, la constitution de directions du mouvement &#224; partir du mouvement lui-m&#234;me, l'organisation de la d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la d&#233;mocratie parlementaire, la pr&#233;paration &#224; la d&#233;fense, y compris sur le terrain militaire, des acquis du mouvement. Cette perspective est loin d'&#234;tre assur&#233;e, mais elle n'est pas une vue de l'esprit. Et c'est aussi dans ce type d'effervescence r&#233;volutionnaire que des partis r&#233;volutionnaires peuvent na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On vient de voir comment la r&#233;volte chilienne a contamin&#233; la Colombie. Comment celle d'Irak a contamin&#233; l'Iran&#8230; entre autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne prendre que l'exemple de l'Am&#233;rique latine, les deux g&#233;ants encore endormis que sont les prol&#233;tariats du Br&#233;sil et de l'Argentine pourraient sortir de leur sommeil. Et en Argentine, les militants r&#233;volutionnaires sont forts de milliers de militants&#8230; Nous assistons &#224; plus qu'un d&#233;but de propagation mondiale de l'onde de choc social. De quoi se dire que le basculement du monde pourrait devenir plus qu'une hypoth&#232;se de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Convergences r&#233;volutionnaires, 7 d&#233;cembre 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Post-scriptum&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Alg&#233;rie&lt;/strong&gt;, en ce 8 d&#233;cembre, une vague de gr&#232;ves sur quatre jours a d&#233;but&#233;. Le slogan &lt;strong&gt;&#171; 8, 9, 10, 11 : gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; &#187;&lt;/strong&gt; est l'un des plus populaires dans le pays, transmis sur les r&#233;seaux sociaux. Apr&#232;s le 42&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;e&lt;/sup&gt; acte de manifestation du vendredi contre les &#233;lections organis&#233;es par le syst&#232;me, pr&#233;vues pour le 12 d&#233;cembre, un appel &#224; quatre jours de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale a &#233;t&#233; lanc&#233; &#224; travers tout le territoire national. Les travailleurs entrent en gr&#232;ve massivement en Kabylie : public, priv&#233;, transporteurs et petits commer&#231;ants r&#233;pondent &#224; l'appel. La r&#233;gion est compl&#232;tement paralys&#233;e. Les travailleurs des autres r&#233;gions rejoignent progressivement la gr&#232;ve. Grandes ou petites, toutes les villes du pays baissent le rideau : l'op&#233;ration ville morte est enclench&#233;e ! Les travailleurs des bases p&#233;troli&#232;res sont aussi de la partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le soul&#232;vement au Chili
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-soulevement-au-Chili-11876</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-soulevement-au-Chili-11876</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Chili
</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 18 octobre 2019&lt;/strong&gt;, les manifestations massives ont fait basculer le Chili dans une situation in&#233;dite aux allures de soul&#232;vement. Tout a commenc&#233; avec une augmentation d&#233;risoire du ticket de m&#233;tro. Une augmentation de trop. En passant &#224; 850 pesos c'est toute une accumulation d'injustices dans une soci&#233;t&#233; marqu&#233;e par les in&#233;galit&#233;s sociales qui s'est cristallis&#233;e. &lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImEiPg=='&gt;&lt;/span&gt; (...)&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Cet article a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233; &#224; partir de rencontres avec des militants chiliens en Europe et leurs r&#233;seaux au pays, suite &#224; des &#233;changes avec des groupes trotskistes &#224; Santiago, Valpara&#237;so et Concepci&#243;n, et un certain nombre de militants r&#233;volutionnaires ou libertaires isol&#233;s ou non affili&#233;s. Les informations &#233;chang&#233;es ont &#233;t&#233; recoup&#233;es par des militants chiliens qui ont milit&#233; sans discontinuer sous la dictature jusqu'&#224; aujourd'hui. Leur recul et leur exp&#233;rience ont permis de riches discussions sur la situation et de r&#233;diger au fil des jours les comptes-rendus qui suivent.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 18 octobre 2019&lt;/strong&gt;, les manifestations massives ont fait basculer le Chili dans une situation in&#233;dite aux allures de soul&#232;vement. Tout a commenc&#233; avec une augmentation d&#233;risoire du ticket de m&#233;tro. Une augmentation de trop. En passant &#224; 850 pesos c'est toute une accumulation d'injustices dans une soci&#233;t&#233; marqu&#233;e par les in&#233;galit&#233;s sociales qui s'est cristallis&#233;e. Le m&#233;tro de Santiago est le plus important d'Am&#233;rique latine avec ses 147 kilom&#232;tres de r&#233;seau. Il transporte pr&#232;s de trois millions de voyageurs par jour dans cette capitale de plus de neuf millions d'habitants. Ce vendredi 18 octobre les lyc&#233;ens ont lanc&#233; la mobilisation, reconnaissables entre tous avec leurs uniformes noirs et blancs. Autour de leurs bastions comme l'&lt;em&gt;Instituto Nacional,&lt;/em&gt; ils ont lanc&#233; une op&#233;ration de fraude massive en for&#231;ant les barri&#232;res de p&#233;age entra&#238;nant les voyageurs et d&#233;bordant par leur nombre la police du m&#233;tro. Ce furent ensuite des blocages de stations enti&#232;res, et des attaques de rames de m&#233;tro vides suivies d'incendies. Tr&#232;s vite les autorit&#233;s ont d&#251; fermer l'ensemble du r&#233;seau, semant une pagaille sans nom, et amor&#231;ant une explosion de col&#232;re sans pr&#233;c&#233;dant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La r&#233;volte sociale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite cela s'est senti au niveau des slogans : &lt;em&gt;&#171; Ce n'est pas une histoire de 30 centimes, c'est pour ces 30 ans ! &#187;,&lt;/em&gt; et sur les murs &#8211; toujours tr&#232;s loquaces au Chili &#8211; on voyait fleurir partout : &lt;em&gt;&#171; Ils nous ont tout pris m&#234;me la peur ! &#187;.&lt;/em&gt; Les manifestants devenus tr&#232;s nombreux ont reli&#233; naturellement l'ensemble des revendications. Le gouvernement n'a pas pris tout de suite la mesure de la crise. Sa suffisance &#233;tait &#224; la hauteur de l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233; chilienne, &#233;cras&#233;e par la pr&#233;carit&#233;, l'exploitation et la peur. Quinze jours auparavant, le pr&#233;sident conservateur Sebasti&#225;n Pi&#241;era avait d&#233;clar&#233; &#8211; en pensant au soul&#232;vement populaire en &#201;quateur &#8211; que le &#171; &lt;em&gt;Chili &#233;tait une oasis de paix et de stabilit&#233; &lt;/em&gt; &#187;. Pour les plus riches c'est indiscutable, mais la polarisation sociale a vite fini par d&#233;mentir cette impudence politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes le Chili a le revenu par habitant le plus &#233;lev&#233; d'Am&#233;rique latine, avec 20 000 dollars, mais il est aussi class&#233; 118&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;e&lt;/sup&gt; sur 122 au rang des in&#233;galit&#233;s sociales selon un rapport de l'ONU. Cinq familles (notamment dans l'exploitation du cuivre, dont le Chili est le premier exportateur mondial) d&#233;tiennent 25 % des richesses du pays. Le pr&#233;sident Pi&#241;era, qui ne fait pas partie des premi&#232;res fortunes du pays, se contente d'un modeste patrimoine de 2,8 milliards de dollars. Un pays riche de mati&#232;res premi&#232;res peupl&#233; de pauvres, un pays premier exportateur agricole de l'h&#233;misph&#232;re Sud qui ne peut nourrir sa population, voil&#224; la r&#233;alit&#233; crue qui ne peut plus &#234;tre masqu&#233;e. Selon un institut de statistiques militant, la fondation &lt;em&gt;SOL&lt;/em&gt;, avec un salaire minimum pour les travailleurs de 301 000 pesos (environ 400 euros), 21 % passe dans les transports, 40 % des pensions des retrait&#233;s ; or 54,3 % des travailleurs gagnent moins de 350 000 pesos, et 17 % moins de 20 000. Le code du travail est issu de la dictature : 15 jours de vacances, une demi-heure de pause d&#233;jeuner, licenciement sans motif exig&#233; (qui p&#233;nalise les femmes enceintes entre autres), des r&#232;gles de n&#233;gociation l&#233;gales tr&#232;s restrictives, pas d'assurance maladie, amplitude horaire indicative de 45 heures, etc. Une pareille pyramide invers&#233;e des revenus et des conditions sociales ne pouvait plus tenir en &#233;quilibre &#233;ternellement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;De la d&#233;mocratie des riches&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'explosion sociale pendant le week-end des 19 et 20 octobre a &#233;t&#233; violente apr&#232;s tant de retenue, et la semaine suivante fut de la m&#234;me trempe. Le m&#233;pris social n'y est pas &#233;tranger. Les ministres se sont pr&#233;cipit&#233;s sur les plateaux pour dispenser leurs conseils : &#171; &lt;em&gt;On ne fait pas tant d'histoire quand on augmente le prix des tomates&lt;/em&gt; &#187; ou le subtil &#171; &lt;em&gt;En prenant les transports plus t&#244;t &lt;/em&gt;(entre cinq et sept heures les tickets sont moins chers)&lt;em&gt;, les travailleurs peuvent faire des &#233;conomies&lt;/em&gt; &#187;, ont suscit&#233; des r&#233;actions de col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les violences, bien que spontan&#233;es, ont &#233;t&#233; cibl&#233;es. Les locaux &#224; Valpara&#237;so du quotidien &lt;em&gt;El Mercurio&lt;/em&gt;, fervent soutien du coup d'&#201;tat de 1973 contre le gouvernement d'Unit&#233; populaire, ont &#233;t&#233; saccag&#233;s et br&#251;l&#233;s ; le building de la compagnie italienne Enel &#224; Santiago (qui contr&#244;le 40 % de la distribution de l'&#233;nergie du pays) a lui aussi &#233;t&#233; enti&#232;rement incendi&#233;. La presse officielle fait &#233;tat de &#171; pillages &#187;. La r&#233;alit&#233; est autre et plus inspirante : des op&#233;rations de saisies de nourriture ont &#233;t&#233; organis&#233;es, souvent au sein de la famille &#233;largie des milieux populaires, parfois par des organisations sociales. C'est pourquoi les filiales de Wallmart et des magasins de v&#234;tements ont &#233;t&#233; cibl&#233;s en majorit&#233;. Les militants r&#233;volutionnaires de plusieurs courants rapportent les t&#233;moignages de sc&#232;nes o&#249; les habitants interpellent les voleurs de produits d'&#233;lectrom&#233;nager (notamment les t&#233;l&#233;visions) pour les leur saisir et les jeter au feu en criant qu'on est ici pour partager.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;&#8230; &#224; la d&#233;mocratie casqu&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'en &#233;tait trop pour Sebasti&#225;n Pi&#241;era. Le pr&#233;sident chilien n'est pas un politique, c'est un homme d'affaires surtout lorsqu'elles sont faciles. D'o&#249; sa suffisance qu'il confond avec l'assurance, et sa brutalit&#233; qu'il prend pour de la fermet&#233;. Ancien propri&#233;taire de la compagnie chilienne de transport a&#233;rien, il a fait fortune en introduisant l'usage de la carte bleue gr&#226;ce aux faveurs de son fr&#232;re, haut responsable de la dictature militaire de Pinochet, qui lui en a assur&#233; le monopole. Sans doute agac&#233; par le fait d'avoir &#233;t&#233; indispos&#233; par des habitants, en pleine nuit d'&#233;meutes &#224; Santiago, lorsqu'il mangeait tranquillement des pizzas pour l'anniversaire de ses petits-enfants, il d&#233;clara le soir m&#234;me l'&#233;tat d'urgence. Il le fit en mettant en sc&#232;ne une intervention t&#233;l&#233;vis&#233;e tardive en annon&#231;ant que : &lt;em&gt;&#171; le Chili est en guerre&#8230; contre un ennemi puissant et organis&#233; &#187;&lt;/em&gt;. De quoi rappeler les heures de la dictature et la chasse &#224; &#171; l&lt;em&gt;'ennemi int&#233;rieur&lt;/em&gt; &#187;. Cela a choqu&#233;, pas seulement les manifestants. Le g&#233;n&#233;ral Iturriaga charg&#233; du commandement de Santiago pendant l'&#233;tat d'urgence, plus prudent, s'est d&#233;solidaris&#233; publiquement de cette d&#233;claration. Les joueurs de football internationaux, au Real ou au Bayern, s'y sont publiquement oppos&#233;s. &lt;em&gt;The Economist&lt;/em&gt; et le &lt;em&gt;Wall Street Journal&lt;/em&gt; ont condamn&#233; cette d&#233;cision et mis en garde contre les cons&#233;quences d&#233;sastreuses (pour leurs affaires) de telles d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La repr&#233;sentation nationale, qui si&#232;ge &#224; Valpara&#237;so, eut beau annuler les mesures de hausses des tarifs, rien n'a frein&#233; la d&#233;termination de la population. Les pourparlers pr&#233;tendument secrets que laisse filtrer la presse n'ont tromp&#233; personne. La presse officielle a &#233;t&#233; prise &#224; partie par les manifestants. La presse alternative quant &#224; elle, a re&#231;u des coups de feu de la police, comme le montrent des images virales sur les r&#233;seaux sociaux. Anecdote piquante : la presse officielle est tellement en difficult&#233;, faute de pouvoir faire des reportages&#8230; qu'elle a d&#251; payer des com&#233;diens pour jouer les manifestants et faire des interviews.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les forces traditionnelles en pr&#233;sence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la polarisation sociale au Chili est flagrante, bien des secteurs de la petite bourgeoisie ont prosp&#233;r&#233; depuis plusieurs d&#233;cennies et sont des fid&#232;les soutiens du r&#233;gime. Bien qu'embryonnaires, des groupes d'autod&#233;fense se sont constitu&#233;s pour d&#233;fendre la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, ironie de l'histoire&#8230; en portant des gilets jaunes. Bien entendu l'arm&#233;e, les grands propri&#233;taires, les patrons des mines, tout cela constitue un bloc social solide sur lequel la grande bourgeoisie chilienne a su toujours compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de ce bloc conservateur, il y a l'ensemble des forces d'opposition l&#233;gale, qui se pr&#233;sentent comme une force d'alternance et critiquent le r&#233;gime&#8230; jusqu'&#224; un certain point. On y trouve la gauche sous ses diff&#233;rentes expressions, avec en premi&#232;re ligne le Front large (&lt;em&gt;Frente Amplio&lt;/em&gt;) et le Parti communiste chilien (qui contr&#244;le la puissante Centrale unitaire des travailleurs &#8211; la CUT &#8211;, et dispose de militants ayant de l'influence). Elles ont &#233;t&#233; prises de court, et apr&#232;s une d&#233;claration timide le dimanche 20 octobre de la centrale syndicale, une gr&#232;ve pour le mercredi fut &#233;voqu&#233;e (laquelle a eu lieu). Ces forces de gauche discutent entre elles d'une sortie institutionnelle, bien s&#251;r pour pr&#233;server la paix sociale. L'attaque de la cath&#233;drale de Valpara&#237;so par les manifestants a servi de pr&#233;texte &#224; l'&#201;glise catholique pour revenir sur la sc&#232;ne en appelant &#224; la &#171; paix sociale &#187;, elle qui a toujours su, malgr&#233; ses dissensions, se pr&#233;senter comme le garant d'une solution l&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'&#233;mergence d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration militante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2006 le mouvement lyc&#233;en avait annonc&#233; ce r&#233;veil. Les luttes pour l'acc&#232;s &#224; l'&#233;ducation (une ann&#233;e de fac co&#251;te en moyenne 4 000 euros) ont fait &#233;cho aux luttes pour l'acc&#232;s aux soins, pour les retraites, contre la destruction des &#233;cosyst&#232;mes, pour des salaires justes, des logements. Ce qui domine dans la jeunesse, et pas seulement scolaris&#233;e, c'est l'action directe avec toute la force de la spontan&#233;it&#233; et ses limites. Le mouvement en &#201;quateur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#201;quateur, le mouvement initi&#233; le 2 octobre suite &#224; des hausses des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a indiscutablement donn&#233; du courage aux jeunes Chiliens. C'est l'ensemble du continent qui est travers&#233; de contradictions sociales. Mais cette jeunesse en lutte a influenc&#233; des secteurs syndicaux combatifs (comme l'Union portuaire qui d&#233;filait d&#232;s le dimanche 20 octobre, ou les syndicats d'enseignants) mais aussi les structures corporatistes et puissantes (comme les syndicats du cuivre no 1 de l'Escondida, et no 2 de Chukikamata).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Santiago, Valpara&#237;so et Concepci&#243;n, des tentatives d'assembl&#233;es d&#232;s le mercredi 23 octobre et les jours suivants ont commenc&#233; rapidement &#224; voir le jour. Les minorit&#233;s r&#233;volutionnaires, qui n'en sont pas encore &#224; travailler ensemble, essayent sur leurs points d'implantation dans la jeunesse et les lieux de travail d'organiser les forces.&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;La semaine d'octobre o&#249; tout a bascul&#233;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En une semaine, la derni&#232;re d'octobre&lt;/strong&gt;, le Chili s'est m&#233;tamorphos&#233;. Il ne s'agit pas seulement d'une accumulation de col&#232;res, d'une addition de revendications ou d'une diminution de la peur. Cette pouss&#233;e venue de la base de la soci&#233;t&#233;, des plus jeunes au d&#233;part, a bris&#233; le consensus politique de la &#171; &lt;em&gt;transition d&#233;mocratique&lt;/em&gt; &#187; initi&#233;e en 1988. Cette d&#233;mocratie bourgeoise parlementaire, in&#233;galitaire jusque dans ses termes &#8211; o&#249; par exemple la sant&#233; et l'&#233;ducation sont consid&#233;r&#233;es non comme des droits mais relevant de la libert&#233; priv&#233;e &#8211; n'&#233;tait que la poursuite de la dictature de Pinochet sous d'autres formes, la continuation de la guerre sociale par d'autres moyens. Les millions de manifestants au cours de ces journ&#233;es d'octobre ont mis un terme &#224; cette fiction. Ce soul&#232;vement contre les in&#233;galit&#233;s et le r&#233;gime qui les cr&#233;e, et qui r&#233;sonne avec ceux de Porto Rico, Ha&#239;ti, &#201;quateur, ressemble &#224; un r&#233;veil politique et social profond qui s'accorde bien avec le printemps austral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les balles, les enl&#232;vements, les viols et la matraque. Comme le dit l'&#233;crivain chilien Luis Sep&#250;lveda, &#171; &lt;em&gt;Il n'existe pas de r&#233;pression, si dure et criminelle soit-elle, qui puisse entraver un peuple qui se l&#232;ve &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article de Luis Sep&#250;lveda, dans le Monde diplomatique de d&#233;cembre 2019, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/em&gt;C'est peut-&#234;tre la fin d'un long cycle politique. Le Chili a vu na&#238;tre le n&#233;o-lib&#233;ralisme (un nom peu pr&#233;cis pour d&#233;signer une des formes contemporaines du capitalisme) au tournant des ann&#233;es 1970 et verra son d&#233;clin &#8211; semblent dire les manifestants d'Antofagasta &#224; la Patagonie &#8211; &#224; partir d'octobre 2019. Ce pari qui &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; des minorit&#233;s r&#233;volutionnaires, libertaires et marxistes, est d&#233;sormais une discussion ouverte par des millions de travailleurs : un nouveau consensus est n&#233;, celui d'en finir avec ce r&#233;gime et oser penser construire autre chose. Avec tous les espoirs, malgr&#233; les confusions in&#233;vitables &#224; cette &#233;tape de la lutte, de nouvelles perspectives r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;20-26 octobre &#8211; Le d&#233;but de l'intervention des masses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#232;s le dimanche 20 octobre&lt;/strong&gt;, les importantes sections de l'Union portuaire (qui syndique l'ensemble des travailleurs et sous-traitants des ports, des dockers &#224; la logistique et des transports) ont d&#233;cid&#233; de manifester, en premier lieu &#224; Concepci&#243;n et Talcahuano, o&#249; ils l'ont fait &#224; 20 000 en colonnes serr&#233;es. Le m&#234;me jour, la plupart des villes ont vu des manifestations significatives malgr&#233; la r&#233;pression. Au cours de la journ&#233;e, la Centrale unique des travailleurs (CUT) fait une d&#233;claration tr&#232;s timor&#233;e, qui sera rejet&#233;e par la base et des branches importantes (dont le syndicat no 1 de la mine de cuivre de la Escondida, la plus grande mine de cuivre priv&#233;e du monde, mais aussi des secteurs comme la Sant&#233;, l'&#201;ducation, et l'Union portuaire d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lundi 21&lt;/strong&gt;, la CUT appelle finalement via un regroupement &#233;largi &#224; des associations sociales de lutte (la Mesa de Unidad Social) &#224; une gr&#232;ve nationale de 48 heures. Il semblait clair, au regard des d&#233;clarations publiques, que la direction de la conf&#233;d&#233;ration ne croyait pas &#224; un mouvement d'ampleur. Le mouvement des &lt;strong&gt;mercredi 23 et jeudi 24 octobre&lt;/strong&gt; fut pourtant exceptionnel. M&#234;me la presse du gouvernement conc&#232;de 1,2 million de personnes dans la rue &#224; Santiago ; sur 18 millions d'habitants et en comptant l'ensemble des villes, on fr&#244;le les 2,5 millions de manifestants. Les manifestations furent massives, familiales, populaires. Joyeuses aussi, avec des caricatures d'Aliens pour se moquer des d&#233;clarations de l'&#233;pouse du Pr&#233;sident qui avait qualifi&#233; les &#233;v&#233;nements &#171; &lt;em&gt;d'une situation hors de contr&#244;le et d'une invasion d'extra-terrestres &lt;/em&gt; &#187;. Travailleurs sous contrat, secteurs informels, auto-entrepreneurs, motards, p&#234;cheurs, b&#251;cherons, mineurs, toutes les tranches d'&#226;ge, avec une majorit&#233; &#233;crasante des quartiers populaires, montraient le visage de ce bloc social qui d&#233;fiait la r&#233;pression et l'&#233;tat d'urgence. Les universit&#233;s et les lyc&#233;es &#233;taient ferm&#233;s administrativement, la jeunesse scolaris&#233;e fut massivement pr&#233;sente, faisant la jonction avec celle des quartiers qui affrontait depuis plusieurs jours l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gr&#232;ve fut largement suivie, au-del&#224; du p&#233;rim&#232;tre syndical des 500 000 membres de la CUT, sans toutefois d&#233;border le cadre des consignes, sans occupations et avec de rares assembl&#233;es de travailleurs initi&#233;es souvent par des militants r&#233;volutionnaires. Les combats de rue eurent lieu &#224; Valpara&#237;so devant le Parlement : Pi&#241;era dut donner l'ordre d'&#233;vacuer&#8230; devant le nuage de lacrymog&#232;ne qui avait envahi l'h&#233;micycle. Depuis les manifestations se succ&#232;dent, alternant concerts et affrontements. Et depuis le vendredi 25 octobre blocages de routes (l'arme des pauvres en Am&#233;rique latine) ont commenc&#233; dans le Sud et se diffusent autour de Santiago.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;27-28 octobre &#8211; Les premiers r&#233;sultats du soul&#232;vement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ils sont de deux ordres, d'abord ce qui perturbe le jeu institutionnel et surtout l'&#233;volution et la dynamique du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau institutionnel, on peut compter : l'annulation de la manifestation de l'extr&#234;me droite initi&#233;e par le s&#233;nateur Kast pr&#233;vue pour le dimanche 27 octobre ; les excuses publiques des ministres ; la d&#233;mission forc&#233;e de l'ensemble du gouvernement ; la fin de l'&#233;tat d'urgence depuis le lundi 28 octobre sur l'ensemble du pays (mesure hypocrite puisque les militaires dirigent directement par d&#233;cret les grandes villes du pays).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#233;tapes et les m&#233;thodes de lutte la chronologie montre trois phases distinctes :&lt;/p&gt;
&lt;ol class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; l'&#233;tape initiale fut marqu&#233;e par l'action directe des milieux politis&#233;s puis tr&#232;s pauvres du prol&#233;tariat : soit des op&#233;rations de r&#233;cup&#233;ration (transports, alimentation) impliquant des milliers de participants, soit des destructions cibl&#233;es (si&#232;ges de multinationales, postes de police). Les incendies de supermarch&#233;s semblent de plus en plus provenir de provocations polici&#232;res (o&#249; on d&#233;nombre beaucoup de victimes) et d'op&#233;rations de la part des directions pour garantir les remboursements (les contrats au Chili assurent les incendies&#8230; et non les pillages !) ;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;ol class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; une phase de gr&#232;ve nationale, incluant les secteurs traditionnels de la classe ouvri&#232;re combatifs mais souvent corporatistes, puis d&#233;bordant sur les milieux populaires en dehors du canevas syndical ; avec quelques exemples partiels de coordination &#224; Valpara&#237;so, Concepci&#243;n, Santiago et Antofagasta ;&lt;/li&gt;&lt;/ol&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; une phase de manifestation massives, qui se p&#233;rennisent, deviennent nationales et qui voient les premi&#232;res exp&#233;riences d'assembl&#233;es encore embryonnaires.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul l'encha&#238;nement para&#238;t naturel, mais il a surpris largement les &#233;quipes militantes souvent exp&#233;riment&#233;es avec le travail clandestin, et c'est avec amusement que beaucoup se souviennent, quelques jours avant le d&#233;but du mouvement, des s&#233;ances de cin&#233;ma o&#249; &#224; Valpara&#237;so notamment, le public avait applaudi debout le film &lt;em&gt;Le Joker&lt;/em&gt;. Le mouvement est prol&#233;tarien dans sa composition, mais &#224; ce jour il n'a pas encore d'expression politique ind&#233;pendante. Il regroupe les diff&#233;rentes couches populaires, des secteurs d&#233;class&#233;s de la petite bourgeoisie urbaine et rurale et des milieux intellectuels. Les objectifs de lutte sont aujourd'hui centr&#233;s sur les in&#233;galit&#233;s, le changement de r&#233;gime (symbolis&#233; par la demande de d&#233;mission de Pi&#241;era) et largement partag&#233; au-del&#224; des milieux militants, l'aspiration &#224; un nouveau syst&#232;me et une nouvelle d&#233;mocratie, confus&#233;ment assimil&#233;e &#224; une autre Constitution. L'enjeu de la lutte politique pour les minorit&#233;s r&#233;volutionnaires est de trouver le chemin entre la d&#233;nonciation spontan&#233;e et populaire de cette d&#233;mocratie des riches et la mise en place de contre-pouvoirs pouvant esquisser une d&#233;mocratie ouvri&#232;re, un pouvoir de classe alternatif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les options de la bourgeoisie : les limites de la r&#233;pression &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'en difficult&#233; s&#233;rieuse, la bourgeoisie chilienne poss&#232;de des marges de man&#339;uvre et n'est pas encore dans une situation impossible. La Bourse de Santiago a peu souffert de la crise pr&#233;sente et il n'y a pas de fuite de capitaux. L'arm&#233;e est solidaire du r&#233;gime (le fait qu'elle touche 10 % de la rente du cuivre assure au r&#233;gime sa fid&#233;lit&#233; ; et ironie de l'histoire, l'&#201;tat lui garantit les retraites dans un syst&#232;me par ailleurs totalement privatis&#233;). Les milieux propri&#233;taires, rentiers et leurs d&#233;pendants lui sont toujours fid&#232;les. Cela dit, la violence de la r&#233;pression n'a pas eu les r&#233;sultats esp&#233;r&#233;s (ce qui donne une id&#233;e de la force de la contestation sociale), mais son recours permet de mesurer la d&#233;termination de la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les alli&#233;s de circonstance du gouvernement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le renouvellement d'un tiers du gouvernement le lundi 28 octobre a permis de sortir le d&#233;test&#233; ministre de l'Int&#233;rieur Andr&#233;s Chadwick (un cousin de hasard de Pi&#241;era), et le ridicule ministre des Finances Felipe Larra&#237;n (le po&#232;te d&#233;licat qui conseillait aux pauvres qui ne pouvaient consommer d'acheter des fleurs brad&#233;es). Mais cela ne trompe personne. Tout comme les hausses d&#233;risoires du minima des pensions de retraite, du salaire minimum, le blocage partiel des prix de l'&#233;lectricit&#233; et des transports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Pi&#241;era est en difficult&#233; il peut compter sur des alli&#233;s de circonstance qui, tout comme lui, cherchent des solutions institutionnelles et l&#233;gales. La solution pourrait &#234;tre une r&#233;activation du mod&#232;le dit d&#233;mocratique, une remise en selle du jeu parlementaire. La d&#233;mocratie chr&#233;tienne et le Parti socialiste (et ses diverses scissions) sont des b&#233;quilles utiles mais peu attrayantes pour celles et ceux qui sont sortis exprimer leur col&#232;re. Le Parti communiste et le Frente Amplio (FA, &#8216;Front large', coalition r&#233;unissant des fragments de la gauche r&#233;formiste) jouent un jeu tr&#232;s institutionnel en usant du cr&#233;dit de leurs militants. Ils se comportent comme les v&#233;ritables garants de la stabilit&#233; politique du pays. De vrais partenaires se voulant responsables. Au nom d'un pr&#233;tendu &#171; r&#233;alisme politique &#187;, leur politique articule une radicalit&#233; de fa&#231;ade (demande de destitution de Pi&#241;era) &#224; un jeu parlementaire &#171; constructif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une demi-session parlementaire le 23 octobre, au moment m&#234;me des tirs contre des milliers de manifestants,&lt;em&gt; &lt;/em&gt;les neuf d&#233;put&#233;s du PC ont fait voter une loi instaurant en principe les 40 heures hebdomadaires, et la recherche d'une &#171; sortie politique &#187; &#224; la crise avec la convocation d'une Assembl&#233;e constituante. R&#233;duire l'action des masses aux &#233;lections, voil&#224; un projet qui est loin d'&#234;tre novateur. Cette orientation n'est pas nouvelle mais n'est pas sans cons&#233;quences internes : les tensions au sein des Jeunesses communistes, et certains secteurs combatifs du Frente Amplio s'expriment un peu plus ouvertement chaque jour. Ces man&#339;uvres donnent corps &#224; une franche hostilit&#233; des Chiliens en lutte vis-&#224;-vis des partis politiques d&#233;j&#224; discr&#233;dit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;31 octobre et 1&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;er&lt;/sup&gt; novembre, jours f&#233;ri&#233;s : un mouvement au carrefour&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les jeudi 31 octobre et le vendredi 1&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;er&lt;/sup&gt; novembre &#233;tant f&#233;ri&#233;s au Chili, cela a permis de faire le point. Les manifestations se sont poursuivies avec une moindre intensit&#233;, mais les discussions ont eu lieu en commen&#231;ant &#224; poser des &#233;l&#233;ments d'orientation. Cela a pris toutes les formes possibles, &#224; l'exception de la gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action gr&#233;viste, sans &#234;tre sous-estim&#233;e, doit &#234;tre replac&#233;e dans le contexte d'un pays &#224; l'arr&#234;t depuis 14 jours. Les supermarch&#233;s qui n'ont pas br&#251;l&#233; ferment &#224; 14 heures, toutes les activit&#233;s des entreprises sont perturb&#233;es voire arr&#234;t&#233;es. L'&#233;conomie est &#224; l'arr&#234;t, au point que les pr&#233;l&#232;vements fiscaux, qui sont mensualis&#233;s pour les particuliers et les entreprises, ont baiss&#233; fin octobre de 20 %, selon les chiffres du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de ces jours f&#233;ri&#233;s, les mobilisations ont pris diff&#233;rentes formes : par exemple des manifestations d&#233;tendues en v&#233;lo (&#224; plusieurs milliers) pour pouvoir atteindre la maison priv&#233;e du pr&#233;sident Pi&#241;era dans le quartier hupp&#233; de Las Condes. &#192; Santiago on a vu des manifestations de milliers de femmes en deuil pour les victimes. Des rassemblements et des actions symboliques ont eu lieu dans le Sud, &#224; Concepci&#243;n, Temuco et Valdivia, comme la d&#233;capitation de statues de conquistadors espagnols ; les manifestants d&#233;pos&#232;rent leur t&#234;te au pied de la statue du h&#233;ros et chef de guerre mapuche Caupolican ayant r&#233;sist&#233; &#224; la conqu&#234;te europ&#233;enne. Dans un pays o&#249; il n'est pas rare de voir des marchands Mapuche chass&#233;s violemment des march&#233;s, leurs leaders assassin&#233;s impun&#233;ment pour avoir r&#233;sist&#233; aux expulsions, sans parler du profond racisme entretenu par le r&#233;gime &#224; leur &#233;gard, ces gestes ne sont pas des d&#233;tails. Cette population m&#233;tiss&#233;e constitue d&#233;sormais un secteur souvent majoritaire des quartiers populaires, des bidonvilles et du prol&#233;tariat pas seulement informel. Et si la violence des manifestations a diminu&#233; dans ses formes ext&#233;rieures, la r&#233;pression des forces de l'ordre se maintient &#224; un niveau &#233;lev&#233;. Presque chaque quartier a connu au moins un jour d'affrontements massifs pendant ce long week-end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coupures de route se poursuivent parfois sur de petits axes avec des &#233;quipes d'une quinzaine de personnes. Mais l'essentiel s'est d&#233;roul&#233; dans des r&#233;unions de quartiers, dans les entreprises au cours de discussions souvent informelles, focalis&#233;es sur les suites &#224; donner et la pr&#233;paration de la marche du lundi 4 novembre &#224; 17 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpNNUlITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlqYUdsc2FXSXVjRzVuSnlCM2FXUjBhRDBpTmpBd0lpQm9aV2xuYUhROUlqWXpOaUlnWVd4MFBTY25JQzgrQ2p3dlptbG5kWEpsUGdvOEwyUnBkajQ9Ij4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em&gt;D&#233;but novembre&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;L'&#233;tat des mobilisations&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le tableau g&#233;n&#233;ral du mouvement et sa dynamique se pr&#233;cise :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement est d&#233;sormais national, massif et ancr&#233; dans les milieux populaires, tout au long de ce pays de 5 000 kilom&#232;tres de long. Dans chaque quartier, dans presque chaque entreprise, on ne discute que de la situation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression qui demeure malgr&#233; la lev&#233;e de l'&#233;tat d'urgence n'a pas entam&#233; la mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les man&#339;uvres du gouvernement (remaniement minist&#233;riel, baisse des traitements de la repr&#233;sentation nationale, loi de 40 heures, mesures de revalorisation des retraites et des salaires minima) ne suffisent pas &#224; &#233;teindre la contestation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;crasante majorit&#233; de population en mouvement exige le d&#233;part du pr&#233;sident Pi&#241;era (un institut de sondage connu pour sa complaisance estime la cote de confiance de ce dernier &#224; un stratosph&#233;rique 4 % d&#233;but d&#233;cembre dans le grand quotidien du Sud &lt;em&gt;El Bio Bio&lt;/em&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;R&#233;activations militantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Lors d'&#233;changes avec des militants trotskistes et libertaires, l'explosion sociale &#233;tait attendue mais plus tard, au regard des possibles d&#233;s&#233;quilibres internationaux sur les march&#233;s des mati&#232;res premi&#232;res dont le Chili est tributaire. L'ampleur a bien entendu surpris, mais c'est surtout la m&#233;moire militante qui leur semblait perdue, et qui est r&#233;apparue avec efficacit&#233; et vigueur. La p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente amorc&#233;e en 2006, puis en 2011, par les luttes de la jeunesse autour des revendications pour l'acc&#232;s &#224; l'enseignement pour tous, de la lutte des femmes (le droit &#224; l'avortement est tr&#232;s r&#233;duit, les in&#233;galit&#233;s tr&#232;s accentu&#233;es, et la violence &#224; leur &#233;gard d'une grande ampleur) ont &#233;t&#233; une s&#233;quence de pr&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;En ce d&#233;but novembre, bilan de la progression du mouvement depuis octobre : d'innombrables formes de mobilisation et d'organisation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes, scolaris&#233;s ou des milieux populaires, sont le moteur de l'action&lt;em&gt;.&lt;/em&gt; L'organisation massive des occupations, des fraudes dans les transports, des op&#233;rations de r&#233;cup&#233;ration de vivres, de d&#233;fense des manifestations, de lib&#233;ration de militants arr&#234;t&#233;s au cours des affrontements, de dispensaires de fortune pour les soins et d'organisation d'assembl&#233;es, toutes ces actions n'auraient pu durer sans l'activit&#233; de la jeunesse&lt;em&gt;. &lt;/em&gt;Car cette jeunesse, souvent issue des milieux populaires et aussi &#233;tudiante, n'a pas seulement &#233;t&#233; un facteur d&#233;clencheur et ne s'est pas content&#233;e de r&#233;veiller des formes spontan&#233;es de r&#233;sistance. Ces jeunes ont milit&#233; en permanence par dizaines de milliers quotidiennement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Valpara&#237;so&lt;/strong&gt;, les t&#233;moignages de militants trotskistes d&#233;crivent des assembl&#233;es regroupant plusieurs centaines de participants des quartiers populaires autour des associations de professeurs et de parents d'&#233;l&#232;ves dans les &#233;coles, qui d&#233;bouchent d&#233;but novembre sur des actions concr&#232;tes &#224; l'&#233;chelle de quartiers. Dans le lyc&#233;e no 2 pour filles Matilde Brandau de Ross, foyer militant connu, c'est une v&#233;ritable coordination qui s'est tenue avec des repr&#233;sentants de presque tous les quartiers de la ville. Toujours &#224; Valpara&#237;so, dans les quartiers les plus pauvres, ce sont autour des associations sportives et des clubs de supporters de clubs professionnels que le m&#234;me genre de canevas se d&#233;ploie pour organiser les loisirs des plus jeunes, assurer le ravitaillement. Ces clubs de &lt;em&gt;hinchas&lt;/em&gt; (supporters) ne sont pas des espaces de jeunes hommes d&#233;s&#339;uvr&#233;s : en fin de journ&#233;e ils font venir des familles enti&#232;res aux manifestations de l'apr&#232;s-midi ou &#224; des discussions plus informelles qu'au sein des &lt;em&gt;cabildos &lt;/em&gt;(les assembl&#233;es populaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Concepci&#243;n&lt;/strong&gt;, des t&#233;moignages de militants anarchistes d&#233;crivent les m&#234;mes initiatives autour des soupes populaires g&#233;r&#233;es par les habitants ; dans certains quartiers, des rondes sont organis&#233;es pour prot&#233;ger le quartier des exactions de la police et de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Santiago,&lt;/strong&gt; la capitale, ces &lt;em&gt;cabildos&lt;/em&gt; coexistent avec des assembl&#233;es tenues par le Parti communiste et le Front large (&lt;em&gt;Frente Amplio&lt;/em&gt;) qui orientent sans surprise les discussions vers une sortie institutionnelle de la crise. &#192; noter que cela suscite parfois des d&#233;bats tendus entre la base et les directions. Sur les murs des quartiers populaires, et peut-&#234;tre en &#233;cho, on a vu depuis le samedi soir 2 novembre appara&#238;tre &#224; plusieurs reprises le slogan : &#171; &lt;em&gt;Souvenez-vous futurs dirigeants, c'est comme la r&#233;volution fran&#231;aise, on a commenc&#233; sans vous et ils ont tous perdu leur t&#234;te !&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Partage des t&#226;ches au sein de la bourgeoisie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les assembl&#233;es populaires, c'est ce qui fait peur &#224; la bourgeoisie. Et la voil&#224; qui d&#233;nonce sur les m&#233;dias depuis dimanche 3 novembre la &#171; &lt;em&gt; d&#233;magogie assembl&#233;iste &lt;/em&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Conf&#233;deracion de la Produccion y Comercio, le Medef chilien, par la voix de son principal dirigeant Alfonso Swett avait l&#226;ch&#233; du lest le 29 octobre en &#233;voquant &#171; la n&#233;cessit&#233; pour le patronat de faire des sacrifices pour assurer le retour &#224; la normale &#187;. Mais ces concessions de forme ne doivent pas &#234;tre pris pour argent comptant : une partie cons&#233;quente du grand patronat (li&#233;e au secteur agro-minier pour faire court, par opposition relative au secteur financier qui &#8211; du fait de l'endettement des foyers chiliens &#224; 75 % de leurs revenus annuels &#8211; cherche une solution plus stable pour r&#233;cup&#233;rer sa mise), du gouvernement et de l'arm&#233;e soutiennent une option dure de r&#233;pression. Plut&#244;t un partage des r&#244;les qu'une division au sein de la bourgeoisie. Sa crainte ne r&#233;side pas dans la peur de l'affrontement. Ces derni&#232;res d&#233;cennies, sa position et son enrichissement ont &#233;t&#233; consolid&#233;s et affermis par le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crainte de se retrouver isol&#233;e face &#224; la contestation est plus consistante. Une bonne partie de la petite bourgeoisie propri&#233;taire, industrielle, commerciale, celle qui fournit une large part des capacit&#233;s du march&#233; des transports, est m&#233;contente et d&#233;&#231;ue par ses choix &#233;lectoraux. La grande bourgeoisie a &#233;t&#233; trop gourmande, y compris au d&#233;triment de ses alli&#233;s naturels. Au point que ce secteur s'est mis en position d'attente (au d&#233;but des patrons des transports avaient particip&#233; au mouvement), protestant contre les &#171; abus &#187; de l'ancien r&#233;gime, et &#339;uvre pour un nouveau compromis social qui lui soit favorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance de classes, qui assurait la stabilit&#233; politique au bloc social conservateur, est provisoirement fragilis&#233;e : en ne sortant pas d'un syst&#232;me bas&#233; sur la rente mini&#232;re (et d'autres mati&#232;res premi&#232;res), le noyau central de la bourgeoisie n'a pas su m&#233;nager un espace pour des secteurs p&#233;riph&#233;riques agissant sur le march&#233; national. De quoi remettre en cause l'efficacit&#233; de l'alternance &#233;lectorale entre ce bloc conservateur et la gauche &#171; raisonnable et responsable &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; l'extr&#234;me droite, ouvertement fasciste et directement reli&#233;e &#224; la dictature, forte dans les milieux catholiques traditionalistes et un secteur important de l'arm&#233;e, autour du d&#233;put&#233; Jos&#233; Antonio Kast, n'arrive pas &#224; ce jour &#224; mobiliser publiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que le prestige du r&#233;gime chilien aupr&#232;s du capitalisme mondial n'est plus ce qu'il &#233;tait : apr&#232;s l'annulation de la Cop 25 au Chili (transf&#233;r&#233;e &#224; Madrid en d&#233;cembre) et de la conf&#233;rence &#233;conomique interr&#233;gionale (l'Apec), la seule victoire m&#233;diatique du pouvoir quant &#224; son prestige international a &#233;t&#233;&#8230; la tenue de la finale de la &lt;em&gt;Copa Libertadores&lt;/em&gt; (Flamengo vs River Plate). Finalement m&#234;me pas, la finale de football se jouera &#224; Lima au P&#233;rou, par peur des manifestations politiques des clubs de supporters en direct &#224; la t&#233;l&#233;vision !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les discussions militantes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les organisations, r&#233;seaux et collectifs r&#233;volutionnaires sont restreints par leur taille, et aucun courant n'a une v&#233;ritable implantation nationale. Avec n&#233;anmoins quelques points forts dans la jeunesse scolaris&#233;e, certains quartiers et secteurs syndicaux (enseignement, quelques entreprises). Parfois, un travail de quartier est reconnu et solide. &#192; noter toutefois l'influence de militants pas forc&#233;ment affili&#233;s dans certains secteurs et quartiers, ce qui &#224; l'&#233;tape actuelle o&#249; tout se passe hors des entreprises n'est pas un obstacle. Bien entendu si la crise sociale s'approfondit il s'agira de passer &#224; une autre &#233;tape. Pour l'heure, les collaborations entre courants et organisations sont rares (le sectarisme n'est pas un p&#233;ch&#233; du seul Ancien monde). Toutefois plusieurs initiatives voient le jour pour faire converger diff&#233;rents collectifs comme El Porte&#241;o de Valpara&#237;so et Werken Rojo de Santiago&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;El Porte&#241;o de Valpara&#237;so et Werken Rojo de Santiago : ces deux collectifs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; des discussions pour lancer un parti de la classe ouvri&#232;re avec diff&#233;rents groupes marxistes&lt;em&gt;,&lt;/em&gt; trotskistes et ind&#233;pendants ont &#233;galement lieu dans des conditions difficiles. Ces initiatives sont fragiles et n'ont pas encore abouti &#224; des r&#233;sultats p&#233;rennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discussions militantes sont &#233;videmment travers&#233;es par l'appr&#233;ciation du rythme des mobilisations, leur ampleur et leur contenu politique et bien entendu leurs perspectives. En ce d&#233;but novembre, l'attitude envers les aspirations et les revendications d&#233;mocratiques cristallisent l'essentiel des divergences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces discussions et divergences, au sein des courants libertaires et marxistes, r&#233;activent les diff&#233;rents probl&#232;mes d'orientation et d'organisation (action directe, auto-organisation, plateformisme pour les uns, front unique, parti large ou &#233;troit pour les autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut r&#233;sumer ces discussions &#224; quelques questions :&lt;/p&gt;
&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Comment augmenter la pression (gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ou poursuite des manifestations &#224; l'encontre de la r&#233;vision constitutionnelle et du processus &#233;lectoral) ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Comment s'organiser et coordonner les forces spontan&#233;es (construire une direction du mouvement) &#8211; Comment envisager la construction de contre-pouvoirs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Vu le rejet de beaucoup de Chiliens pour les partis politiques discr&#233;dit&#233;s, les militants r&#233;volutionnaires n'ont pas encore acquis l'influence leur permettant de faire entendre d'autres perspectives politiques au cours de la lutte. Au c&#339;ur des discussions se trouve le r&#244;le des assembl&#233;es (&lt;em&gt;cabildos&lt;/em&gt;), souvent &#224; l'initiative de militants, qui ne se sont pas g&#233;n&#233;ralis&#233;es. Mais la question par quoi remplacer ce r&#233;gime est devenue centrale. La gauche PS, PC et FA n'envisagent qu'une transition l&#233;gale, agr&#233;ment&#233;e parfois d'un langage tr&#232;s radical pour certaines composantes du &lt;em&gt;Frente Amplio.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment &#233;viter, si une assembl&#233;e constituante voyait le jour, qu'elle n'incite &#224; embrigader la vague mobilisatrice vers des &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'Union portuaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La petite surprise vient du fait que c'est l'Union portuaire, et non les partis politiques institutionnels, qui donne le ton tr&#232;s politique de la contestation. Cette structure syndicale a particip&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re &#224; une lutte suivie d'une r&#233;novation profonde de sa direction. La direction de l'&#233;poque avait conclu le conflit avec un protocole sans consulter la base, avec peu de revendications gagn&#233;es. Elle fut d&#233;savou&#233;e par cette base &#224; Valpara&#237;so, et une nouvelle direction plus combative fut install&#233;e m&#234;lant des militants de gauche hors des partis, des trotskistes et des anarcho-syndicalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la premi&#232;re vague de mobilisations massives de la fin octobre, l'Union portuaire a pr&#233;sent&#233; seule une motion qui a emport&#233; l'adh&#233;sion, en &#224; peine deux jours, de la coalition dite Unidad Social. Celle-ci regroupe au niveau national, quelque 200 organisations syndicales et populaires : la Centrale unitaire des travailleurs (CUT), des associations de lutte (notamment celle qui s'opposait aux retraites priv&#233;es), des syndicats d'enseignants, de la Sant&#233;, des associations &#233;cologistes radicales d&#233;fendant les biens communs comme l'eau, des associations de locataires, des collectifs de bidonvilles, d'&#233;ducation populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette motion exige : la d&#233;mission du Pr&#233;sident, des mesures d'urgence sociale et un changement de r&#233;gime avec une Assembl&#233;e constituante, avec la mise en place d'une direction verticale de gr&#232;ve appel&#233;e Comit&#233; de gr&#232;ve. Bien entendu cette motion, qui semble repr&#233;senter assez bien l'&#233;tat d'esprit des &#233;quipes les plus dynamiques du mouvement &#8211; aux dires de bien des militants r&#233;volutionnaires &#8211; laisse une question ouverte, la plus sensible ! Qui va garantir l'application de cette plateforme ? Quelle serait la nature d'une Assembl&#233;e constituante ? Quels comit&#233;s/assembl&#233;es/collectifs de base centraliseraient r&#233;ellement ledit Comit&#233; de gr&#232;ve ? Derri&#232;re cette motion, beaucoup posent de fa&#231;on encore floue la question de qui exercerait r&#233;ellement le pouvoir, d'un gouvernement des travailleurs. D'autres y verraient au contraire une forme de transition l&#233;galiste au r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats du Cuivre s'&#233;taient r&#233;unis apr&#232;s la gr&#232;ve du 12 novembre pour voir si leurs instances valident cette orientation. Le syndicat des travailleurs du P&#233;trole semble prendre la m&#234;me orientation. Les journ&#233;es de mobilisation de cette semaine relanceront l'urgence de ce d&#233;fi : pour continuer il va falloir franchir un cap hors de la l&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Bienvenue aux hackers militants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte actuelle occupe tous les champs d'intervention de la vie sociale&#8230; y compris &#233;lectronique. Une &#233;quipe de pirates informatiques ont p&#233;n&#233;tr&#233; le syst&#232;me interne de gestion de la police militaire (&lt;em&gt;Carabineros&lt;/em&gt;). &#192; force de jouer l'&#233;conomie lib&#233;rale des budgets, cela finit par avoir des cons&#233;quences sur la s&#233;curit&#233; des syst&#232;mes de&#8230; s&#233;curit&#233;, s'en amusent ces militants. C'est leur troisi&#232;me attaque depuis le 18 octobre, mais celle-ci a permis d'acc&#233;der &#224; pr&#232;s de 10 000 dossiers. Ils ont rendu publics des dizaines de documents, d&#233;voilant les d&#233;tails des fiches des agents de la S&#233;curit&#233;, de l'arm&#233;e, mais aussi les enqu&#234;tes de la police politique. Cette affaire des &lt;em&gt;Pacoleaks&lt;/em&gt;, (&lt;em&gt;Paco&lt;/em&gt; en argot veut dire flic ou Cond&#233;) a pris une grande ampleur. L'espionnage de masse des milieux militants n'est pas une surprise mais &#224; cette &#233;chelle, cela en a surpris plus d'un. &#201;coutes t&#233;l&#233;phoniques, filatures, provocations sont au programme. Vis&#233;s, les militants de la cause Mapuche surtout, mais aussi de l'environnement, la direction du syndicat des enseignants (co-dirig&#233; avec des &#233;quipes &#224; la gauche du PC), des militants r&#233;volutionnaires bien entendu. On y apprend aussi l'infiltration et le suivi des organisations libertaires notamment du quartier populaire de Franklyn &#224; Santiago, autour de manifestations pour d&#233;noncer la mort d'une jeune ha&#239;tienne Joanne Florvil. Et cerise sur le g&#226;teau&#8230; la description tr&#232;s d&#233;taill&#233;e d'un conflit dans l'agro-alimentaire qui atteste d'une pr&#233;sence directe d'agents infiltr&#233;s, plus un d&#233;but de liste de syndicalistes &#171; propres &#187; et vrais collaborateurs directs de la police et du patronat. On attend la suite avec gourmandise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpReklITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTl6ZEdGMGRXVmZjR2x1YjJOb1pYUXVjRzVuSnlCM2FXUjBhRDBpTmpBd0lpQm9aV2xuYUhROUlqVXdOQ0lnWVd4MFBTY25JQzgrQ2p3dlptbG5kWEpsUGdvOEwyUnBkajQ9Ij4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em&gt;Mi-novembre&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;Le temps des man&#339;uvres&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette mi-novembre, au bout de 26 jours, l'intensit&#233; et la profondeur du mouvement font &#233;merger les probl&#232;mes d'orientation. Toutes les hypoth&#232;ses sont &#233;voqu&#233;es qui vont du maintien de la pr&#233;sidence actuelle (avec des amendements de la Constitution et quelques concessions sociales) &#224; son renversement et &#224; la mise en place d'une Assembl&#233;e constituante, avec les espoirs, les ambigu&#239;t&#233;s et les quiproquos d'une telle formule. Si la rue impose une pression d&#233;cisive, il n'en demeure pas moins que Pi&#241;era &#8211; aid&#233; indirectement par une opposition parlementaire et syndicale d&#233;sireuse d'une issue l&#233;gale &#8211; fait ouvertement le calcul de l'&#233;puisement du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Le jeu des appareils&#8230; et la col&#232;re des secteurs en lutte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les organisations politiques, institutionnelles ou non (m&#234;me les organisations r&#233;volutionnaires ont du mal &#224; se faire une place), sont conspu&#233;es par la population mobilis&#233;e. Aucun d&#233;put&#233; de l'opposition &#171; de gauche &#187; n'a pu se pr&#233;senter ouvertement lors des manifestations, et encore moins en prendre la t&#234;te. La gestion de la gauche sous la pr&#233;sidence Bachelet a laiss&#233; des souvenirs amers : matraquages de la jeunesse en lutte, droits des minorit&#233;s indiennes bafou&#233;es, promesses sur le droit &#224; l'avortement non tenues et reculs sociaux pour le plus grand nombre au nom du r&#233;alisme &#233;conomique. Pi&#241;era a accept&#233; d'envisager une r&#233;&#233;criture de la Constitution par les chambres, s'attirant les bonnes gr&#226;ces de la gauche responsable, et une indiff&#233;rence m&#234;l&#233;e de col&#232;re des secteurs en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le triste jeu parlementaire, auquel le PC se livre avec passion, est le terrain le moins favorable pour satisfaire les revendications des travailleurs, et &#224; ce jour une large majorit&#233; de Chiliens en convient. C'est sur le terrain syndical, sans surprise, que les pressions vers une voie n&#233;goci&#233;e sont les plus sensibles, avec des acteurs qui conservent du poids social et un certain cr&#233;dit politique. L'Union portuaire reste &#224; la pointe du mouvement, entra&#238;nant la Mesa de Unidad Social (la plateforme Unit&#233; sociale regroupant la CUT et des collectifs de lutte) sur un terrain combatif. Mais depuis le 5 novembre, l'int&#233;gration &#224; ce front unitaire des syndicats du P&#233;trole (dirig&#233;s par les d&#233;mocrates chr&#233;tiens) et le syndicat des travailleurs d'&#201;tat (dirig&#233; par les socialistes) a recentr&#233; les revendications sur les n&#233;gociations en supprimant le volet politique (d&#233;mission du Pr&#233;sident et Assembl&#233;e constituante).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Un dr&#244;le de &#171; comit&#233; de gr&#232;ve &#187;&#8230; sans les collectifs de lutte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette pression conciliatrice s'ajoute la man&#339;uvre de cr&#233;er un &#171; comit&#233; de gr&#232;ve &#187;, en fait une direction bureautique dirig&#233;e par les appareils syndicaux en excluant les collectifs de lutte. Cette pression produit bien entendu des reculs mais aussi des r&#233;actions. Une coalition de syndicats de l'&#233;lectricit&#233; (installations, distribution, production) s'est constitu&#233;e, regroupant quelques dizaines de milliers d'adh&#233;rents, sur des bases proches de l'Union portuaire dans une d&#233;claration du 9 novembre. En revanche, la position des syndicats du Cuivre (Codelco) li&#233; au secteur public est centrale mais plus mod&#233;r&#233;e que celle des syndicats des sous-traitants, lesquels pr&#244;nent des actions dures d'occupation et de blocages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;L'action de la jeunesse&#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces man&#339;uvres en coulisse contrastent avec l'activit&#233; transparente des travailleurs et des populations pauvres. Les piquets pour bloquer les routes se sont multipli&#233;s, tout comme les assembl&#233;es et les affrontements. Ce sont les lyc&#233;ens qui ont anim&#233; la premi&#232;re semaine de novembre avec des centaines d'occupations&#8230; et des &#233;vasions collectives de lyc&#233;es catholiques ! Les carabiniers sont intervenus dans les enceintes, ont tir&#233; avec des armes &#224; feu faisant de nombreux bless&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions des lyc&#233;ens ne se cantonnent pas &#224; occuper ni &#224; se d&#233;fendre des forces de l'ordre : ils pr&#234;tent main forte &#224; l'extension du mouvement. Aux actions &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment, il faut ajouter&#8230; les chansons, les po&#233;sies pour improviser des r&#233;unions dans les bus avec les anciens qui sont hors des r&#233;seaux sociaux. Et par efficacit&#233; aussi. Le compte Instagram de&lt;em&gt; Piensa Prensa&lt;/em&gt;, un site alternatif d'information, a &#233;t&#233; supprim&#233; avec ses 600 000 &lt;em&gt;followers&lt;/em&gt;, il a bien fallu en revenir aux classiques. Et une quantit&#233; de peintures murales, de vid&#233;os amusantes et d&#233;tournements de symboles. Les campus sont ferm&#233;s depuis le d&#233;but du mouvement, ils connaissent une grande activit&#233; au point que les pr&#233;sidences d'universit&#233; veulent avancer les vacances&#8230; et que les &#233;tudiants font gr&#232;ve pour prolonger l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus mesur&#233;s dans leurs actions, cela n'a pas emp&#234;ch&#233; les &#233;tudiants de Santiago de br&#251;ler un p&#244;le universitaire, sous gestion priv&#233;e, qui d&#233;livre des cours de management et de commerce&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jeunesse populaire n'est pas en reste : les combats de rue sont quotidiens pour d&#233;fendre les quartiers. &#192; Pe&#241;aolen, une des 34 villes du Grand Santiago, les habitants ont attaqu&#233; le commissariat responsable d'exactions avec des armes &#224; feu faisant six bless&#233;s parmi les policiers. &#192; Arica dans le nord du pays, c'est le local d'un parti pinochetiste qui a &#233;t&#233; saccag&#233; et incendi&#233;. &#192; Concepci&#243;n une pr&#233;fecture a subi le m&#234;me sort. Ces affrontements ont perdur&#233; la semaine enti&#232;re sans discontinuer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les gr&#232;ves ouvri&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations et la gr&#232;ve du mardi 12 novembre expriment toute la force sociale et politique du mouvement ouvrier, et ses limites actuelles. La gr&#232;ve nationale fut tr&#232;s importante par sa surface, par le nombre de secteurs touch&#233;s. Les secteurs les plus mobilis&#233;s furent les travailleurs des ports et l'&#233;crasante majorit&#233; des travailleurs et travailleuses du public (sant&#233;, &#233;ducation, travailleurs d'&#201;tat). Pour les autres ce fut moins visible. Beaucoup de travailleurs n'ont pas pu se rendre sur les lieux de rassemblement faute de transports en bus. Les travailleurs du m&#233;tro soutenaient la gr&#232;ve mais ont pourtant roul&#233; sur quelques lignes pour assurer le transport ; en fait, le gouvernement et le patronat avaient lib&#233;r&#233; toutes les entreprises &#224; 14 heures, presque un lock-out national. Le pays est bloqu&#233;, c'est indiscutable. Les chiffres des gr&#233;vistes donn&#233;s par le gouvernement sont d&#233;risoires (6 % dans l'&#201;ducation alors que les &#233;quipes font des comptages &#224; plus de 70 %), mais l'action limit&#233;e &#224; une seule journ&#233;e touche &#224; ses limites. Les syndicats du Cuivre li&#233;s au secteur d'&#201;tat ont &#171; &#233;conomis&#233; &#187; leur forces selon le discours officiel des dirigeants, mais surtout gard&#233; intact leur pouvoir de n&#233;gocier s&#233;par&#233;ment. Cela suscite une grande m&#233;fiance des travailleurs du rang. Ce corporatisme est souvent d&#233;cri&#233; : sur les murs on voit souvent &lt;em&gt;&#171; Ce mouvement n'est pas pour les primes de fin de conflit (bonos) ! &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir de la gr&#232;ve, en ce 12 novembre, des &#233;quipes militantes ont organis&#233; plusieurs r&#233;unions &#224; plusieurs centaines de militants. Beaucoup, m&#234;me parmi les syndicalistes, ne se reconnaissent pas dans la plateforme d'Unit&#233; sociale. &#192; Santiago, et sans doute ailleurs, on discute parmi ces minorit&#233;s militantes de gr&#232;ve illimit&#233;e. La construction d'une force pour construire ce difficile saut dans l'inconnu est &#224; l'ordre du jour.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;12 novembre &#8211; Le pouvoir cherche un rempla&#231;ant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Pi&#241;era n'est pas seul mais cela y ressemble. Mardi soir 12 novembre &#224; la fin de la journ&#233;e il devait faire une d&#233;claration &#224; 21 heures 30 aux t&#233;l&#233;visions. Rien. Passe presqu'une heure, il parle enfin. Mais ne dit strictement rien. L'id&#233;e premi&#232;re, &#233;tait pourtant claire, loin du vide de cette d&#233;claration. Juste avant celle-ci, il avait convoqu&#233; l'&#233;tat-major, et le week-end pr&#233;c&#233;dent une r&#233;union de s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (&lt;em&gt;Consejo de Seguridad Nacional Cosena&lt;/em&gt;) avec l'arm&#233;e en premier plan. Les r&#233;servistes &#233;taient mobilis&#233;s. Les milieux militants s'attendaient &#224; un retour de l'&#233;tat d'urgence : les affrontements du mardi soir &#224; Santiago avaient &#233;t&#233; tr&#232;s durs, avec des dizaines de milliers d'&#233;meutiers. Les h&#244;pitaux ont &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;s par l'afflux de bless&#233;s par chevrotine ; m&#234;me les dispensaires improvis&#233;s par des &#233;tudiants en m&#233;decine n'ont pas suffi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ? L'arm&#233;e a fait filtrer plus tard l'information aupr&#232;s des journalistes : l'&#233;tat-major refusait la demande du pr&#233;sident de ressortir l'arm&#233;e et de proclamer &#224; nouveau l'&#233;tat d'urgence. Les g&#233;n&#233;raux essaient &#224; peu de frais de se racheter une image en se mettant &#224; distance du pr&#233;sident impopulaire. La bourgeoisie chilienne n'a personne &#224; mettre &#224; la place de Pi&#241;era, et cela commence &#224; se voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le coup d'&#201;tat en Bolivie, le week-end du 11 novembre, marque aussi les esprits au Chili, du moins ceux des minorit&#233;s conscientes. En Bolivie, la chasse aux Indiens, aux opposants, les g&#233;n&#233;raux film&#233;s avec des bibles lors de messes pentec&#244;tistes, la bourgeoisie revancharde qui revient, voil&#224; des images qui marquent : les affrontements majeurs sont peut-&#234;tre devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em&gt;14 novembre&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;Le temps de l'ind&#233;cision&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La situation de blocage politique et institutionnel n&#233;cessitait une man&#339;uvre de grande ampleur pour d&#233;tourner la col&#232;re sociale. L'op&#233;ration, puisqu'il s'agit bel et bien d'une op&#233;ration, avait &#233;t&#233; minutieusement pr&#233;par&#233;e. Jeudi 14 novembre, le pouvoir incarn&#233; par Pi&#241;era a mis en sc&#232;ne le dur et le ti&#232;de : une mont&#233;e de la pression avec des d&#233;clarations inqui&#233;tantes sur la r&#233;pression, le d&#233;ploiement ostensible de l'arm&#233;e comme l'infanterie de Marine &#224; Valpara&#237;so, une avalanche de fausses rumeurs sur un putsch en cours qui ont suscit&#233; une vraie panique y compris dans l'immigration chilienne en Europe. Ensuite, ce fut l'annonce du retrait du Pr&#233;sident pendant plus de cinq jours, pour &#233;videmment mettre en valeur une solution institutionnelle tomb&#233;e du ciel. La peur du &lt;em&gt;Cuco&lt;/em&gt; (croquemitaine local) d'un coup d'&#201;tat a un peu march&#233;, mais c'est surtout la concession institutionnelle surprenante et mise en sc&#232;ne qui a marqu&#233; les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La mascarade de &#171; l'accord de paix &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour ralentir un mois de mobilisations populaires sur l'ensemble du pays, il fallait sortir un atout magistral au moment o&#249; l'on parlait ouvertement &#8211; et au-del&#224; des milieux militants &#8211; de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. Ce fut donc le 15 novembre un &lt;em&gt;&#171; accord de paix &#187;&lt;/em&gt;, puisque c'est son nom. Un accord entre la majorit&#233; des partis de la Chambre, du gouvernement actuel (avec ses mains pleines de sang et d'argent) et d'une partie de l'opposition de gauche pleine de responsabilit&#233;s et d'amendements. Le&lt;em&gt; Frente Amplio&lt;/em&gt; (cette coalition de la gauche critique, comme ils se pr&#233;sentent) et ses porte-paroles ont mis tout leur poids et leur cr&#233;dit pour obtenir cet accord et &#171; sortir de la crise &#187;.&lt;em&gt; &lt;/em&gt;Le PC et des d&#233;put&#233;s de gauche &#233;cologistes, n'ont pas particip&#233; : ils maintiennent l'id&#233;e d'une destitution (l&#233;gale) du pr&#233;sident. Tout dans ce protocole ne vise qu'&#224; sauver le r&#233;gime et incarner ce qu'on appelle ailleurs en Am&#233;rique latine &lt;em&gt;gatopardismo&lt;/em&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on pourrait traduire par &#171; Gu&#233;pardisme &#187; &#8211; R&#233;f&#233;rence au livre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;em&gt;)&lt;/em&gt;, pour dire simplement : &lt;em&gt;&#171; tout changer pour ne rien changer &#187;.&lt;/em&gt; D'abord un accord de paix implique une guerre (ce sont les termes m&#234;mes de Pi&#241;era) ; or l&#224;, on a tir&#233; sur une foule d&#233;sarm&#233;e. Ensuite l'accord pr&#233;voit un pl&#233;biscite en avril 2020 avec deux s&#233;ries de votes. Premi&#232;rement : &lt;em&gt;&#171; Oui ou non, voulez-vous un changement de Constitution ? &#187;&lt;/em&gt;. Deuxi&#232;mement : voulez-vous ce changement de Constitution soit par un vote du Parlement, une consultation du corps &#233;lectoral, ou une solution mixte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, pour sceller cette mascarade, le protocole engage les signataires &#224; reconna&#238;tre la l&#233;galit&#233; constitutionnelle du pouvoir actuel et &#224; exclure son renversement. Le fait de donner l'impression de c&#233;der sur la Constituante, ou plus pr&#233;cis&#233;ment &#224; la possibilit&#233; d'une r&#233;&#233;criture mod&#233;r&#233;e de la Constitution, a mis pendant 48 heures les mobilisations &#224; l'arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;&#171; Manger des bulletins de vote en avril ? &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Assez vite pourtant, ce protocole a montr&#233; ses limites (et un discr&#233;dit pour les signataires) : &lt;em&gt;&#171; Renoncer &#224; la d&#233;mission de Pi&#241;era ? &#187;, &#171; Manger des bulletins de vote en avril ? &#187;&lt;/em&gt;, comme disent de nombreux travailleurs dans les r&#233;unions et &lt;em&gt;&#171; Se d&#233;lecter d'ici-l&#224; de promesses ? &#187;&lt;/em&gt; O&#249; sont pass&#233;es les revendications sociales et politiques du mouvement ? Faudrait-il se satisfaire d'un coll&#232;ge mixant parlementaires et soci&#233;t&#233; civile qui rendrait des rapports semestriels et une premi&#232;re mouture de Constitution en octobre ? Il n'a pas fallu deux jours pour constater l'arnaque. Certes, la man&#339;uvre donne un pr&#233;texte aux h&#233;sitants pour se d&#233;mobiliser. Mais Pi&#241;era n'en reste pas moins impopulaire tout comme l'ensemble du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpReUlITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlqYjI1emRHbDBkWFJwYjI0dWNHNW5KeUIzYVdSMGFEMGlOakF3SWlCb1pXbG5hSFE5SWpRNU15SWdZV3gwUFNjbklDOCtDand2Wm1sbmRYSmxQZ284TDJScGRqND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Contestations au sein des appareils&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re semaine de novembre a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un reflux des manifestations qui ont perdu en nombre (avec tout de m&#234;me deux initiatives comptant plusieurs centaines de milliers de manifestants), ainsi que par une fermentation politique in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;em&gt;Frente Amplio&lt;/em&gt; a subi de plein fouet le r&#233;sultat de ses dissensions, entre les calculs de la direction visant une solution institutionnelle et une base d&#233;termin&#233;e &#224; ne pas n&#233;gocier pour si peu. Le maire de Valpara&#237;so, Jorge Sharp, l'a compris le premier. Bien qu'ayant appel&#233; les forces de l'ordre &#224; r&#233;tablir le calme dans sa ville, il a d&#233;missionn&#233; de Convergence sociale (une partie du FA) pour ne pas se discr&#233;diter d&#233;finitivement. Le Parti communiste se divise entre sa vieille garde autour de Carmen Hertz et Guillermo Teillier (l&#233;galiste et soucieuse de pr&#233;server son appareil de d&#233;put&#233;s, de mairies et de client&#232;les &#233;lectorales) d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre des secteurs combatifs dans la jeunesse, les milieux populaires et une minorit&#233; syndicale. Si ces divergences ne sont pas rendues publiques, elles se devinent aux h&#233;sitations des d&#233;clarations publiques de la CUT et des organisations larges que le PC influence ; parfois m&#234;me, les annonces sont contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La r&#233;sistance &#224; l'accord institutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;termination des opposants est all&#233;e en se renfor&#231;ant au cours de la semaine. L'Union portuaire en a &#233;t&#233; &#224; la pointe. L'Unit&#233; sociale, constitu&#233;e de 200 organisations syndicales et sociales, s'est rang&#233;e du c&#244;t&#233; du refus des compromis ; la CUT est divis&#233;e, l'Anef (syndicat des travailleurs du public, dirig&#233; par le Parti socialiste) se range aussi du c&#244;t&#233; de ce bloc apr&#232;s un vote tr&#232;s serr&#233; de sa direction. La profondeur de la contestation est telle, qu'elle se r&#233;percute au sein des appareils traditionnels.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Retour sur le 12 novembre : deux millions de gr&#233;vistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 18 novembre, le Centre de recherche politique et sociale du Travail (CIPSTRA) a rendu publique une &#233;tude r&#233;alis&#233;e aupr&#232;s d'un large panel de syndicalistes et de militants de quartier &#224; propos de la gr&#232;ve du 12 novembre. Les faits sont saisissants, et une fois de plus ont surpris les milieux r&#233;volutionnaires avec une semaine de d&#233;calage. Les manifestations ont eu lieu dans 35 villes, dont 24 ont connu des coupures de route, comme l'embl&#233;matique &lt;em&gt;ruta 5&lt;/em&gt; qui d&#233;verse le flux de marchandises et d'hommes hors de Santiago. Ce sont 253 sites de travail qui ont connu des gr&#232;ves effectives, et des centaines d'autres qui se sont retrouv&#233;s paralys&#233;s, impliquant 130 sections syndicales. Les estimations donnent deux millions de gr&#233;vistes (la plus grande gr&#232;ve depuis 1990, soit un quart de la population active ; pour comparer, cela donnerait en France pr&#232;s de six millions de gr&#233;vistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Sant&#233; (malgr&#233; les astreintes) a &#233;t&#233; en gr&#232;ve &#224; 90 %&lt;/strong&gt; : depuis le 21 octobre ce secteur lutte pour ses revendications sp&#233;cifiques, mais aussi politiques (acc&#232;s g&#233;n&#233;ralis&#233; aux soins et un budget des services publics rehauss&#233; &#224; 6 % du produit int&#233;rieur brut).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mines de cuivre&lt;/strong&gt; ont vu les travailleurs sous-traitants (organis&#233;s en deux f&#233;d&#233;rations, CTC et FMC) se mettre en lutte massivement, les gr&#233;vistes s'organisant pour bloquer la sortie de la production, tandis que les mineurs sous contrat et travaillant sur site fixe, organis&#233;s par la Codeco, sont rest&#233;s en retrait avec leur f&#233;d&#233;ration FTC.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs regroup&#233;s dans &lt;strong&gt;les f&#233;d&#233;rations de commerce&lt;/strong&gt; ont eu des taux de 90 % (distribution, restauration, livraisons, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le secteur du b&#226;timent&lt;/strong&gt; a vu les 25 chantiers les plus importants du pays paralys&#233;s (autour du puissant syndicat Sintec) ; des gr&#232;ves de deux heures ont touch&#233; des centaines d'entreprises plus petites et de sous-traitants. Dans ce secteur, les actions ont combin&#233; gr&#232;ves, occupations, manifestations et affrontements organis&#233;s avec la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le secteur des transports&lt;/strong&gt; a vu trois acteurs dans la gr&#232;ve : &lt;strong&gt;les travailleurs des ports&lt;/strong&gt; ont paralys&#233; 25 des 27 ports du pays (leur place strat&#233;gique dans la circulation des flux a &#233;norm&#233;ment perturb&#233; l'ensemble du tissu industriel du pays) ; &lt;strong&gt;les transports publics&lt;/strong&gt; (le mouvement puissant a connu une grande h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; : &#224; Valpara&#237;so la gr&#232;ve du M&#233;tro fut totale, &#224; Concepci&#243;n ce furent les travailleurs en gr&#232;ve qui bloqu&#232;rent les services et facilit&#232;rent les assembl&#233;es, &#224; Santiago les services ont fonctionn&#233; &#224; moiti&#233; sur une plage horaire restreinte, et les actes de sabotage furent tr&#232;s nombreux) ; enfin, &lt;strong&gt;les transporteurs de marchandises&lt;/strong&gt; sur route (une gr&#232;ve importante des &#233;boueurs &#224; Santiago, mais aussi, plus rares pour &#234;tre signal&#233;es, quelques grandes compagnies ont fait des gr&#232;ves deux heures en bloquant les autoroutes, et le syndicat des transporteurs de Coca Cola a fait la gr&#232;ve de 24 heures dans deux r&#233;gions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute la gr&#232;ve des enseignants, en gr&#232;ve &#224; 80 %, celle les travailleurs du public, &#224; 90 %, ainsi que celle des travailleurs des finances, &#224; 40 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le secteur industriel&lt;/strong&gt; fut le moins repr&#233;sent&#233; (mais o&#249; il y a le moins de correspondants) &#224; part les travailleurs du P&#233;trole de Valpara&#237;so et l'Union nationale de l'Agro-industrie du grand Santiago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi sugg&#233;rer l'existence d'&#233;quipes militantes nouvelles et anciennes, dans un pays o&#249; faire gr&#232;ve n'est pas un acte courant. D'autre part, cela t&#233;moigne sans aucun doute d'une effervescence des discussions (au sein de ces m&#234;mes &#233;quipes et aussi entre elles) en amont et en aval des gr&#232;ves. Les contestataires prennent conscience de leur force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpRd0lITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlqYUdsc2FXUXVjRzVuSnlCM2FXUjBhRDBpTnpBd0lpQm9aV2xuYUhROUlqUTFNU0lnWVd4MFBTY25JQzgrQ2p3dlptbG5kWEpsUGdvOEwyUnBkajQ9Ij4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em&gt;1&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;er&lt;/sup&gt; D&#233;cembre&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;La d&#233;mocratie des riches r&#233;prime et assassine&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, Pi&#241;era a fait des d&#233;clarations tr&#232;s dures appelant &#224; renforcer le dispositif de r&#233;pression l&#233;gale, en avan&#231;ant le recrutement d'officiers de police (plus 4 000 sur le terrain en suppl&#233;ment et 2 000 d&#232;s cette semaine). Le go&#251;t de l'&#233;preuve de force ne les a jamais quitt&#233;s, n'en d&#233;plaise aux d&#233;mocrates soucieux de vendre une paix civile pour trois fois rien. Cette ligne dure est illustr&#233;e par plusieurs exemples, histoire de marquer les esprits et d'intimider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de Dauno T&#243;toro, dirigeant du Parti des travailleurs r&#233;volutionnaires (PTR) : il est poursuivi au nom de lois issues directement de la dictature de Pinochet, appel&#233;es lois de S&#233;curit&#233; de l'&#201;tat, pour avoir appel&#233;, comme des millions d'autres, &#224; la d&#233;mission du Pr&#233;sident. La cour a cass&#233; la premi&#232;re proc&#233;dure &#224; l'encontre de ce jeune dirigeant r&#233;volutionnaire ; le gouvernement en a relanc&#233; une autre. Un avertissement destin&#233; aux minorit&#233;s r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent ensuite les assassinats. Un jeune tu&#233; sur la &lt;em&gt;Plaza de la Dignidad&lt;/em&gt; (et de &lt;em&gt;la Rebeli&#243;n&lt;/em&gt;, ajoutent les libertaires), et les &lt;em&gt;street medics&lt;/em&gt; qui le r&#233;animaient charg&#233;s par les carabiniers. Quelques heures apr&#232;s &#171; l'accord de paix &#187;&#8230; C'est aussi l'assassinat atroce d'une artiste de rue, assassin&#233;e deux jours apr&#232;s l'&#233;tat d'urgence, et dont le cas commence &#224; &#234;tre connu gr&#226;ce au travail de ses proches et du syndicat des artistes. Elle a &#233;t&#233; tortur&#233;e &#224; mort, viol&#233;e, et pendue aux grilles d'un parc &#224; la vue de tous. Que faisait-elle ? Elle mimait. En silence elle faisait rire petits et grands sur les petites et grandes questions de la vie. Comme les murs le crient : &#171; &lt;em&gt;Elle fermait sa gueule pour ouvrir son c&#339;ur&lt;/em&gt; &#187;. Daniela Carrasco, un morceau de silence d&#233;chir&#233;. Voil&#224; les artistes, les enchanteurs de la vie, pr&#233;venus. C'est aussi le cas de l'assassinat de cette journaliste photographe, Albertina Mariana Mart&#237;nez Burgos, retrouv&#233;e morte le 21 novembre, dont on a vol&#233; &#171; par le plus grand des hasards &#187; tous les dossiers, archives et reportages en cours. Pour les journalistes aussi, c'est l'avant-go&#251;t de la nouvelle Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La jeunesse toujours aux avant-postes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les jeunes qui portent, en ce moment d'ind&#233;cision, l'essentiel de l'activit&#233; sur les campus, les lyc&#233;es, mais aussi dans les entreprises et les quartiers ; avec tous ces &lt;em&gt;NiNi&lt;/em&gt;, comme on les appelle au Chili, ni &#233;tudiants, ni travailleurs. Au bout d'un mois d'intense activit&#233; militante, ils tiennent bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des affrontements avec la police militaire, ils font preuve d'un courage insens&#233; : ils montent sur les v&#233;hicules blind&#233;s en mouvement pour ouvrir les sas et y lancer des grenades lacrymog&#232;nes r&#233;cup&#233;r&#233;es. Avec organisation, ils prot&#232;gent les manifestations en constituant cinq lignes de front : la premi&#232;re re&#231;oit le choc et prot&#232;ge (avec des bidons d'acier coup&#233;s en deux en guise de boucliers pour constituer une ligne) ; une seconde est offensive pour riposter avec des frondes et des cocktails Molotov ; la troisi&#232;me &#233;teint les grenades lacrymog&#232;nes, collecte les projectiles, r&#233;pare les barricades ; la suivante soigne et &#233;vacue les bless&#233;s ; la derni&#232;re ligne distribue de quoi tenir face aux gaz, donne les consignes par m&#233;gaphones. Tout ceci s'op&#232;re &#224; plusieurs milliers, et sur toutes les grandes villes ! Mais ces jeunes aiguisent aussi les consciences dans des assembl&#233;es qui se coordonnent d&#233;j&#224; &#224; Valpara&#237;so et qui se r&#233;unissent maintenant &#224; Santiago en reliant 34 assembl&#233;es de quartier. Ce furent aussi les mobilisations des femmes au cours de la journ&#233;e contre les violences et f&#233;minicides et le d&#233;sormais fameux slam qui a fait le tour du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;termination a permis aux secteurs du monde du travail de reprendre courage. Un compromis a &#233;t&#233; obtenu entre les partisans d'une gr&#232;ve illimit&#233;e et ceux d'une de 48 heures : trois jours de gr&#232;ve nationale, les 25, 26 et 27 novembre, avec diff&#233;rentes modalit&#233;s selon les secteurs. La CUT a tard&#233; &#224; donner sa r&#233;ponse, ses annonces publiques sont confuses et indiquent les fissures entre les directions et la pression de la base. La gr&#232;ve fut cons&#233;quente mais ce sont les travailleurs des secteurs publics (sant&#233; et &#233;ducation) qui ont tenu la rampe, les syndicats du Cuivre restant en retrait et les sections des Unions portuaires de San Antonio (le plus grand port d'exportation) et de Valpara&#237;so n'ont pas coordonn&#233; leur actions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpReElITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlqYUdsc2FXOWxhV3d1Y0c1bkp5QjNhV1IwYUQwaU5qQXdJaUJvWldsbmFIUTlJalEyTkNJZ1lXeDBQU2NuSUM4K0Nqd3ZabWxuZFhKbFBnbzhMMlJwZGo0PSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;em&gt;3 d&#233;cembre&lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic2xvZ2FuX2NlbnRyZSI+'&gt;&lt;/span&gt;Autant de raisons de continuer la lutte&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re semaine de novembre le mouvement a marqu&#233; une pause, malgr&#233; des manifestations encore importantes mais restreintes aux couches les plus politis&#233;es. Les discussions se poursuivent et le nombre des organisations et collectifs oppos&#233;s &#224; l'op&#233;ration constitutionnelle, la &#171; cuisine &#187; disent les Chiliens, ne cesse de grandir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement a l&#226;ch&#233; cinq milliards de dollars pour &#233;teindre la col&#232;re (avec des bons de pr&#232;s de 120 euros par famille), de quoi &#233;ponger quelques dettes, mais rien sur le fond et tout le monde en convient. &#192; la veille de l'&#233;t&#233; austral, cette pause n'est qu'apparente. La bourgeoisie laisse filtrer l'id&#233;e de se d&#233;barrasser de &lt;em&gt;Pi&#241;era&lt;/em&gt;. Sa cote de popularit&#233; de 4 % ne l'aide pas. Il incarne avec sa famille tout un monde ancien qui fait vomir une soci&#233;t&#233; enti&#232;re : son fr&#232;re fut le promoteur des retraites priv&#233;es et des fonds de pensions et conseiller &#233;conomique de la junte militaire ; son cousin Andr&#233;s Chadwick, ancien ministre de l'Int&#233;rieur, est menac&#233; de proc&#232;s pour atteintes aux droits de l'Homme ; et un oncle grand eccl&#233;siastique de l'&#201;glise catholique, est accus&#233; de viols sur mineurs. Mais Sebasti&#225;n Pi&#241;era n'aura pas tout perdu : en d&#233;but de semaine, le 3 d&#233;cembre, le magazine &lt;em&gt;Forbes&lt;/em&gt; a donn&#233; le classement annuel des plus riches : Pi&#241;era gagne plus de 50 places&#8230; le pla&#231;ant d&#233;sormais &#224; la cinqui&#232;me place des Chiliens les plus riches avec une fortune estim&#233;e &#224; 2,8 milliards de dollars. Autant de raisons de continuer la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 6 d&#233;cembre 2019 , Tristan Katz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0ic3BpcF9lbmNhZHJlIj4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&#192; l'heure o&#249; nous bouclons cet article, Santiago a connu hier, vendredi 6 d&#233;cembre, au bout de 50 jours de r&#233;volte, une manifestation de 250 000 participants, avec des affrontements tr&#232;s durs. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur signale, pour le grand Santiago, 141 attaques organis&#233;es contre la police dont 41 commissariats. Ils &#233;taient &#233;galement des centaines de milliers dans toutes les villes importantes du pays, Valpara&#237;so, Concepci&#243;n, Antofagasta. Le vote du maintien du syst&#232;me des retraites priv&#233;es, avec le soutien de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, ne va pas dissiper la col&#232;re des travailleurs et des pauvres du Chili.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En &#201;quateur, le mouvement initi&#233; le 2 octobre suite &#224; des hausses des carburant par le gouvernement de Lenin Moreno a &#233;t&#233; suivi d'une explosion sociale puis d'un couvre-feu sans pr&#233;c&#233;dent depuis la dictature des ann&#233;es 1970. Le parlement de Quito a &#233;t&#233; pris par les insurg&#233;s, le gouvernement a d&#251; fuir sur Guayaquil, c&#339;ur &#233;conomique du pays, avant un accord et une tr&#234;ve sociale entre le gouvernement et les organisations sociales pr&#233;tendument radicales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Article de Luis Sep&#250;lveda, dans le Monde diplomatique de d&#233;cembre 2019, intitul&#233; &#171; Chili, l'oasis ass&#233;ch&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;El Porte&#241;o de Valpara&#237;so et Werken Rojo de Santiago : ces deux collectifs regroupent des militants trotskistes ind&#233;pendants souvent issus de la Ligue internationale des travailleurs (LIT), des marxistes non affili&#233;s, des syndicalistes implant&#233;s dans la ville portuaire et des militants trotskistes du Comit&#233; pour une Internationale ouvri&#232;re (CIO) &#8211; Socialismo Revolucionario, ainsi que de militants issus de scissions de gauche du Parti socialiste pr&#233;sents dans des secteurs syndicaux, tr&#232;s actifs dans la campagne nationale contre les retraites priv&#233;es, et par ce biais pr&#233;sents dans l'Unidad Social).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Que l'on pourrait traduire par &#171; Gu&#233;pardisme &#187; &#8211; R&#233;f&#233;rence au livre de Lampedusa, Le Gu&#233;pard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le poids du pass&#233;, les nouvelles t&#226;ches
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-poids-du-passe-les-nouvelles-taches</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-poids-du-passe-les-nouvelles-taches</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Chili
</dc:subject>

		<description>Le mythe national &lt;br /&gt;La devise de la r&#233;publique du Chili, d&#233;clin&#233;e sur les monuments publics et les monnaies, est &#171; Por la raz&#243;n o por la fuerza &#187;, par la raison ou par la force ; mais los rotos (&#8216;les moins que rien') savent que ce ne fut jamais la raison qui pr&#233;valu dans cette r&#233;publique des riches. Pourtant, alors que les in&#233;galit&#233;s sont patentes et l'intervention des masses &#233;clatante, l'id&#233;e de lutte des classes n'est pas si partag&#233;e, tant p&#232;se le poids du nationalisme. &lt;br /&gt;Born&#233; par&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Le mythe national&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La devise de la r&#233;publique du Chili, d&#233;clin&#233;e sur les monuments publics et les monnaies, est &#171; &lt;em&gt;Por la raz&#243;n o por la fuerza &lt;/em&gt; &#187;, par la raison ou par la force ; mais &lt;em&gt;los rotos&lt;/em&gt; (&#8216;les moins que rien') savent que ce ne fut jamais la raison qui pr&#233;valu dans cette r&#233;publique des riches. Pourtant, alors que les in&#233;galit&#233;s sont patentes et l'intervention des masses &#233;clatante, l'id&#233;e de lutte des classes n'est pas si partag&#233;e, tant p&#232;se le poids du nationalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Born&#233; par le d&#233;sert le plus aride au monde au nord, les froides terres australes au sud, ench&#226;ss&#233; entre l'oc&#233;an Pacifique et la barri&#232;re min&#233;rale de la cordill&#232;re des Andes, le Chili se vit comme une &#238;le. Cette configuration g&#233;ographique a aid&#233; la bourgeoisie chilienne &#224; creuser la distance avec les autres peuples et nations voisines en formation, malgr&#233; la proximit&#233; d'une langue commune. Au-del&#224; du r&#233;cit national de l'ind&#233;pendance, le Chili a &#233;t&#233; fait par le sang et les guerres (contre les Mapuche au sud pendant trois si&#232;cles, contre la Bolivie et le P&#233;rou avec la conqu&#234;te des zones de salp&#234;tre et plus tard de cuivre dans le Nord). Cette expansion a consolid&#233; la naissance d'une bourgeoisie ins&#233;r&#233;e depuis toujours dans les grands cycles du march&#233; mondial. Mais la greffe espagnole, bient&#244;t suivie dans le dernier tiers du xixe si&#232;cle d'un peuplement europ&#233;en du Nord, s'est faite sur la d&#233;faite des peuples originaires. En d&#233;pit de ce consensus national et catholique, restent le m&#233;tissage et la part indienne du Chili. Rompre les liens avec la bourgeoisie, qu'incarne ce nationalisme ombrageux, est vital pour r&#233;aliser l'unit&#233; des travailleurs &#224; l'int&#233;rieur du pays (en reconnaissant dans les faits cette identit&#233; plurinationale). Mais aussi au regard du prol&#233;tariat des autres nations de l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce nationalisme n'est pas seulement visible dans les matchs de football, il est inscrit largement dans la vie sociale du pays : la x&#233;nophobie &#224; l'&#233;gard des Boliviens, P&#233;ruviens, &#201;quatoriens et plus r&#233;cemment Ha&#239;tiens l'atteste chaque jour. La perspective d'&#201;tats-Unis socialistes d'Am&#233;rique n&#233;cessiterait des gestes forts de la part d'un mouvement des exploit&#233;s du Chili : comme, par exemple, permettre &#224; la Bolivie l'acc&#232;s &#224; l'oc&#233;an Pacifique pour d&#233;senclaver ce pays d&#233;pec&#233; avec la complicit&#233; active des puissances imp&#233;rialistes. Et si &#224; ce sujet on ajoute la question des droits des Mapuche, voil&#224; la recette pour g&#226;cher bien des repas de famille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Le mythe r&#233;publicain et d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'id&#233;alisation par la droite, mais aussi par la gauche, du caract&#232;re r&#233;publicain et d&#233;mocratique du Chili, dont le coup d'&#201;tat de 1973 n'aurait &#233;t&#233; qu'un accident. Pourtant le Chili a connu tous les r&#233;gimes possibles. Ses Constitutions successives ont &#233;t&#233; b&#226;ties sur le d&#233;ni des droits des peuples opprim&#233;s et par une guerre de classe violente men&#233;e par la bourgeoisie depuis sa naissance contre tous les exploit&#233;s, quelles que fussent leurs origines. Ex&#233;cutions sommaires, extermination syst&#233;matique, massacres de gr&#233;vistes comme celui de l'&#233;cole Santa Mar&#237;a de Iquique o&#249; furent massacr&#233;s en 1907 plus de 3 000 mineurs avec leurs &#233;pouses et enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce mythe d&#233;mocratique s'ajoute bien s&#251;r la trag&#233;die du gouvernement de l'Unit&#233; populaire (1970-1973). Soutenu par un gouvernement de coalition de la gauche et d'un secteur de la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, Allende avait pr&#233;tendu trouver une voie pacifique vers le socialisme. Son programme social, pourtant mod&#233;r&#233;, a trouv&#233; la bourgeoisie chilienne sur son chemin. Forte de son exp&#233;rience sanglante pass&#233;e, du contexte de guerre froide de lutte contre le communisme, de l'appui de sa presse, desdites classes moyennes et des conseils avis&#233;s du gouvernement am&#233;ricain, la fin brutale et sanglante &#233;tait &#233;crite. Au point que tous les t&#233;moins et militants savaient l'imminence d'un coup d'&#201;tat. La gauche n'a pas mis&#233; sur la mobilisation des travailleurs mais sur les institutions, la l&#233;galit&#233; plut&#244;t que les comit&#233;s ouvriers (&lt;em&gt;cordones industriales&lt;/em&gt;). Pour &#171; &#233;viter la guerre civile &#187; il fallait&#8230; &#171; d&#233;sarmer les travailleurs &#187;, disaient bruyamment les socialistes et les communistes, avec les mots d&#233;mocratie et l&#233;galit&#233; plein la bouche. Le r&#233;sultat fut terrible. Au Chili mais aussi dans le reste de l'Am&#233;rique latine qui se couvrit de dictatures. C'est que les bourgeoisies du continent prennent la lutte des classes au s&#233;rieux : de 1973 &#224; 1985 plus de 350 000 militants de gauche (ou suppos&#233;s) furent assassin&#233;s du Rio Bravo &#224; la Patagonie, dont plus de la moiti&#233; en Am&#233;rique centrale et plus de 30 000 en Argentine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Ce qui se discute aujourd'hui parmi les militants r&#233;volutionnaires chiliens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les illusions se sont pay&#233;es tr&#232;s cher, par plus d'une g&#233;n&#233;ration. Le l&#233;galisme, le dialogue et le r&#233;formisme ne font plus recette. Reste &#224; fixer les nouvelles t&#226;ches du profond soul&#232;vement social et politique actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'heure, l'aspiration &#224; une authentique repr&#233;sentation d&#233;mocratique de la population se cristallise derri&#232;re la revendication d'une assembl&#233;e constituante, semble-t-il assez largement partag&#233;e. En sachant que chacun met ce qu'il souhaite sous ce mot d'ordre flou. Les assembl&#233;es (cabildos) qui essaiment d&#233;sormais dans le pays pourront-elles pr&#233;figurer de nouveaux contrepouvoirs populaires, jusqu'&#224; se coordonner au niveau national en instaurant un authentique double pouvoir&#8230; et ses suites r&#233;volutionnaires ? Pour l'heure, on en est loin, bien s&#251;r. Reste qu'il existe aujourd'hui de nombreux militants r&#233;volutionnaires, dont trotskistes, dont bon nombre n'ont d'ailleurs plus d'appartenance de groupe, mais qui disposent d'une grande exp&#233;rience et ont pour la plupart tir&#233; les le&#231;ons des ann&#233;es 1970. L&#224; o&#249; ils sont, dans la chaleur de la lutte politique des travailleurs et de la jeunesse, il est sans doute &#224; leur port&#233;e d'inspirer cette d&#233;mocratie &#224; la base. Resterait bien s&#251;r &#224; &#233;laborer un programme politique r&#233;volutionnaire, avec comme fil rouge le contr&#244;le par les travailleurs des &#233;pisodes politiques en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations militantes se c&#244;toient et pourraient faire fusionner leurs exp&#233;riences et offrir de v&#233;ritables perspectives politiques r&#233;volutionnaires. Apr&#232;s tout, c'est aussi dans ces circonstances que peut se cr&#233;er un parti r&#233;volutionnaire capable de se mettre &#224; la t&#234;te d'un tel tsunami social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.K.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La croissance &#233;conomique au c&#339;ur de la polarisation sociale, de l'explosion des in&#233;galit&#233;s
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/La-croissance-economique-au-coeur-de-la-polarisation-sociale-de-l-explosion-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/La-croissance-economique-au-coeur-de-la-polarisation-sociale-de-l-explosion-des</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Chili
</dc:subject>

		<description>L'insertion du Chili au march&#233; mondial, son insularit&#233;, en a fait un laboratoire pour les apprentis sorciers de la mondialisation capitaliste. Cette puissance agricole et de mati&#232;res premi&#232;res, du charbon, en passant plus tard par le salp&#234;tre, puis le cuivre et aujourd'hui le lithium, en fait un pays riche peupl&#233; de pauvres, une puissance interm&#233;diaire dans la concurrence internationale. Le pays et son mod&#232;le &#233;conomique dit n&#233;olib&#233;ral a &#233;t&#233; vant&#233; par tous les gouvernements&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'insertion du Chili au march&#233; mondial, son insularit&#233;, en a fait un laboratoire pour les apprentis sorciers de la mondialisation capitaliste. Cette puissance agricole et de mati&#232;res premi&#232;res, du charbon, en passant plus tard par le salp&#234;tre, puis le cuivre et aujourd'hui le lithium, en fait un pays riche peupl&#233; de pauvres, une puissance interm&#233;diaire dans la concurrence internationale. Le pays et son mod&#232;le &#233;conomique dit n&#233;olib&#233;ral a &#233;t&#233; vant&#233; par tous les gouvernements conservateurs pour ses r&#233;gressions sociales : droit du travail minimum et retraites priv&#233;es, avec le d&#233;sormais syst&#232;me plan&#233;taire de fonds de pension. Mais le terme n&#233;olib&#233;ral est trompeur puisqu'il sous entend une disparition du r&#244;le de l'&#201;tat au profit des m&#233;canismes purs du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Au xixe si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Or le Chili s'est construit autour de l'&#201;tat bourgeois n&#233; imm&#233;diatement apr&#232;s l'Ind&#233;pendance, pr&#233;c&#233;dant la formation de la nation chilienne, d'abord comme acteur &#233;conomique et toujours comme garant d'un compromis de classe favorable &#224; l'oligarchie. Le pays avait exp&#233;riment&#233; au d&#233;but du xixe si&#232;cle, sous la pr&#233;sidence de Diego Portales, une modernisation autoritaire par le haut anticipant de quarante ans le mod&#232;le allemand de Bismarck. Mais aussi des exp&#233;riences bas&#233;es sur la stimulation de la demande, &#224; la fin du xixe et avant la Seconde Guerre mondiale, toujours sous l'autorit&#233; de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Sous l'Unit&#233; populaire en 1972&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Moins connue, l'exp&#233;rience de cybern&#233;tique &#233;conomique initi&#233;e par l'Unit&#233; populaire en 1972, avec programmation informatique, gestion &#224; distance de la demande, organisation de cha&#238;nes logistiques. Ces innovations de &#171; gauche &#187; pr&#233;figurent ce que deviendront les r&#233;seaux sociaux, et les commandes d'achats &#224; distance, les forums de discussion. Il y avait l&#224;, venant de la part des r&#233;formistes bien entendu, la volont&#233; de minimiser le poids des transporteurs (oppos&#233;s &#224; l'Unit&#233; populaire) mais surtout de r&#233;guler par l'&#201;tat les besoins sociaux des travailleurs sans leur intervention consciente.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Du coup d'&#201;tat de Pinochet&#8230; &#224; 2019&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsqu'on parle d'&#233;conomie chilienne, ce sont les exp&#233;rimentations des &#233;conomistes de l'&#233;cole de Chicago et dudit miracle &#233;conomique qui viennent &#224; l'esprit. Pour r&#233;aliser ce programme, il a fallu, avec l'aide de la CIA, un coup d'&#201;tat en 1973, qui n'est pas &#224; proprement parler un retrait&#8230; de l'&#201;tat. Ce putsch a constitu&#233; une restauration dictatoriale de l'ancien ordre social, un renforcement du pouvoir politique central et le pari fr&#233;n&#233;tique de la bourgeoisie chilienne de trouver sa place sur le march&#233; mondial. De la plus brutale des fa&#231;ons, l'&#201;tat a pu aider la bourgeoisie &#224; discipliner la force de travail en &#233;clatant les droits sociaux et les cadres de d&#233;fense collective, &#224; r&#233;duire le poids social et politique de la classe ouvri&#232;re industrielle, &#224; d&#233;velopper les m&#233;canismes financiers d'endettement priv&#233;, &#224; moderniser le syst&#232;me bancaire, &#224; privatiser tout ce qui est possible et imaginable. L'eau est priv&#233;e au Chili, et avec humour on dit encore qu'il est plus facile d'ouvrir une &#233;cole priv&#233;e qu'une boucherie, cette derni&#232;re n&#233;cessitant au moins un certificat v&#233;t&#233;rinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise sociale actuelle n'est pas un sympt&#244;me d'un mauvais fonctionnement du capitalisme chilien. Au contraire, il produit croissance des profits, des in&#233;galit&#233;s en cascade, pillage de la nature, au b&#233;n&#233;fice d'une minorit&#233;. Et l'&#201;tat garantit cet ordre social, c'est bien normal puisqu'il s'agit d'un &#201;tat bourgeois et non d'une institution neutre. Aujourd'hui la Banque centrale du Chili injecte 20 milliards de dollars pour soutenir le peso, et les carabiniers agissent avec fermet&#233; pour assurer cet &#233;quilibre. La croissance &#233;conomique est au c&#339;ur de cette polarisation sociale. Entre 1985 et 2017, le PIB par habitant a cr&#251; de 3,5 % (&#224; l'exception des ann&#233;es 1999 et 2009), la pauvret&#233; absolue (moins de 5,5 dollars par jour) a recul&#233;, passant de 30 % en 2000 &#224; 6,4 % en 2017, mais le travail pr&#233;caire repr&#233;sente 40 % de la force de travail. Les in&#233;galit&#233;s ont explos&#233; en revanche, les 10 % les plus riches gagnent 32 fois plus que les 10 % les plus pauvres et la majeure partie du patrimoine national repose sur quelques familles. Le po&#232;te chilien Nicanor Parra (1914-2018) le r&#233;sumait avec humour, et c'est devenu un adage : &lt;em&gt;&#171; deux personnes ont deux pains, l'une mange les deux et la moyenne fait un pain pour chacune, voil&#224; le Chili &#187;.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie est si consciente du r&#244;le de l'&#201;tat qu'elle nous le rappelle avec la r&#233;pression, mais aussi avec les avantages qu'elle procure &#224; son personnel politique. L'historien chilien marxiste Gabriel Salazar parle d'une v&#233;ritable classe politique, et non d'&#233;lite, depuis la naissance de la R&#233;publique. S'il force un peu le trait, bien des exemples lui donnent plut&#244;t raison : la retraite des pr&#233;sidents chiliens est sup&#233;rieure &#224; celle des pr&#233;sidents am&#233;ricains, le pr&#233;sident du S&#233;nat touche plus que le roi d'Espagne, la retraite des militaires&#8230; est publique (l'arm&#233;e touche presque un dixi&#232;me des revenus du cuivre pour se financer), et les d&#233;put&#233;s chiliens touchent 24 000 dollars de traitement (contre pr&#232;s de 6 500 en France). Bref, un &#201;tat bourgeois exemplaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;T.K.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Chile Despert&#243; (le Chili s'est r&#233;veill&#233;) en quelques dates
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Chile-Desperto-le-Chili-s-est-reveille-en-quelques-dates</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Chile-Desperto-le-Chili-s-est-reveille-en-quelques-dates</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:13Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>

		<description>14-17 octobre : d&#233;but des op&#233;rations de fraudes massives des lyc&#233;ens qui prennent de l'ampleur, le 17 avec des difficult&#233;s mais un &#233;cho de plus en plus favorable. 18 octobre : d&#233;but des affrontements massifs avec la Police du m&#233;tro : le mouvement devient massif, populaire, en impliquant des milliers de participants. Blocage du m&#233;tro, et successions d'incendies. 19 octobre : &#201;tat d'urgence pour la premi&#232;re fois depuis la fin de la dictature en 1990. 20 octobre : d&#233;claration du&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 14-17 octobre : d&#233;but des op&#233;rations de fraudes massives des lyc&#233;ens qui prennent de l'ampleur, le 17 avec des difficult&#233;s mais un &#233;cho de plus en plus favorable.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 18 octobre : d&#233;but des affrontements massifs avec la Police du m&#233;tro : le mouvement devient massif, populaire, en impliquant des milliers de participants. Blocage du m&#233;tro, et successions d'incendies.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 19 octobre : &#201;tat d'urgence pour la premi&#232;re fois depuis la fin de la dictature en 1990.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 20 octobre : d&#233;claration du pr&#233;sident Pi&#241;era : &#171; Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant et implacable, qui ne respecte rien ni personne, et avec une violence sans limites &#187;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 25 octobre : la plus grande manifestation nationale qu'ait connu le Chili, plus d'un million &#224; Santiago.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 30 octobre : Cop 25 au Chili et APEC annul&#233;es.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 10 novembre : premi&#232;res ouvertures sur une nouvelle Constitution.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 12 novembre : succ&#232;s de la grande gr&#232;ve nationale interprofessionnelle.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 15 novembre : accord entre les partis qui soutiennent le gouvernement et l'opposition parlementaire (&#224; l'exception du PC) pour une proc&#233;dure et un calendrier pour la r&#233;&#233;criture de la Constitution et la reconnaissance du caract&#232;re l&#233;gal et l&#233;gitime des mesures de r&#233;pression.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 23 novembre : excuses de Pi&#241;era pour &#171; les exc&#232;s &#187; et reconnaissance officielle de 23 victimes.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 24 novembre : &#224; nouveau les militaires dans la rue mais sans &#201;tat d'urgence.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; 6 d&#233;cembre : une manifestation de 250 000 participants, avec des affrontements tr&#232;s durs.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &#192; Santiago : 141 attaques organis&#233;es contre la Police dont 41 commissariats.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Des centaines de milliers dans toutes les villes importantes du pays, Valpara&#237;so, Concepci&#243;n, Antofagasta.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Glossaire et carte
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Glossaire-11880</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Glossaire-11880</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Chili
</dc:subject>

		<description>La Centrale unitaire des travailleurs (CUT) fut recr&#233;&#233;e en 1988. C'est la conf&#233;d&#233;ration syndicale la plus importante du Chili. Forte de pr&#232;s de 500 000 membres, elle est tr&#232;s implant&#233;e dans les secteurs publics, la sant&#233;, les banques. La Mesa de Unidad Social : plateforme d'organisations syndicales dont la CUT, le syndicat de l'&#201;ducation, les syndicats de la Sant&#233;, l'Union portuaire entre autres, et pr&#232;s de 200 organisations de lutte, associations nationales et locales r&#233;unissant&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La Centrale unitaire des travailleurs (CUT) &lt;/strong&gt; fut recr&#233;&#233;e en 1988. C'est la conf&#233;d&#233;ration syndicale la plus importante du Chili. Forte de pr&#232;s de 500 000 membres, elle est tr&#232;s implant&#233;e dans les secteurs publics, la sant&#233;, les banques.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;La Mesa de Unidad Social&lt;/strong&gt; : plateforme d'organisations syndicales dont la CUT, le syndicat de l'&#201;ducation, les syndicats de la Sant&#233;, l'Union portuaire entre autres, et pr&#232;s de 200 organisations de lutte, associations nationales et locales r&#233;unissant les collectifs contre les retraites priv&#233;es, les groupes &#233;cologistes radicaux de d&#233;fense des biens communs comme l'eau, des r&#233;seaux de d&#233;fense des droits des peuples originaires, des r&#233;seaux de locataires, etc.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le Parti communiste&lt;/strong&gt; : si l'organisation n'a plus l'audience de masse du temps de l'Unit&#233; populaire, elle garde un cr&#233;dit politique du fait de sa r&#233;sistance (y compris arm&#233;e) &#224; la dictature et de l'implication de nombre de ses militants dans des luttes, comme Camila Vallejo ex-dirigeante &#233;tudiante aujourd'hui d&#233;put&#233;e. Cependant le parti a connu une institutionnalisation depuis le gouvernement de gauche de Bachelet : int&#233;gration dans les mairies (client&#233;lisme et fonctionnaires municipaux), les syndicats de travailleurs et d'&#233;tudiants. 50 000 membres dont pr&#232;s d'un tiers avec des mandats.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Le Frente Amplio (Front large)&lt;/strong&gt; est une coalition &#233;lectorale regroupant des scissions du PC et du PS, allant de l'extr&#234;me gauche au r&#233;formisme lib&#233;ral. Se pose comme une troisi&#232;me force (16 % en 2017 aux &#233;lections l&#233;gislatives), pour casser l'alternance. Des porte-paroles connus, issus du mouvement &#233;tudiant de 2006. Avec une ligne proche de Podemos en Espagne, elle garde un certain prestige politique mais est entr&#233;e dans une crise profonde depuis l'approfondissement du mouvement.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;L'Union portuaire (Union Portuaria de Chile&lt;strong&gt; &lt;em&gt; - &lt;/em&gt; &lt;/strong&gt;UPCH)&lt;/strong&gt; : regroupe les syndicats de 24 ports et terminaux du Chili, organisant les dockers, les travailleurs de la logistique, les chauffeurs. Dans un pays int&#233;gr&#233; au march&#233; mondial par les voies maritimes du Pacifique, ils ont un r&#244;le cl&#233; dans la circulation des marchandises. Si San Antonio est le plus grand port et la plus importante section, c'est celle de Valpara&#237;so &#8211; anim&#233;e par la gauche syndicale ind&#233;pendante du PC et PS &#8211; qui a la ligne la plus combative et qui refuse la sortie institutionnelle de la crise &#224; ce jour.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpRMUlITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb2dQR0VnYUhKbFpqMGlTVTFITDJwd1p5OWpZWEowWldOb2FXeHBMbXB3WnlJZ0lHTnNZWE56UFNKemNHbHdYMlJ2WTE5c2FXVnVJRzFsWkdsaFltOTRJaUIwZVhCbFBTSnBiV0ZuWlM5cWNHVm5JajRLQ1FrOGFXMW5JSE55WXowblNVMUhMMnB3Wnk5allYSjBaV05vYVd4cExtcHdaeWNnZDJsa2RHZzlJalk0TUNJZ2FHVnBaMmgwUFNJeE1Ua3hJaUJoYkhROUp5Y2dMejQ4TDJFK0Nqd3ZabWxuZFhKbFBnbzhMMlJwZGo0PSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La r&#233;pression
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/La-repression</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/La-repression</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>R&#233;pression
</dc:subject>
		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Chili
</dc:subject>

		<description>L'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233; le 18 octobre pendant quelques jours, dans onze r&#233;gions dont tous les grands centres urbains qui ont subi un couvre-feu, parfois d&#232;s 18 heures ; la capitale Santiago est alors pass&#233;e sous le commandement direct de l'arm&#233;e. Le bilan provisoire est difficile &#224; &#233;valuer avec pr&#233;cision, et les organisations sociales enregistrent seulement les plaintes enregistr&#233;es et les faits sourc&#233;s et recoup&#233;s. Cela explique leur tr&#232;s probable sous-estimation assum&#233;e pour&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Le-soulevement-au-Chili-" rel="directory"&gt;Le soul&#232;vement au Chili
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Repression-+" rel="tag"&gt;R&#233;pression
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Chili-+" rel="tag"&gt;Chili
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;tat d'urgence a &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233; le 18 octobre pendant quelques jours, dans onze r&#233;gions dont tous les grands centres urbains qui ont subi un couvre-feu, parfois d&#232;s 18 heures ; la capitale Santiago est alors pass&#233;e sous le commandement direct de l'arm&#233;e. Le bilan provisoire est difficile &#224; &#233;valuer avec pr&#233;cision, et les organisations sociales enregistrent seulement les plaintes enregistr&#233;es et les faits sourc&#233;s et recoup&#233;s. Cela explique leur tr&#232;s probable sous-estimation assum&#233;e pour assurer leur cr&#233;dibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;nombre pr&#232;s de 26 morts (dont une partie au cours d'incendies provoqu&#233;s par l'arm&#233;e, les vigiles lors d'op&#233;rations de saisie populaires dans des magasins alimentaires ou de v&#234;tements), pr&#232;s de 2 000 bless&#233;s par armes &#224; feu, 241 cas d'&#233;nucl&#233;ation suite aux tirs &#224; la chevrotine, 106 cas de viols, 517 cas de tortures, plus de 18 000 arrestations selon un rapport publi&#233; dans le journal conservateur &lt;em&gt;El Mercurio &lt;/em&gt;le 4 d&#233;cembre. L'usage de l'&#233;tat d'urgence, une premi&#232;re depuis la fin de la dictature, le d&#233;ploiement de pr&#232;s de 10 000 soldats auxquels s'ajoute le corps de la police militaire (&lt;em&gt;Carabineros&lt;/em&gt;) de sinistre m&#233;moire, donnent la mesure du danger pressenti par la bourgeoisie chilienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont le plancher, v&#233;rifi&#233; par des enqu&#234;tes, et sont largement en dessous des chiffres r&#233;els qui seront reconstitu&#233;s plus tard. Bien des bless&#233;s ne sont pas venus aux services des urgences pour des raisons de budget ou de s&#233;curit&#233;, des ex&#233;cutions sommaires ont pu &#234;tre document&#233;es dans les banlieues pauvres, des enl&#232;vements provisoires de militants ont &#233;t&#233; mis en sc&#232;ne. Le potentiel de l'appareil d'&#201;tat n'a pas &#233;t&#233; encore pleinement d&#233;ploy&#233;. Reste l'alternative d'un v&#233;ritable raz-de-mar&#233;e prol&#233;tarien, d'une rupture radicale avec l'ordre social issu de la dictature de Pinochet (1973-1988).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bolivie : Chute d'Evo Morales : la fin d'un r&#233;gime qui s'&#233;tait lui-m&#234;me d&#233;consid&#233;r&#233; aux yeux des populations pauvres qui l'avaient port&#233; au pouvoir
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Chute-d-Evo-Morales-la-fin-d-un-regime-qui-s-etait-lui-meme-deconsidere-aux</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Chute-d-Evo-Morales-la-fin-d-un-regime-qui-s-etait-lui-meme-deconsidere-aux</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie
</dc:subject>

		<description>Le 24 novembre, apr&#232;s plusieurs jours de n&#233;gociations, la pr&#233;sidente par int&#233;rim autoproclam&#233;e de la Bolivie, Jeanine &#193;&#241;ez, ex-vice-pr&#233;sidente (centre-droit) de la chambre des s&#233;nateurs, signait un accord avec les parlementaires du MAS, le mouvement d'Evo Morales, pour mettre en place de nouvelles &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives&#8230; sans l'ancien pr&#233;sident r&#233;fugi&#233; au Mexique. &#192; cette occasion, Bible &#224; la main, elle posait fi&#232;rement devant les cam&#233;ras, en compagnie d'une &#233;lue&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Bolivie-463-" rel="directory"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Bolivie-+" rel="tag"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 24 novembre, apr&#232;s plusieurs jours de n&#233;gociations, la pr&#233;sidente par int&#233;rim autoproclam&#233;e de la Bolivie, Jeanine &#193;&#241;ez, ex-vice-pr&#233;sidente (centre-droit) de la chambre des s&#233;nateurs, signait un accord avec les parlementaires du MAS, le mouvement d'Evo Morales, pour mettre en place de nouvelles &#233;lections pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives&#8230; sans l'ancien pr&#233;sident r&#233;fugi&#233; au Mexique. &#192; cette occasion, Bible &#224; la main, elle posait fi&#232;rement devant les cam&#233;ras, en compagnie d'une &#233;lue indienne du MAS en brandissant le document sign&#233;. Ces transactions revenaient de fait &#224; l&#233;galiser le coup d'&#201;tat du 10 novembre. L'accord des d&#233;put&#233;s du MAS, majoritaires &#224; l'assembl&#233;e, &#233;tait en effet n&#233;cessaire pour donner un semblant de l&#233;gitimit&#233; au putsch et tenter de mettre fin aux manifestations de protestation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Morales comptait davantage sur l'arm&#233;e que sur la population&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Car c'est bien d'un coup d'&#201;tat dont on peut parler, dans ce pays qui en a d&#233;j&#224; connu 188 depuis sa cr&#233;ation en 1825, Morales ayant &#233;t&#233; fortement incit&#233; &#224; abandonner le pouvoir par son chef d'&#233;tat-major, le g&#233;n&#233;ral Williams Kaliman, qui d&#233;clarait pourtant r&#233;guli&#232;rement &#234;tre &#171; son fr&#232;re &#187;. Le g&#233;n&#233;ral lui-m&#234;me n'en a pas &#233;t&#233; r&#233;compens&#233; : Jeanine &#193;&#241;ez, la nouvelle pr&#233;sidente par int&#233;rim s'est empress&#233;e de le remplacer par un autre, le g&#233;n&#233;ral Carlos Orellana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales n'avait pourtant pas cess&#233; de choyer l'arm&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morales a notamment offert aux galonn&#233;s un centre de commandement et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que ce soit par des augmentations de solde, par du mat&#233;riel militaire ou des louanges. Une arm&#233;e sur laquelle il comptait davantage que sur la population pour conserver le pouvoir : le pr&#233;sident n'a pas lanc&#233; le moindre appel &#224; ses partisans pour le soutenir face aux manifestations hostiles qui se multipliaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment en est-on arriv&#233; &#224; cette situation, alors que l'&#233;lection de Morales, ancien dirigeant syndicaliste des &#171; cocaleros &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les cocaleros sont des petits paysans cultivateurs de coca, une culture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les cultivateurs de coca, en janvier 2006 avec 53,74 % des voix avait suscit&#233; de grands espoirs dans la population ? Cette victoire &#233;tait survenue apr&#232;s le renversement de son pr&#233;d&#233;cesseur, Gonzalo S&#225;nchez de Lozada, dit Goni, richissime propri&#233;taire d'une mine d'&#233;tain vivant la plupart du temps aux &#201;tats-Unis, par une vigoureuse r&#233;volte ouvri&#232;re et populaire, dont les &#233;tapes marquantes avaient &#233;t&#233; les &#171; guerres &#187; de l'eau et du gaz. La population de El Alto, cit&#233; d'un million d'habitants qui domine La Paz s'opposait alors &#224; la privatisation de l'eau et &#224; la vente des r&#233;serves de gaz &#224; des compagnies &#233;trang&#232;res. Au prix de nombreuses victimes, elle remportait ces conflits et chassait Goni.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La tentative de construire un capitalisme national&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Morales, sur les conseils de son vice-pr&#233;sident, l'ancien gu&#233;rillero &#193;lvaro Garc&#237;a Linera, s'engagea alors dans une politique visant &#224; construire un capitalisme national. Les axes de cette politique &#233;taient un appui au d&#233;veloppement du &#171; petit capitalisme andin &#187;, selon l'expression de Garc&#237;a Linera, et la nationalisation des hydrocarbures, par le biais de l'YPFB&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;YPFB : Yacimientos Petrol&#237;feros Fiscales Bolivianos (en fran&#231;ais Gisements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une compagnie nationale charg&#233;e de centraliser ces ressources. En fait, il ne s'agissait que d'une nationalisation en trompe-l'&#339;il, dans la mesure o&#249; la Bolivie ne disposait pas des moyens techniques indispensables pour exploiter et commercialiser ces ressources. Il lui fallut passer des compromis avec les compagnies &#233;trang&#232;res comme le g&#233;ant br&#233;silien Petrobras et leur offrir des garanties. Seul le sous-sol fut nationalis&#233;, les installations restant aux mains des compagnies p&#233;troli&#232;res. En pratique, cette politique revenait &#224; obtenir une redistribution plus favorable de la rente gazi&#232;re et p&#233;troli&#232;re en faveur de l'&#201;tat, qui n'en r&#233;cup&#233;rait que 15 % lors de l'arriv&#233;e de Morales. Cette rente augmenta donc r&#233;ellement, toutefois dans des proportions difficiles &#224; &#233;tablir. Mais Morales, gr&#226;ce &#224; cette manne, adopta un certain nombre de mesures sociales telle la mise en place d'un minimum vieillesse et d'un syst&#232;me national de sant&#233;. Lequel est rest&#233; dans bien des r&#233;gions &#224; l'&#233;tat de projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales favorisa aussi le d&#233;veloppement des coop&#233;ratives mini&#232;res regroup&#233;es dans la Fencomin (voir notre encadr&#233;), en r&#233;alit&#233; des entreprises capitalistes avec des participations &#233;trang&#232;res, au d&#233;triment du secteur d'&#201;tat, provoquant ainsi l'hostilit&#233; des syndicats des mineurs d'&#201;tat. Cette orientation devait donner lieu &#224; de nombreux et parfois sanglants conflits entre les deux cat&#233;gories de mineur&lt;em&gt;s,&lt;/em&gt; telle la bataille de Huanuni qui fit 14 morts et 80 bless&#233;s graves en octobre 2006. Morales et Garc&#237;a Linera se trouv&#232;rent donc oblig&#233;s de jouer un jeu d'&#233;quilibre entre la Fencomin et la COB (Central Obrera Boliviana &#8211; Centrale ouvri&#232;re bolivienne). Apr&#232;s avoir donn&#233; un coup de barre &#224; droite, il en donna un &#224; gauche en autorisant les peones (man&#339;uvres) des coop&#233;ratives &#224; se syndiquer &#8211; autorisation toute th&#233;orique vu la nature des relations qui existent dans les mines priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement, le nouveau pr&#233;sident se lan&#231;ait dans une d&#233;magogie &#171; indianiste &#187; effr&#233;n&#233;e, allant jusqu'&#224; proc&#233;der &#224; des sacrifices de lamas dans le palais pr&#233;sidentiel, selon de vieilles coutumes quechuas et aymaras. Il n'&#233;tait d'ailleurs pas le premier &#224; jouer cette carte : sous Goni, on voyait d&#233;j&#224; la Wiphala, le drapeau aymara, figurer dans de nombreuses manifestations officielles et des jeunes filles r&#233;citer des po&#232;mes &#224; la gloire de Tupac Katari&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chef indien qui dirigea une r&#233;volte contre les Espagnols au xviiie si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; devant des tribunes de militaires. Mais Morales lui donnait davantage de cr&#233;dibilit&#233; en raison de ses origines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morales est un m&#233;tis aymara originaire de la r&#233;gion mini&#232;re d'Oruro dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;magogie, en m&#234;me temps que ses tirades anti-imp&#233;rialistes, devaient d'ailleurs lui apporter une grande popularit&#233; dans les milieux europ&#233;ens tiers-mondistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Morales &#233;tait pourtant bien loin d'&#234;tre le repr&#233;sentant des Indiens, qui avec les m&#233;tis constituent 85 % de la population bolivienne. Il n'h&#233;sita d'ailleurs pas &#224; r&#233;primer des populations indiennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment en 2011, quand de nombreuses organisations indig&#232;nes organis&#232;rent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;. &lt;/strong&gt;Comme il n'h&#233;sitait pas non plus &#224; envoyer la police contre les mineurs ou des commandos de cocaleros saccager les locaux syndicaux des enseignants en gr&#232;ve en 2008 ou &#224; soutenir le licenciement de 900 salari&#233;s d'une usine textile d'&#201;tat en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Un jeu d'&#233;quilibre entre les diff&#233;rentes forces sociales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La politique de Morales a donc consist&#233; &#224; louvoyer entre diverses forces sociales, notamment entre celles qui composent le MAS (Movimento al socialismo). Le MAS n'est en effet pas un parti politique, mais un regroupement d'une multitude d'organisations et de syndicats, allant des coop&#233;ratives mini&#232;res aux associations paysannes, dont les cocaleros, en passant par toutes sortes de corporations, comme les chauffeurs de taxi, les camionneurs ou les vendeurs de billets de loterie. Tout appui trop prononc&#233; &#224; une cat&#233;gorie risquant de lui faire perdre celui d'une autre. Si modestes soient sa politique sociale et ses vell&#233;it&#233;s de contr&#244;le de l'&#201;tat sur l'&#233;conomie, toujours accompagn&#233;e d'indemnisations aux anciens propri&#233;taires, elles suffirent n&#233;anmoins &#224; irriter la bourgeoisie, en particulier la plus riche, celle qui r&#232;gne sur les quatre provinces&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Bolivie est un &#201;tat f&#233;d&#233;ral qui compte dix provinces g&#233;r&#233;es par des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de l'Oriente, qui repr&#233;sente pr&#232;s du tiers du pays&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces quatre provinces constituent l'entit&#233; dite du Media Luna, &#224; la fronti&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;La crise de 2008&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir de cette bourgeoisie repose &#224; la fois sur la propri&#233;t&#233; terrienne et sur les hydrocarbures. Celle-ci n'a pas h&#233;sit&#233; &#224; afficher des pr&#233;tentions &#224; la s&#233;cession pour profiter pleinement de ces ressources sans les partager avec ceux qu'elle consid&#232;re comme les &#171; pouilleux des Andes &#187;. Un conflit faillit &#233;clater en 2008, apr&#232;s que des mercenaires au service des propri&#233;taires terriens eurent mitraill&#233; une foule de paysans, avec femmes et enfants, qui marchaient en direction de Cobija, la capitale du Pando&lt;em&gt;, &lt;/em&gt;pour revendiquer une r&#233;forme agraire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;80 % des terres de cette r&#233;gion sont aux mains de propri&#233;taires repr&#233;sentant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les bandes fascistes des Jeunesses de Santa Cruz, compos&#233;es d'un m&#233;lange de fils de famille, de lumpens et de mercenaires s'attaqu&#232;rent aux militants du MAS et aux syndicalistes, mettant le pays au bord de la guerre civile. Morales, apr&#232;s avoir menac&#233; d'envoyer l'arm&#233;e, temporisa et finit par accorder une autonomie suppl&#233;mentaire aux &#201;tats de l'Oriente. Ce qui revenait &#224; abandonner les paysans pauvres &#224; leur sort. Apr&#232;s cette crise, la popularit&#233; de Morales se maintint pourtant au plus haut. Il obtint ainsi pr&#232;s de 67 % des suffrages quand il remit son mandat en jeu par un r&#233;f&#233;rendum en ao&#251;t 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpRMklITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlqWVhKMFpWOWliMnhwZG1sbExuQnVaeWNnZDJsa2RHZzlJalE0TUNJZ2FHVnBaMmgwUFNJM09UWWlJR0ZzZEQwbkp5QXZQZ284TDJacFozVnlaVDRLUEM5a2FYWSsiPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Un d&#233;veloppement &#233;conomique qui n'a pas profit&#233; &#224; tout le monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es qui suivirent, Morales se lan&#231;a dans une politique &#233;conomique &#171; extractiviste &#187; reposant avant tout sur la vente des mati&#232;res premi&#232;res. Le dernier &#233;pisode de cette politique fut, &#224; partir de 2012, la signature de contrats avec des compagnies chinoises et allemandes pour exploiter les gisements de lithium d&#233;couverts dans le d&#233;sert d'Uyuni, apr&#232;s une tentative infructueuse de mettre sur pieds une usine de traitement purement bolivienne.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'exp&#233;rience de l'exploitation du lithium au Chili (par une entreprise dont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; C'est cette politique extractiviste et la hausse des cours des mati&#232;res premi&#232;res sur le march&#233; mondial qui ont permis, selon les chiffres officiels, de faire passer le PIB de la Bolivie de 9 milliards de dollars en 2006 &#224; 41 milliards de dollars en 2019, le salaire minimum officiel de 60 dollars mensuels &#224; 310 dollars et de r&#233;duire le taux d'extr&#234;me pauvret&#233; de 38 % &#224; 15 %. Mais, derri&#232;re ces chiffres que mettent en avant les admirateurs de Morales, la r&#233;alit&#233; est certainement moins reluisante. D'une part toute une partie de la population, notamment paysanne, vit en auto-subsistance, tandis qu'une autre vit de travaux &#171; informels &#187; et ne sont pas concern&#233;es par les minimas sociaux. Sans compter les employeurs qui ne les respectent pas. Un exemple est frappant. Comment expliquer que, dans un tel contexte d'enrichissement de l'&#201;tat, pour satisfaire les patrons et actionnaires des coop&#233;ratives mini&#232;res, Morales ait l&#233;galis&#233; le travail des enfants &#224; partir de dix ans en 2014&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Promotion d'une nouvelle bureaucratie et petite bourgeoisie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il est certain qu'une couche sociale petite bourgeoise et bureaucratique s'est d&#233;velopp&#233;e autour de l'appareil d'&#201;tat, notamment gr&#226;ce &#224; une politique client&#233;liste syst&#233;matique. Une grande partie des dirigeants d'associations locales ont ainsi &#233;t&#233; coopt&#233;s avec leurs familles et leurs proches &#224; des postes divers souvent cr&#233;&#233;s &#224; leur intention. L'un des symboles de cette promotion sociale est le centre commercial aux normes internationales ouvert &#224; La Paz et reli&#233; &#224; El Alto par un t&#233;l&#233;ph&#233;rique construit par une entreprise autrichienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nouvelle petite bourgeoisie ne semble pas avoir &#233;t&#233; plus reconnaissante envers Morales que ne l'a &#233;t&#233; l'arm&#233;e. C'est une partie de ses enfants qui est descendue dans la rue, en compagnie de jeunes plus modestes et de ch&#244;meurs, pour contester le refus du Pr&#233;sident de reconna&#238;tre le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum qui lui interdisait de briguer un troisi&#232;me mandat, puis les r&#233;sultats des r&#233;centes pr&#233;sidentielles qui lui accordaient 47 % des suffrages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Le discr&#233;dit de Morales&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;meutes qui ont conduit au coup d'&#201;tat ne sont en effet pas parties des r&#233;gions o&#249; les forces r&#233;actionnaires sont les plus puissantes, comme Santa Cruz, mais bien de La Paz et m&#234;me de Cochabamba, pourtant fief des cocaleros. Que les derniers scrutins aient &#233;t&#233; truqu&#233;s ou non, le m&#233;contentement de la population et le discr&#233;dit de Morales parmi des couches sociales qui l'avaient soutenu peut difficilement &#234;tre contest&#233;. &#192; l'origine de ce rejet, il y a une stagnation de l'&#233;conomie li&#233;e &#224; la chute des cours des mati&#232;res premi&#232;res, le ch&#244;mage d'une partie importante de la jeunesse et aussi la corruption qui ronge le MAS depuis longtemps et a &#233;clabouss&#233; des proches de Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La droite r&#233;actionnaire de l'Oriente, &#224; laquelle la pr&#233;sidente par int&#233;rim &#193;&#241;ez et l'ultra religieux Luis Fernando Camacho&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Luis Fernando Camacho, surnomm&#233; le &#171; Bolsonaro bolivien &#187; est un ancien (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; appartiennent, n'a donc fait que surfer sur cette r&#233;volte et en profiter pour occuper la place, avec la complaisance des &#233;lus du MAS.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les manifestations anti-putschistes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rien n'est pourtant r&#233;gl&#233;. En d&#233;pit des consignes des dirigeants du MAS et de la COB (Centrale ouvri&#232;re bolivienne), les manifestations hostiles aux putschistes ont &#233;t&#233; puissantes. Reprenant les traditions des guerres de l'eau et du gaz, des dizaines de milliers de travailleurs de El Alto ont bloqu&#233; la raffinerie de Senkata qui alimente la r&#233;gion de La Paz. Il a fallu l'intervention de l'arm&#233;e, avec tanks et h&#233;licopt&#232;res pour les d&#233;loger. Les combats ont fait huit morts. Et lorsque la foule a tent&#233; de descendre sur La Paz en portant les cercueils, elle a &#233;t&#233; mitraill&#233;e par la police. Des paysans ont tent&#233; de marcher sur la capitale et des &#233;meutes ont &#233;clat&#233; dans diff&#233;rentes r&#233;gions. Seuls les mineurs ne se sont pas ou peu mobilis&#233;s pour le moment. Contrairement &#224; ce qu'a pu &#233;crire la presse occidentale, ces manifestants, sauf dans quelques secteurs, ne revendiquaient pas le retour de Morales mais le d&#233;part des putschistes. C'est donc bien une alternative, &#224; la fois aux &#233;l&#233;ments r&#233;actionnaires qui se sont empar&#233;s du pouvoir et au r&#233;gime client&#233;liste mis en place par Morales qui est &#224; l'ordre du jour. Et aussi la jonction de ces luttes avec celles des pays d'Am&#233;rique latine voisins, comme le Chili et l'Argentine. Car, &#224; l'&#233;chelle de la seule Bolivie, pays le plus pauvre de la r&#233;gion en d&#233;pit de ses richesses mini&#232;res, les perspectives restent in&#233;vitablement limit&#233;es. Le courage et la combativit&#233; que la classe ouvri&#232;re de Bolivie a montr&#233;s par le pass&#233; permet de penser que la clique des putschistes n'aura pas la t&#226;che facile, m&#234;me si les partis qui expriment les int&#233;r&#234;ts des travailleurs sont faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 d&#233;cembre 2019, Georges Riviere&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Pour en savoir plus&lt;/em&gt;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Articles tr&#232;s document&#233;s du chercheur Claude le Gouil :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;em&gt;Sur la crise du r&#233;gime Morales :&lt;/em&gt; &lt;a href=&#034;https://lundi.am/La-crise-politique-bolivienne-vue-depuis-le-bas&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjSE02THk5c2RXNWthUzVoYlM5TVlTMWpjbWx6WlMxd2IyeHBkR2x4ZFdVdUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;em&gt;Sur la politique mini&#232;re de Morales : &lt;/em&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/cal/4337&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjSE02THk5cWIzVnlibUZzY3k1dmNHVnVaV1JwZEdsdmJpNXZjbWN2WTJFdUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/ideas/1695&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjSE02THk5cWIzVnlibUZzY3k1dmNHVnVaV1JwZEdsdmJpNXZjbWN2YVdRdUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Article de &lt;em&gt;La Izquierda diario&lt;/em&gt;, li&#233;e au courant trotskiste PTS-LOR-CI : &lt;/strong&gt; &lt;a href=&#034;http://www.laizquierdadiario.com/Bolivia-abajo-el-golpe-de-Estado-de-la-Policia-y-la-derecha-avalado-por-las-FF-AA&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjRG92TDNkM2R5NXNZV2w2Y1hWcFpYSmtZV1JwWVhKcGJ5NWpiMjB2UW04dUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Article de Pablo Sol&#243;n&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Ancien trotskiste et ancien partisan de Morales, Sol&#243;n souligne notamment que les manifs contre Morales n'ont pas &#233;t&#233; lanc&#233;es par l'extr&#234;me droite. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://systemicalternatives.org/2019/11/11/est-ce-quil-y-a-eu-un-coup-detat-en-bolivie-et-quelle-est-la-situation-actuelle/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjSE02THk5emVYTjBaVzFwWTJGc2RHVnlibUYwYVhabGN5NXZjbWN2TWpBdUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morales a notamment offert aux galonn&#233;s un centre de commandement et de surveillance ultra moderne construit par la firme fran&#231;aise Thal&#232;s. &lt;span class='base64LIENS' title='aHR0cHM6Ly9iby5hbWJhZnJhbmNlLm9yZy9MYS1Cb2xpdmllLWluYXVndXJlLXNvbi1wcmVtaWVyLXN5c3RlbWUtZGUtcmFkYXJz'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les cocaleros sont des petits paysans cultivateurs de coca, une culture traditionnelle de cette plante dont les feuilles, m&#226;ch&#233;es, sont un puissant &#233;nergisant et trompe la faim des populations des Andes. Dans les ann&#233;es 1980, en Bolivie, la crise de l'&#233;tain et la fermeture des mines ont provoqu&#233; un retour &#224; la terre et un d&#233;veloppement consid&#233;rable de la culture du coca dont le produit, pour des usages pharmaceutiques, mais surtout pour le trafic de la coca&#239;ne, &#233;tait devenu pour les paysans l'activit&#233; d'exportation la plus rentable. &#171; Nous avons non seulement d&#233;fendu la feuille de coca mais aussi la souverainet&#233; nationale &#187; d&#233;clarait encore en 2017 Evo Morales apr&#232;s avoir, au nom de la d&#233;fense des petits paysans et de la tradition, augment&#233; une nouvelle fois la surface l&#233;gale attribu&#233;e &#224; cette culture. L'ann&#233;e 2018 a notamment vu le d&#233;veloppement d'affrontements entre cultivateurs de coca d'un c&#244;t&#233;, l'arm&#233;e et la police de l'autre venues faire appliquer les limites impos&#233;es aux surfaces de culture par le gouvernement Morales lui-m&#234;me, ainsi que des rivalit&#233;s entre paysans des deux principales r&#233;gions productrices.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;YPFB : Yacimientos Petrol&#237;feros Fiscales Bolivianos (en fran&#231;ais Gisements p&#233;trolif&#232;res fiscaux boliviens) consacr&#233;e &#224; l'exploration, &#224; l'exploitation, au raffinage et &#224; la vente de p&#233;trole, du gaz et de ses produits d&#233;riv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chef indien qui dirigea une r&#233;volte contre les Espagnols au xviiie si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Morales est un m&#233;tis aymara originaire de la r&#233;gion mini&#232;re d'Oruro dans l'Altiplano.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notamment en 2011, quand de nombreuses organisations indig&#232;nes organis&#232;rent des manifestations pour s'opposer &#224; la construction d'une route dite &#171; bi-oc&#233;anique &#187;, financ&#233;e par le Br&#233;sil, et destin&#233;e &#224; relier le Br&#233;sil au Chili au travers de l'Amazonie, au d&#233;triment de 100 km de r&#233;serves prot&#233;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La Bolivie est un &#201;tat f&#233;d&#233;ral qui compte dix provinces g&#233;r&#233;es par des gouverneurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces quatre provinces constituent l'entit&#233; dite du Media Luna, &#224; la fronti&#232;re du Br&#233;sil. Leur richesse repose &#224; la fois sur le p&#233;trole et sur une agriculture industrielle, avec de grands domaines produisant notamment du soja.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;80 % des terres de cette r&#233;gion sont aux mains de propri&#233;taires repr&#233;sentant 10 % de la paysannerie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'exp&#233;rience de l'exploitation du lithium au Chili (par une entreprise dont la famille Pinochet est actionnaire !), dans des conditions &#233;quivalentes, montre que cette activit&#233; est peu cr&#233;atrice d'emplois. En revanche, les conditions de travail dans un d&#233;sert glac&#233; o&#249; la temp&#233;rature descend en dessous de &#8722;20 &#176;C sont &#233;pouvantables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='aHR0cHM6Ly93d3cubGVtb25kZS5mci9wbGFuZXRlL2FydGljbGUvMjAxNC8wNy8wNS9sYS1ib2xpdmllLWF1dG9yaXNlLWxlLXRyYXZhaWwtZGVzLWVuZmFudHMtZGVzLTEwLWFuc180NDUxNTkyXzMyNDQuaHRtbA=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Luis Fernando Camacho, surnomm&#233; le &#171; Bolsonaro bolivien &#187; est un ancien dirigeant des Jeunesses cruc&#233;nistes. Pour se pr&#233;senter &#224; la prochaine pr&#233;sidentielle, il s'est alli&#233;... &#224; un leader indien de Potosi, catholique comme lui. &#193;&#241;ez est une ancienne pr&#233;sentatrice TV. Dans le gouvernement provisoire, on trouve aussi l'homme d'affaires Arthur Murillo, s&#233;nateur et gros propri&#233;taire h&#244;telier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Le secteur minier : de l'&#233;tatisation au capitalisme sauvage
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-secteur-minier-de-l-etatisation-au-capitalisme-sauvage</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-secteur-minier-de-l-etatisation-au-capitalisme-sauvage</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie
</dc:subject>

		<description>&#192; la suite de la r&#233;volution de 1952, qui expropria les barons de l'&#233;tain, les mines furent nationalis&#233;es et g&#233;r&#233;es par la Comibol (Corporaci&#243;n Minera de Bolivia). Les mineurs, fer de lance de la r&#233;volution, impos&#232;rent des r&#233;formes sociales importantes, notamment en mati&#232;re de droit du travail, de sant&#233;, de logement et de scolarisation des enfants. Les mineurs et leur puissant syndicat, la F&#233;d&#233;ration syndicale des travailleurs miniers de Bolivie (FSTMB), qui appartient &#224; la Centrale&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Bolivie-463-" rel="directory"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Bolivie-+" rel="tag"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite de la r&#233;volution de 1952, qui expropria les barons de l'&#233;tain, les mines furent nationalis&#233;es et g&#233;r&#233;es par la Comibol (Corporaci&#243;n Minera de Bolivia). Les mineurs, fer de lance de la r&#233;volution, impos&#232;rent des r&#233;formes sociales importantes, notamment en mati&#232;re de droit du travail, de sant&#233;, de logement et de scolarisation des enfants. Les mineurs et leur puissant syndicat, la F&#233;d&#233;ration syndicale des travailleurs miniers de Bolivie (FSTMB), qui appartient &#224; la Centrale ouvri&#232;re bolivienne (COB), jou&#232;rent un r&#244;le cl&#233; jusque dans les ann&#233;es 1980 o&#249; la baisse du cours de l'&#233;tain affaiblit ce secteur. Une politique de lib&#233;ralisation de l'&#233;conomie fut alors entreprise avec objectif de liquider la Comibol dont les effectifs pass&#232;rent de 30 000 &#224; 7 000 aujourd'hui. Son poids a donc consid&#233;rablement baiss&#233; par rapport au secteur coop&#233;ratif et priv&#233; qui emploie plus de 70 000 mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Les &#171; coop&#233;ratives &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Non seulement Morales ne mit pas un terme &#224; cette politique, mais il encouragea les coop&#233;ratives mini&#232;res regroup&#233;es au sein de la Fencomin. On comptait ainsi 1 642 coop&#233;ratives en 2014, soit une augmentation de 700 % depuis 2006. Ces coop&#233;ratives, poss&#233;d&#233;es par une minorit&#233; de &#171; socios &#187; (associ&#233;s) emploient des peones (man&#339;uvres), parfois &#224; la journ&#233;e, dont de nombreux adolescents et enfants, pour des salaires d&#233;risoires dans des conditions terribles. En une seule ann&#233;e, on a par exemple compt&#233; 120 morts dans les seules mines du Cerro Rico de Potos&#237;, o&#249; il n'existe quasiment aucun &#233;quipement m&#233;dical. Les cadres, contrema&#238;tres et mineurs qualifi&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement des m&#233;tis, alors que les peones viennent de villages indiens et parlent parfois &#224; peine l'espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mines n'ont de coop&#233;ratives que le nom. Bien souvent, des investissements capitalistes nationaux ou &#233;trangers entrent dans leur capital. La politique de leurs patrons consiste &#224; lancer des ch&#244;meurs mis&#233;rables &#224; l'assaut de terres riches en minerais (&#233;tain, or, argent) appartenant au secteur d'&#201;tat ou &#224; des communaut&#233;s villageoises, ce qui donne parfois lieu &#224; des batailles sanglantes. Ces patrons utilisent aussi &#171; leurs &#187; mineurs comme masse de man&#339;uvre pour faire pression sur le gouvernement quand celui-ci parle d'imposer des r&#233;glementations. C'est ainsi par exemple qu'en ao&#251;t 2016, Rodolfo Illanes, vice-ministre de l'Int&#233;rieur fut lynch&#233; par des mineurs de coop&#233;ratives de Panduro qui s'opposaient &#224; des projets d'encadrement de leurs activit&#233;s. La l&#233;galisation du travail des enfants &#224; partir de dix ans r&#233;sulte d'ailleurs tr&#232;s probablement de la pression de la Fencomin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le syst&#232;me minier de la Bolivie est donc beaucoup plus proche du capitalisme sauvage que de l'&#233;conomie &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Une revanche de la bourgeoisie blanche raciste ?
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-revanche-de-la-bourgeoisie-blanche-raciste</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-revanche-de-la-bourgeoisie-blanche-raciste</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie
</dc:subject>

		<description>De nombreux commentateurs ont mis en avant les d&#233;clarations racistes de Jeanine &#193;&#241;ez, la pr&#233;sidente par int&#233;rim autoproclam&#233;e, et celles de Luis Fernando Camacho, ancien dirigeant des Jeunesses Cruc&#233;nistes, et les drapeaux aymaras, les wiphalas, br&#251;l&#233;s publiquement. Certains n'h&#233;sitent pas &#224; en tirer la conclusion qu'on risquerait d'assister au retour d'un pouvoir raciste blanc &#224; caract&#232;re colonial comme celui qui a s&#233;vi jusqu'au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle. On assisterait donc &#224; un&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Bolivie-463-" rel="directory"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Bolivie-+" rel="tag"&gt;Bolivie
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De nombreux commentateurs ont mis en avant les d&#233;clarations racistes de Jeanine &#193;&#241;ez, la pr&#233;sidente par int&#233;rim autoproclam&#233;e, et celles de Luis Fernando Camacho, ancien dirigeant des Jeunesses Cruc&#233;nistes, et les drapeaux aymaras, les wiphalas, br&#251;l&#233;s publiquement. Certains n'h&#233;sitent pas &#224; en tirer la conclusion qu'on risquerait d'assister au retour d'un pouvoir raciste blanc &#224; caract&#232;re colonial comme celui qui a s&#233;vi jusqu'au milieu du vingti&#232;me si&#232;cle. On assisterait donc &#224; un affrontement entre une population indienne dirig&#233;e par Morales et une bourgeoisie blanche revancharde. La r&#233;alit&#233; est beaucoup plus complexe. Dans un pays o&#249; 85 % de la population est m&#233;tis ou indienne, l'&#233;tablissement d'un pouvoir ouvertement raciste, hors la r&#233;gion de Santa Cruz o&#249; la domination d'une bourgeoisie blanche n'a jamais cess&#233;, parait tout &#224; fait invraisemblable. Jeanine &#193;&#241;ez, face aux r&#233;actions hostiles, s'est d'ailleurs empress&#233;e d'embrasser la wiphala devant les cam&#233;ras. Fernando Camacho quant &#224; lui, dit Macho Camacho, le &#171; Bolsonaro bolivien &#187;, pour briguer la pr&#233;sidence de la r&#233;publique aux prochaines &#233;lections, a choisi comme candidat &#224; la vice-pr&#233;sidence un &#233;lu municipal indien de Potos&#237;, Marco Pumari. Cette association en bin&#244;me n'est pas une nouveaut&#233;. Le pr&#233;sident Gonzalo S&#225;nchez de Lozada, dit Goni, avait lui-m&#234;me comme vice-pr&#233;sident Victor Hugo Cardenas, ancien dirigeant katariste (nationaliste indien). Et Garc&#237;a Linera, le vice-pr&#233;sident de Morales, est aussi&#8230; un ancien gu&#233;rillero katariste. Le katarisme, on le voit, m&#232;ne &#224; tout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On compte en Bolivie 36 nations indig&#232;nes reconnues par la Constitution mise en place par Morales et disposant th&#233;oriquement de droits sur leurs territoires. Cette population indienne et ses tr&#232;s nombreuses organisations sont tr&#232;s divis&#233;es, en premier lieu en fonction d'int&#233;r&#234;ts locaux, mais aussi de rivalit&#233;s client&#233;listes. La d&#233;signation des futurs notables, sources de pr&#233;bendes, compte souvent bien davantage que les enjeux nationaux. En jouant syst&#233;matiquement sur la corde de &#171; l'indianisme &#187;, du moins en paroles, tout en entrant en conflit avec des communaut&#233;s indiennes en raison de sa politique &#171; extractiviste &#187; d'exploitation maximum des richesses mini&#232;res&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2012, par exemple, un conflit &#233;clatait &#224; Mallku Khota, dans la r&#233;gion de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Morales a largement contribu&#233; &#224; exacerber ces contradictions, &#224; diviser sa base sociale et &#224; en jeter une partie dans les bras de divers d&#233;magogues de droite. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En 2012, par exemple, un conflit &#233;clatait &#224; Mallku Khota, dans la r&#233;gion de Potos&#237;, entre des communaut&#233;s mobilis&#233;es contre une entreprise mini&#232;re canadienne et les futurs b&#233;n&#233;ficiaires de ce projet. Ces communaut&#233;s revendiquaient la cr&#233;ation d'une entreprise communautaire g&#233;r&#233;e selon les &#171; us et coutumes &#187;. Les affrontements firent un mort, de nombreux bless&#233;s, des prises d'otages. L'arrestation du principal leader des opposants, Cancio Rojas, pourtant personnalit&#233; officielle du MAS, fut ressentie comme un &#171; emprisonnement politique &#187; d&#233;cid&#233; par le gouvernement Morales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Colombie : &#171; Nous sommes r&#233;veill&#233;s, le changement est lanc&#233; ! &#187;
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Colombie-Nous-sommes-reveilles-le-changement-est-lance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Colombie-Nous-sommes-reveilles-le-changement-est-lance</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Colombie
</dc:subject>

		<description>Depuis le 21 novembre, apr&#232;s le Chili, l'&#201;quateur, le Venezuela, le Salvador et la Bolivie, la Colombie fait partie des pays d'Am&#233;rique latine o&#249; gronde la r&#233;volte. &lt;br /&gt;Au d&#233;part, une simple journ&#233;e d'action contre la r&#233;forme du droit du travail (en vue de le rendre plus flexible) et du syst&#232;me de retraite, organis&#233;e par les syndicats &#224; cette date. Mais toutes sortes d'organisations et de cat&#233;gories de la population se sont jointes &#224; cet appel : &#233;tudiants, paysans indiens, &#233;cologistes.&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Numero-special-decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro sp&#233;cial, d&#233;cembre 2019
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Colombie-+" rel="tag"&gt;Colombie
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis le 21 novembre, apr&#232;s le Chili, l'&#201;quateur, le Venezuela, le Salvador et la Bolivie, la Colombie fait partie des pays d'Am&#233;rique latine o&#249; gronde la r&#233;volte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;part, une simple journ&#233;e d'action contre la r&#233;forme du droit du travail (en vue de le rendre plus flexible) et du syst&#232;me de retraite, organis&#233;e par les syndicats &#224; cette date. Mais toutes sortes d'organisations et de cat&#233;gories de la population se sont jointes &#224; cet appel : &#233;tudiants, paysans indiens, &#233;cologistes. Le succ&#232;s a d&#233;pass&#233; toutes les pr&#233;visions des initiateurs. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Bogot&#225;, Cali, Medell&#237;n, Carthag&#232;ne, C&#243;rdoba, accompagn&#233;es par les &#171; cacerolazos &#187;, ces concerts de casseroles aux fen&#234;tres, forme traditionnelle de protestation dans cette partie du monde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;De la journ&#233;e d'action &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chacun n'est pas rentr&#233; sagement chez lui le soir et le travail n'a pas repris le lendemain comme cela avait initialement &#233;t&#233; pr&#233;vu. D'abord pacifiques, les manifestations ont tourn&#233; en &#233;meutes durement r&#233;prim&#233;es. D&#232;s le vendredi 22, le pouvoir a mobilis&#233; pr&#232;s de 13 000 policiers dans la seule ville de Bogot&#225;. Ceux-ci ont us&#233;, non seulement de la matraque et des gaz, mais de tirs de LBD. Des h&#233;licopt&#232;res ont tourn&#233; continuellement au-dessus de la ville, des v&#233;hicules blind&#233;s ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s et le couvre-feu proclam&#233;. Les affrontements ont fait trois morts et plus de 300 bless&#233;s graves. Cette r&#233;pression, non seulement n'a pas r&#233;tabli le calme, mais elle a d&#233;cupl&#233; la col&#232;re des manifestants. &lt;em&gt;&#171; Nous sommes r&#233;veill&#233;s, le changement est lanc&#233; &#187;&lt;/em&gt; est devenu le slogan du mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort d'un gar&#231;on de 17 ans, Dilan Cruz, frapp&#233; en pleine t&#234;te par un projectile, alors qu'il ne mena&#231;ait en aucune fa&#231;on les policiers, est devenue le symbole de la brutalit&#233; polici&#232;re et du cynisme du Pr&#233;sident Iv&#225;n Duque, qui a hypocritement d&#233;plor&#233; ce qu'il consid&#232;re comme un &#171; accident &#187;. Les manifestants et les gr&#233;vistes ne se contentent plus de revendications sociales, mais r&#233;clament maintenant la dissolution de l'Esmad (Escuadron Movil Antidisturbios) de sinistre r&#233;putation. Les m&#233;dias et une partie de la classe politique, selon une tradition d&#233;sormais internationale, incriminent les &#171; casseurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Un &#171; grand d&#233;bat &#187; qui fait pschitt&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette mont&#233;e en puissance de la contestation et voyant se profiler le spectre du Chili, Duque a invit&#233; les organisateurs, d&#233;sormais regroup&#233;s dans un collectif national de gr&#232;ve, &#224; participer &#224; une &#171; grande concertation nationale &#187;. La tentative a fait long feu. L'union nationale des &#233;tudiants de l'enseignement sup&#233;rieur a refus&#233; d'y participer. Quant aux dirigeants syndicaux, ils ont quitt&#233; tr&#232;s vite la table de n&#233;gociations apr&#232;s avoir constat&#233; que Duque faisait le sourd face aux trois principales revendications : le droit du travail, les retraites et l'arr&#234;t de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Le chantage au danger terroriste ne fonctionne plus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Colombie a connu un d&#233;veloppement &#233;conomique important, notamment en raison de l'exploitation des ressources mini&#232;res, mais aussi de l'&#233;mergence d'une industrie. Son taux de croissance a avoisin&#233; 8 % pendant des ann&#233;es. Mais, comme dans bien d'autres pays, seule une minorit&#233; en a b&#233;n&#233;fici&#233;. La Colombie reste un pays tr&#232;s in&#233;galitaire o&#249; r&#232;gne toujours la pauvret&#233; et la mis&#232;re. 20 % de la population d&#233;tient 60 % des richesses, alors que les 20 % les plus pauvres en d&#233;tiennent&#8230; 3 %. Entre un tiers et la moiti&#233; de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvret&#233; officiel. Sur six millions de personnes &#226;g&#233;es, quatre millions ne touchent aucune pension. Le droit du travail est d&#233;j&#224; un des plus &#8216;lib&#233;ral' (favorable au patronat) du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en particulier le climat de terreur qui r&#233;gnait dans un contexte de guerre civile avec les Farc (Forces arm&#233;es r&#233;volutionnaires de Colombie) qui a permis d'imposer cette situation inique. Mais, depuis les accords de paix pass&#233;s en 2016, m&#234;me si ceux-ci sont peu respect&#233;s par un pouvoir qui a fait assassiner de nombreux militants, aussi bien des syndicalistes que d'anciens membres des Farc, il est devenu plus difficile de qualifier de terrorisme toute action contestataire. Duque, &#233;lu voici quinze mois, s'&#233;tait efforc&#233; d'asseoir sa popularit&#233; sur la contestation de l'accord qui permettait aux membres des Farc de s'int&#233;grer dans le jeu politique traditionnel. Il n'a d'ailleurs pas manqu&#233;, lui et son entourage, relay&#233;s par les m&#233;dias, de traiter les &#233;meutiers de terroristes. Mais le chantage au terrorisme ne marche plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Colombie est devenue un pays majoritairement urbain o&#249; la classe ouvri&#232;re a pris de l'importance, ce qui marginalise les affrontements dans les campagnes. D&#233;j&#224;, en 2013, un grand soul&#232;vement populaire avait dur&#233; plus de trois semaines, avec une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et de gigantesques manifestations. Le gouvernement d'alors avait r&#233;ussi &#224; s'en tirer en n&#233;gociant de petites concessions, secteur par secteur, pour diviser le mouvement. Combinant ces compromis avec une r&#233;pression cibl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de savoir si Iv&#225;n Duque parviendra &#224; renouveler cette op&#233;ration. Sans doute peut-il compter sur la collaboration de directions syndicales qui, inqui&#232;tes d'&#234;tre ainsi d&#233;bord&#233;es par leur base, voudraient bien en revenir aux n&#233;gociations traditionnelles. Au moment o&#249; nous &#233;crivons, le mouvement continue, apr&#232;s douze jours, et ne semble pas faiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 d&#233;cembre 2019, G.R.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Quelques liens&lt;/h2&gt;&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Sur la gr&#232;ve, les manifestations et leur contexte&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.laizquierdadiario.com/Colombia-jornada-historica-tras-decadas-de-imposicion-neoliberal-y-terrorismo-de-Estado-143764&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjRG92TDNkM2R5NXNZV2w2Y1hWcFpYSmtZV1JwWVhKcGJ5NWpiMjB2UTI4dUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.laizquierdadiario.com/Colombia-vivio-una-nueva-jornada-de-movilizacion-contra-el-Gobierno-de-Duque&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjRG92TDNkM2R5NXNZV2w2Y1hWcFpYSmtZV1JwWVhKcGJ5NWpiMjB2UTI4dUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Sur l'assassinat de Dilan Cruz par la police&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.izquierdadiario.es/Dilan-Cruz-joven-asesinado-por-la-Policia-de-Duque-simbolo-de-las-protestas-en-Colombia&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjRG92TDNkM2R5NXBlbkYxYVdWeVpHRmthV0Z5YVc4dVpYTXZSR2xzWVc0dUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul class='spip' role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Sur l'ESMAD, l'escadron anti-&#233;meute&lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://cnnespanol.cnn.com/2019/11/29/que-es-el-esmad-el-cuerpo-policial-colombiano-en-la-mira-por-la-muerte-de-dilan-cruz/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3M9ImJhc2U2NC1iODFlNDc3ZiIgdGl0bGU9ImFIUjBjSE02THk5amJtNWxjM0JoYm05c0xtTnViaTVqYjIwdk1qQXhPUzh4TVM4dUxpND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Iran : &#171; &#192; bas la dictature, la pauvret&#233;, la corruption et l'injustice &#187;
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Iran-A-bas-la-dictature-la-pauvrete-la-corruption-et-l-injustice</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Iran-A-bas-la-dictature-la-pauvrete-la-corruption-et-l-injustice</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:11:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Iran
</dc:subject>
		<dc:subject>Monde
</dc:subject>

		<description>&#192; la suite de l'Irak et du Liban, les classes populaires d'Iran se sont retrouv&#233;es massivement dans la rue le 15 novembre. Le triplement du prix de l'essence annonc&#233; la veille par le r&#233;gime a &#233;t&#233; la goutte d'eau. Des milliers d'ouvriers, de ch&#244;meurs, d'&#233;tudiants, de retrait&#233;s, mais aussi une partie de la petite-bourgeoisie, ont d&#233;fil&#233; dans plusieurs dizaines de villes du pays. La contestation a imm&#233;diatement d&#233;pass&#233; la question du prix de l'essence. C'est toute la col&#232;re accumul&#233;e&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Numero-special-decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro sp&#233;cial, d&#233;cembre 2019
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la suite de l'Irak et du Liban, les classes populaires d'Iran se sont retrouv&#233;es massivement dans la rue le 15 novembre. Le triplement du prix de l'essence annonc&#233; la veille par le r&#233;gime a &#233;t&#233; la goutte d'eau. Des milliers d'ouvriers, de ch&#244;meurs, d'&#233;tudiants, de retrait&#233;s, mais aussi une partie de la petite-bourgeoisie, ont d&#233;fil&#233; dans plusieurs dizaines de villes du pays. La contestation a imm&#233;diatement d&#233;pass&#233; la question du prix de l'essence. C'est toute la col&#232;re accumul&#233;e contre le ch&#244;mage, les salaires de mis&#232;re (quand ils sont vers&#233;s), l'inflation galopante, ainsi que le ras-le-bol de la corruption qui se sont exprim&#233;s &#224; travers des slogans visant directement le r&#233;gime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;pression a &#233;t&#233; imm&#233;diate et brutale. Gaz lacrymog&#232;nes, flashballs, mais aussi snipers sur les toits, voltigeurs &#224; moto, mitrailleuses et chars d'assaut : tous les moyens ont &#233;t&#233; d&#233;ploy&#233;s, de la police, mais aussi des forces paramilitaires des &#171; gardiens de la r&#233;volution &#187;, les pasdarans, dont les troupes d'&#233;lites r&#233;priment d&#233;j&#224; en Irak, et les bassidji, la milice de &#171; volontaires &#187; recrut&#233;e parmi les ch&#244;meurs pour r&#233;primer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime a surtout cherch&#233; &#224; r&#233;duire la contestation au silence en la privant de moyens de communication. D&#232;s le 17 novembre, l'ensemble du r&#233;seau internet &#233;tait coup&#233;, seuls les sites sous contr&#244;le du pouvoir restaient accessibles, les journalistes habilit&#233;s restant seuls &#224; pouvoir se connecter au reste du monde. Les cha&#238;nes Telegram, qui servent de canaux habituels d'information sur les mouvements sociaux en Iran, sont rest&#233;es pour la plupart muettes pendant pr&#232;s d'une semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les quelques vid&#233;os qui ont pu sortir du pays ont n&#233;anmoins montr&#233; que la jeunesse ne s'est pas laiss&#233; faire. Des groupes importants de jeunes, et moins jeunes, ont bloqu&#233; des routes, dress&#233; des barricades et ripost&#233; face &#224; la police. Des centaines de stations-services, commissariats, b&#226;timents publics, banques, commerces appartenant &#224; des dignitaires du r&#233;gime ont &#233;t&#233; incendi&#233;s, autant de b&#226;timents symbolisant, aux yeux des manifestants, le pouvoir et l'oppression. N&#233;anmoins, une partie de la casse est aussi le fait de la police, notamment d'immeubles r&#233;sidentiels, d'&#233;coles et de mosqu&#233;es, dans le but de d&#233;cr&#233;dibiliser les manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le r&#233;seau a &#233;t&#233; progressivement r&#233;tabli et que les vid&#233;os ont circul&#233; &#224; nouveau, beaucoup, y compris dans le pays, ont d&#233;couvert l'ampleur de la contestation&#8230; et de la r&#233;pression. Le bilan r&#233;alis&#233; par Amnesty International ne cesse de s'alourdir : 208 morts au 2 d&#233;cembre. Le nombre de bless&#233;s, incalculable, est tel que l'Organisation iranienne de transfusion sanguine a appel&#233; en urgence &#224; des dons de sang. Le nombre d'arrestations est estim&#233; &#224; 7 000 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Ces d&#233;tenus, dont certains ont d&#233;j&#224; t&#233;moign&#233; avoir &#233;t&#233; tortur&#233;s, risquent la peine de mort ou de lourdes peines de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;gime s'est f&#233;licit&#233; d'avoir mat&#233; un &#171; complot &#187; de l'&#233;tranger. Mais les discours sur l'ing&#233;rence am&#233;ricaine et isra&#233;lienne ne bernent plus grand monde. Tout pourrait red&#233;marrer tr&#232;s vite. Samedi 7 d&#233;cembre, les &#233;tudiants de T&#233;h&#233;ran &#233;taient de nouveau dans la rue, derri&#232;re une banderole affirmant &lt;em&gt;&#171; Iran, France, Irak, Liban, Chili&#8230; Le m&#234;me combat, arr&#234;ter le n&#233;olib&#233;ralisme &#187;&lt;/em&gt;, avec pour slogans : &lt;em&gt;&#171; Les &#233;tudiants sont conscients, &#224; l'unisson avec les travailleurs &#187;&lt;/em&gt;, &lt;em&gt;&#171; Les rues sont sanglantes, la libert&#233; a &#233;t&#233; sacrifi&#233;e &#187;&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Une explosion de col&#232;re
qui n'a pas surpris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le retour des sanctions am&#233;ricaines, en mai 2018, la situation est de plus en plus catastrophique pour les classes populaires. L'inflation officielle est de 40 % depuis janvier, et de 120 % pour les biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233;. Avec l'essence, ce sont tous les prix qui s'envolent, du fait de l'augmentation des co&#251;ts de transport. Quand le salaire moyen &#233;quivaut &#224; 300 euros, et le salaire minimum &#224; 166 euros, il est quasiment impossible de s'en sortir. D'autant que le manque de mati&#232;res premi&#232;res et de pi&#232;ces, caus&#233; par l'embargo, sert aux patrons &#224; justifier des fermetures d'usines, alors que le ch&#244;mage est d&#233;j&#224; pl&#233;thorique. La production a connu une chute drastique en quelques mois. Les classes populaires sont ainsi les premi&#232;res &#224; payer la politique agressive de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les sanctions ne sont pas seules en cause. La corruption g&#233;n&#233;ralis&#233;e aggrave nettement la situation, de m&#234;me que les d&#233;penses pour la recherche nucl&#233;aire, les institutions religieuses ou les interventions militaires au Liban, en Irak, au Y&#233;men ou en Syrie, d&#233;nonc&#233;es par les manifestants. Apr&#232;s la signature de l'accord sur le nucl&#233;aire avec Obama en 2015, il y a eu une acc&#233;l&#233;ration des r&#233;formes de lib&#233;ralisation de l'&#233;conomie : poursuite des privatisations d'entreprises d'&#201;tat (souvent nationalis&#233;es pour &#233;viter un contr&#244;le direct par les ouvriers apr&#232;s le d&#233;part des patrons en 1979), r&#233;gionalisation du salaire minimum, externalisation des services de sant&#233;, d'&#233;ducation et sociaux, etc. Les classes populaires n'avaient en rien profit&#233; de la lev&#233;e des sanctions, y compris la lib&#233;ralisation des fonds gel&#233;s aux USA depuis 1979, qui avaient servi en premier &#224; importer des voitures de luxe pour les responsables du r&#233;gime. Du prix de l'essence, les revendications se sont donc imm&#233;diatement &#233;tendues &#224; l'emploi, l'augmentation des salaires et des pensions de retraites, ainsi que l'arr&#234;t des privatisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autant que depuis deux ans, les luttes ouvri&#232;res se multiplient en Iran. Les enseignants sont en lutte contre le manque de moyens dans les &#233;coles, les ouvriers pour exiger les salaires impay&#233;s, mais aussi les retrait&#233;s, qui subissent de plein fouet l'inflation. Gr&#232;ves et manifestations se succ&#232;dent et font face &#224; la r&#233;pression. De nombreux militants ouvriers, enseignants, &#233;tudiants sont en prison. Le 1&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;er&lt;/sup&gt; mai 2019 a &#233;t&#233; l'occasion de rassembler ces col&#232;res, mais la manifestation, &#224; l'appel de plusieurs syndicats clandestins, a &#233;t&#233; rapidement dispers&#233;e par la police, avec plusieurs dizaines d'arrestations. Depuis, les condamnations tombent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Iran : de la prison pour avoir exig&#233; des salaires impay&#233;s &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la derni&#232;re, d&#233;but d&#233;cembre, contre Neda Naji &#224; 5,5 ans de prison (une peine &#171; l&#233;g&#232;re &#187; au vu des pr&#233;c&#233;dentes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpRMElITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwzQnVaeTlwY21GdUxUSXVjRzVuSnlCM2FXUjBhRDBpTmpBd0lpQm9aV2xuYUhROUlqTTJNeUlnWVd4MFBTY25JQzgrQ2p3dlptbG5kWEpsUGdvOEwyUnBkajQ9Ij4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Un r&#233;gime aux abois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si le r&#233;gime use de la r&#233;pression, c'est qu'il est plus fragile que jamais. Tous les chefs du r&#233;gime, des conservateurs aux &#171; r&#233;formateurs &#187; en passant par les &#171; mod&#233;r&#233;s &#187; (la clique actuellement au pouvoir), en sont conscients. Il a suffi que Khamenei soutienne la hausse du prix de l'essence pour que les r&#233;formateurs retirent leur amendement au parlement qui demandait de reculer face &#224; la rue. Face &#224; la contestation du r&#233;gime, il s'agit de serrer les rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soutien populaire du r&#233;gime islamique, qui tenait &#224; coups de discours anti-am&#233;ricains facilit&#233;s par les sanctions, s'est &#233;rod&#233; devant la d&#233;bauche de luxe au sommet des institutions et apr&#232;s que la courte lev&#233;e des sanctions entre 2015 et 2018 a montr&#233; qu'elles n'&#233;taient pas seules en cause du d&#233;labrement &#233;conomique. La r&#233;volte populaire du nouvel an 2018&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Convergences r&#233;volutionnaires no 117, janvier-f&#233;vrier 2018.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui avait touch&#233; des milieux jusque-l&#224; plut&#244;t favorables au r&#233;gime, en avait t&#233;moign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie du r&#233;gime touche tous les domaines : en plus des fermetures d'usines li&#233;es au manque d'investissements autant qu'aux sanctions, des milliers d'immeubles sont proches de l'effondrement, l'&#201;tat a &#233;t&#233; incapable de r&#233;agir face aux inondations d&#233;sastreuses du printemps dernier et, actuellement, ce sont les nuages de pollution qui menacent la population, obligeant le gouvernement &#224; fermer les &#233;coles et universit&#233;s dans les grandes villes samedi 30 novembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la r&#233;pression est la premi&#232;re arme du gouvernement, celui-ci est contraint de faire quelques gestes. Ainsi, en octobre, deux militants ouvriers, Esmail Bakhshi et Sepideh Gholian, qui venaient d'&#234;tre condamn&#233;s &#224; 14 et 18 ans de prison, avaient d&#251; &#234;tre lib&#233;r&#233;s sous caution. Et le r&#233;gime fait maintenant mine d'aider les plus pauvres en promettant du lait gratuit dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi face aux puissances imp&#233;rialistes que le r&#233;gime doit en rabattre. D'autant que la contestation a gagn&#233; les pays o&#249; il cherche &#224; &#233;tendre sa sph&#232;re d'influence : au Liban, o&#249; le Hezbollah s'est discr&#233;dit&#233; au pouvoir, et en Irak, o&#249; le Premier ministre soutenu par l'Iran a d&#251; d&#233;missionner face &#224; la rue. Partout, ce sont notamment les populations chiites qui manifestent contre l'emprise de l'Iran, emp&#234;chant le r&#233;gime de jouer la carte de la division religieuse. Le r&#233;gime affaibli se voit contraint de faire un pas vers les USA et ses alli&#233;s. Le 3 d&#233;cembre, le pr&#233;sident Rouhani affirmait n'avoir aucun probl&#232;me &#224; renouer des liens avec l'Arabie saoudite, son principal rival dans la r&#233;gion, pour coop&#233;rer au &#171; maintien de l'ordre &#187;, en particulier pour conclure un accord de paix au Y&#233;men (par-dessus la t&#234;te de la population concern&#233;e bien entendu). Le 4, il s'est dit pr&#234;t &#224; n&#233;gocier d&#232;s que les &#201;tats-Unis auront mis fin aux sanctions. Le 7, c'est un &#233;change de prisonniers avec les USA qui contentait Trump, lui arrachant un tweet : &lt;em&gt;&#171; Vous voyez, nous pouvons parvenir &#224; un accord ensemble. &#187;&lt;/em&gt; Est-ce le d&#233;but d'un rapprochement qui pourrait conduire &#224; la fin des sanctions ? &#192; voir. En tout cas, les travailleurs et la jeunesse n'ont rien &#224; en attendre et leur mobilisation est seule &#224; m&#234;me de faire tomber cette dictature r&#233;actionnaire et anti-ouvri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7 d&#233;cembre 2019, Maurice Spirz&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire &#171; Iran : de la prison pour avoir exig&#233; des salaires impay&#233;s &#187;, L'Anticapitaliste hebdo no 490, septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lire Convergences r&#233;volutionnaires no 117, janvier-f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Iran : Une victoire pour les gr&#233;vistes de Haft Tappeh
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-victoire-pour-les-grevistes-de-Haft-Tappeh</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Une-victoire-pour-les-grevistes-de-Haft-Tappeh</guid>
		<dc:date>2019-12-10T23:10:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Iran
</dc:subject>
		<dc:subject>Monde
</dc:subject>

		<description>Les ouvriers du complexe sucrier de Haft Tappeh, dans la province de Khouzestan &#224; l'ouest du pays, ont impos&#233; une nouvelle reculade &#224; leur patron. Le 3 d&#233;cembre, ils ont suspendu une gr&#232;ve qui durait depuis 72 jours, apr&#232;s avoir obtenu plusieurs concessions : la r&#233;int&#233;gration des ouvriers licenci&#233;s suite aux pr&#233;c&#233;dentes gr&#232;ves, la fin des poursuites p&#233;nales engag&#233;es contre des ouvriers, l'interdiction des licenciements sans l'accord du conseil de discipline, le paiement des arri&#233;r&#233;s&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Numero-special-decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro sp&#233;cial, d&#233;cembre 2019
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Iran-+" rel="tag"&gt;Iran
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Monde-73-+" rel="tag"&gt;Monde
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les ouvriers du complexe sucrier de Haft Tappeh, dans la province de Khouzestan &#224; l'ouest du pays, ont impos&#233; une nouvelle reculade &#224; leur patron. Le 3 d&#233;cembre, ils ont suspendu une gr&#232;ve qui durait depuis 72 jours, apr&#232;s avoir obtenu plusieurs concessions : la r&#233;int&#233;gration des ouvriers licenci&#233;s suite aux pr&#233;c&#233;dentes gr&#232;ves, la fin des poursuites p&#233;nales engag&#233;es contre des ouvriers, l'interdiction des licenciements sans l'accord du conseil de discipline, le paiement des arri&#233;r&#233;s de salaires, ainsi que diverses primes et am&#233;liorations des conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2018, ce centre industriel de pr&#232;s de 3 000 ouvriers, qui compte des plantations de cannes &#224; sucre et une raffinerie, a connu pas loin d'une dizaine de gr&#232;ves, dont la pr&#233;c&#233;dente, en octobre, avait obtenu la lib&#233;ration du dirigeant des gr&#233;vistes, Esmail Bakhshi. Ce dernier a ainsi pu revenir au travail, vendredi 6 d&#233;cembre, gr&#226;ce au soutien d&#233;termin&#233; de ses camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup d'ouvriers en Iran, ceux de Haft Tappeh sont confront&#233;s aux salaires impay&#233;s, alors que les prix et la p&#233;nurie rendent les biens de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; de plus en plus inaccessibles. Leur entreprise a &#233;t&#233; privatis&#233;e pour une bouch&#233;e de pain &#224; des proches du r&#233;gime, qui payent les salaires au petit bonheur la chance et empochent les aides publiques et les b&#233;n&#233;fices sans investir un sou dans la production. Plus que le paiement des salaires, c'est la nationalisation sous contr&#244;le ouvrier qui est devenue la principale revendication. Les ouvriers en ont assez des promesses non tenues depuis des ann&#233;es. Ils ont &#233;lu un conseil ouvrier, qui organise la gr&#232;ve et se tient pr&#234;t &#224; exercer r&#233;ellement ce contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs de Haft Tappeh font partie de ceux qui tentent de reconstruire un mouvement ouvrier organis&#233; combatif, en lien avec d'autres secteurs, notamment les conducteurs de bus de T&#233;h&#233;ran, les enseignants, les &#233;tudiants ou encore les ouvriers de la sid&#233;rurgie de Ahvaz, avec qui ils avaient manifest&#233; en commun fin 2018. Le r&#233;gime a tent&#233; &#224; plusieurs reprises de r&#233;primer ce mouvement. Esmail Bakhshi et plusieurs de ses camarades ont subi arrestations, torture et condamnations, mais la lutte ouvri&#232;re a &#233;t&#233; la plus forte jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M.S.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Editorial : Toutes et tous ensemble, contre Macron et son monde, contre le pouvoir des riches
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Toutes-et-tous-ensemble-contre-Macron-et-son-monde-contre-le-pouvoir-des-riches</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Toutes-et-tous-ensemble-contre-Macron-et-son-monde-contre-le-pouvoir-des-riches</guid>
		<dc:date>2019-12-10T07:39:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>


		<dc:subject>Convergences
</dc:subject>
		<dc:subject>Politique
</dc:subject>
		<dc:subject>Gr&#232;ve contre la r&#233;forme des retraites de 2019-2020
</dc:subject>

		<description>&#192; l'&#201;lys&#233;e et &#224; Matignon, le week-end des 7 et 8 d&#233;cembre a &#233;t&#233; &#171; chaud &#187; : &#201;douard Philippe a convoqu&#233; en s&#233;ances sp&#233;ciales ses ex&#233;cutants, le secr&#233;taire d'&#201;tat aux transports Jean-Baptiste Djebbari, la ministre de la Sant&#233; et des Solidarit&#233;s Agn&#232;s Buzyn, le ministre des Comptes publics G&#233;rald Darmanin et le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye. &#201;douard Philippe n'a pas manqu&#233; de consulter aussi le ministre de l'&#201;ducation Jean-Michel Blanquer et le&lt;span class='base64GUILL' title='PHNwYW4gY2xhc3NAQ1NFR0FMQCJmaW5fYXJ0aWNsZSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;

-
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/-Numero-special-decembre-2019-" rel="directory"&gt;Num&#233;ro sp&#233;cial, d&#233;cembre 2019
&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Convergences-+" rel="tag"&gt;Convergences
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Politique-71-+" rel="tag"&gt;Politique
&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.convergencesrevolutionnaires.org/+-Greve-contre-la-reforme-des-retraites-de-2019-2020-+" rel="tag"&gt;Gr&#232;ve contre la r&#233;forme des retraites de 2019-2020
&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.convergencesrevolutionnaires.org/local/cache-vignettes/L117xH150/arton11873-02a61.jpg?1788520980' class='spip_logo spip_logo_right' width='117' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; l'&#201;lys&#233;e et &#224; Matignon, le week-end des 7 et 8 d&#233;cembre a &#233;t&#233; &#171; chaud &#187; : &#201;douard Philippe a convoqu&#233; en s&#233;ances sp&#233;ciales ses ex&#233;cutants, le secr&#233;taire d'&#201;tat aux transports Jean-Baptiste Djebbari, la ministre de la Sant&#233; et des Solidarit&#233;s Agn&#232;s Buzyn, le ministre des Comptes publics G&#233;rald Darmanin et le d&#233;sormais c&#233;l&#232;bre haut-commissaire aux retraites Jean-Paul Delevoye.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont la c&#233;l&#233;brit&#233; va probablement grimper d'un cran avec la publication dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#201;douard Philippe n'a pas manqu&#233; de consulter aussi le ministre de l'&#201;ducation Jean-Michel Blanquer et le super flic Christophe Castaner. Emmanuel Macron lui-m&#234;me a particip&#233; &#224; ces huis clos probablement tendus. Dans le m&#234;me temps, pour ajouter &#224; leur stress, la direction de la SNCF annon&#231;ait aux usagers, par m&#233;dias interpos&#233;s, qu'il serait dangereux de se pr&#233;cipiter dans les gares ce lundi matin 9 d&#233;cembre, en raison d'&#233;ventuels mouvements de foule. Il n'y a pourtant pas foule de trains, dans les gares plut&#244;t &#233;trangement d&#233;sertes. Bref, si le trafic est &#171; extr&#234;mement perturb&#233; &#187;, le pouvoir et la direction de la SNCF le sont aussi, en cette cinqui&#232;me journ&#233;e de paralysie du pays du fait de la gr&#232;ve des cheminots, des agents de la RATP &#224; Paris, des profs de tout le pays et de travailleurs de quelques autres secteurs &#8211; et surtout &#224; la veille d'une nouvelle journ&#233;e de gr&#232;ve nationale, le mardi 10 d&#233;cembre, apr&#232;s celle du jeudi 5 dont le succ&#232;s a sonn&#233; le d&#233;part d'une mobilisation pas encore g&#233;n&#233;rale mais d&#233;j&#224; exub&#233;rante. Oui, &#233;cartez-vous de la bordure du quai !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;Des racines profondes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment impossible de pr&#233;dire ce qu'il en sera de ce mouvement, dans quelques jours ou quelques semaines, mais les racines de la col&#232;re sont trop profondes pour &#234;tre facilement extirp&#233;es. Il n'en va pas seulement d'une r&#233;forme des retraites contre laquelle la rage se cristallise aujourd'hui, mais de toute la politique de Macron et de son monde de riches, une politique de paup&#233;risation des classes populaires et de creusement des in&#233;galit&#233;s au profit des exploiteurs, contre laquelle le monde du travail se dresse. Une mobilisation qui a d&#233;j&#224; une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpNM0lITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwycHdaeTl5WldadmNtMWxjeTVxY0djbklIZHBaSFJvUFNJMk1EQWlJR2hsYVdkb2REMGlNekV4SWlCaGJIUTlKeWNnTHo0S1BDOW1hV2QxY21VK0Nqd3ZaR2wyUGc9PSI+'&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un printemps 2016 contre la loi Travail, une nouvelle gr&#232;ve de cheminots en 2018, la col&#232;re a franchi un pas fracassant en gilets jaunes il y a plus d'un an. Le bras de fer contre Macron, l'ami des patrons, s'est alors engag&#233; sur les rails in&#233;dits d'une mobilisation hors du contr&#244;le des professionnels syndicaux de la canalisation. Il y a sept mois, des hospitaliers se sont organis&#233;s dans un &#171; Collectif inter-urgences &#187;, puis se sont adress&#233;s &#224; d'autres secteurs, sans autorisation ni aval des institutions syndicales. En juin dernier, des profs se sont dress&#233;s dans tout le pays, hors normes &#233;galement, contre une pr&#233;tendue r&#233;forme de l'&#233;ducation en bousculant le sacro-saint baccalaur&#233;at. Le 13 septembre dernier, nouveau coup de tonnerre avec la gr&#232;ve d'un jour des m&#233;tros et bus parisiens, &#224; l'appel d'une intersyndicale qui n'en attendait pas tant sinon elle n'aurait pas report&#233; &#224; pr&#232;s de trois mois plus tard (le temps de voir et de calmer ?) l'&#233;ch&#233;ance suivante de la lutte. D'o&#249; ce lointain 5 d&#233;cembre, phare brumeux auquel des cheminots et des hospitaliers ont donn&#233; du brillant en n'attendant pas, l'arme au pied, une journ&#233;e &#171; carr&#233;e &#187; et sans lendemain dont les conf&#233;d&#233;rations ont le secret. Dans tout le pays d&#232;s la mi-octobre, des cheminots roulants ont &#171; d&#233;pos&#233; le sac &#187; intempestivement, contre le manque d'effectifs les exposant aux agressions et aux accidents ; des cheminots d'ateliers ont pris le relais par des gr&#232;ves de plusieurs jours d&#233;clench&#233;es sans pr&#233;avis ; ce sur quoi les hospitaliers, &#224; l'appel d'une multitude de collectifs for&#231;ant des directions syndicales &#224; les rallier peu ou prou, r&#233;ussissaient une journ&#233;e spectaculaire le 14 novembre : des dizaines de milliers d'hospitaliers dans la rue, dont des m&#233;decins ayant lanc&#233; un &#171; Collectif inter-h&#244;pitaux &#187;, ce qui n'est pas fr&#233;quent. Ces expressions de col&#232;re venue du tr&#233;fonds ont asticot&#233;, comme un poignard dans le dos, des f&#233;d&#233;rations et conf&#233;d&#233;rations syndicales d&#233;j&#224; durement &#233;prouv&#233;es par ces Gilets jaunes qui ont marqu&#233; l'actualit&#233; sociale &#224; l'insu des appareils. Alors petit &#224; petit les appels syndicaux au 5 d&#233;cembre ont afflu&#233;, appels rarement suivis d'un grand militantisme sur le terrain. Fin novembre, l'afflux aux manifestations contre les violences faites aux femmes &#8211; des dizaines de milliers de femmes et d'hommes, dont tr&#232;s jeunes, dans la rue &#8211; a montr&#233;, sur un autre terrain encore, qu'une &#171; base &#187; non organis&#233;e &#233;tait plus apte &#224; faire l'&#233;v&#233;nement que des appareils encrass&#233;s par le &#171; partenariat social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Une journ&#233;e particuli&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Inutile d'en ajouter beaucoup sur la force de ce 5 d&#233;cembre 2019. Les manifestations ont &#233;t&#233; d'une ampleur comparable &#224; celles de 2010 contre le dernier mouvement massif contre une r&#233;forme des retraites. Elles ont compt&#233; quatre fois plus de monde que les plus grandes manifestations contre la loi Travail en 2016, qui ont totalis&#233; 220 000 participants, ou que la premi&#232;re journ&#233;e des Gilets jaunes qui a rassembl&#233; 280 000 personnes sur des ronds-points et dans les rues. Ce 5 d&#233;cembre, c'&#233;tait surtout la paralysie totale des transports, avec parfois des taux de 85 &#224; 100 % de gr&#233;vistes dans les secteurs d'ex&#233;cution et de roulants de la SNCF ; paralysie quasi-totale de la r&#233;gion parisienne avec la fermeture de presque toutes les lignes de m&#233;tro et de RER. Auquel s'est ajout&#233; un spectaculaire mouvement des enseignants, du primaire mais aussi du secondaire, avec des taux de gr&#232;ve massifs de 45 %, du jamais vu dans le secteur depuis 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des gr&#232;ves ont eu lieu aussi dans tous les autres services publics, et dans des entreprises du priv&#233;, bien que les chiffres y soient largement moins importants &#8211; et largement moins connus. Le patronat n'&#233;tait pourtant pas rest&#233; les deux pieds dans le m&#234;me sabot et s'est illustr&#233; par des appels &#224; prendre des jours de cong&#233;s, &#224; bosser par t&#233;l&#233;travail, voire &#224; trouver une chambre d'h&#244;tel pour les cadres requis&#8230; Les patrons de PSA, prudence et malice de &#171; singes &#187;, d&#233;cidaient de mettre les salari&#233;s au ch&#244;mage pendant deux jours, les 5 et 6 d&#233;cembre, au pr&#233;texte de difficult&#233;s de transport mais surtout pour ne pas avoir &#224; faire le compte des gr&#233;vistes. Et le gouvernement, par la voix de son ministre de l'Int&#233;rieur et des pr&#233;fets, tentait de ficher la frousse, en annon&#231;ant des violences et des blacks-blocs, pour dissuader les bons citoyens de descendre dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, dans la rue, ce fut un raz-de-mar&#233;e de pr&#232;s d'un million de manifestants dans tout le pays, qui n'ont pas seulement d&#233;fil&#233; au coude &#224; coude, travailleuses et travailleurs du public et du priv&#233;, &#233;paul&#233;s par des jeunes des facs et des lyc&#233;es, mais qui ont plus que jamais discut&#233; entre eux. Les traditionnelles camionnettes et sonos syndicales ont &#233;t&#233; largement noy&#233;es. Les suppliques &#224; Macron, sur l'air de &#171; Petit papa No&#235;l &#187;, sont rest&#233;es minoritaires et d&#233;risoires. Les rues ont &#233;t&#233; inond&#233;es d'un flot d&#233;termin&#233; et enthousiaste, exprimant la force collective des grands jours, et beaucoup de discussions ont eu lieu dans des rues transform&#233;es en forums &#8211; involontairement encourag&#233;s par les flics qui retardaient en bloquant, jusqu'&#224; imposer des heures de sur-place valablement utilis&#233;es &#224; Paris ! Les manifestants de bien des secteurs ont soulign&#233; que le nombre des pr&#233;sents dans les cort&#232;ges avait &#233;t&#233; bien plus important qu'aux assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, quand celles-ci avaient pu avoir lieu, car les difficult&#233;s de transport avaient engendr&#233; de franches gal&#232;res au petit matin ! Et cette journ&#233;e &#233;tait d'autant moins sans lendemain qu'une large majorit&#233; de cheminots, agents de la RATP et enseignants &#233;taient d&#233;j&#224; dans une gr&#232;ve &#171; reconductible &#187; ou &#171; illimit&#233;e &#187;, une gr&#232;ve en marche en tout cas et programm&#233;e pour continuer les jours et la semaine suivants, quelles que soient les pauses pr&#233;vues en week-end par certains pour ne pas perdre des cong&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpNMklITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb0tDUWs4YVcxbklITnlZejBuU1UxSEwycHdaeTl1YVhabGJHVnlMbXB3WnljZ2QybGtkR2c5SWpZd01DSWdhR1ZwWjJoMFBTSXpPVEFpSUdGc2REMG5KeUF2UGdvOEwyWnBaM1Z5WlQ0S1BDOWthWFkrIj4='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;&#199;a branle dans le manche&#8230; et &#231;a tente de man&#339;uvrer !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La force du 5 d&#233;cembre a d&#233;clench&#233; l'imm&#233;diat &#8211; mais subtil &#8211; r&#233;trop&#233;dalage du gouvernement. Consigne a visiblement &#233;t&#233; donn&#233;e aux ministres et d&#233;put&#233;s de baisser d'un ton d&#232;s la fin de l'apr&#232;s-midi. &#201;douard Philippe a avanc&#233; le calendrier de pr&#233;sentation de la r&#233;forme au milieu de la semaine suivante et s'est empress&#233; de remercier les directions syndicales de la bonne tenue des cort&#232;ges (lui qui avait mobilis&#233; ses flics pour faire du grabuge) ! Et dans la soir&#233;e du 9 d&#233;cembre, &#201;douard Philippe s'est senti contraint d'improviser une intervention m&#233;diatique, adress&#233;e essentiellement aux directions syndicales qui s'&#233;taient r&#233;unies le matin m&#234;me et qui, pour ne pas rester sur le bas-c&#244;t&#233; d'un mouvement en marche, avaient fourni aux gr&#233;vistes un nouveau point d'appui sous forme d'appel &#224; une nouvelle journ&#233;e nationale de gr&#232;ve et de manifestations le mardi 10 d&#233;cembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;douard Philippe a fait mine de tenir droit dans ses bottes, de rester ferme sur sa r&#233;forme &#171; universelle &#187;. Mais l'anxi&#233;t&#233; perce en haut lieu, et &#224; la veille du sixi&#232;me jour de gr&#232;ve, le gouvernement ne sait pas encore sur quoi il pourrait faire mine de c&#233;der sans c&#233;der &#8211; s'il est encore temps ! Les man&#339;uvres et calculs sont visibles et de deux ordres, qui se superposent : d'une part jouer l'am&#233;lioration du pr&#233;tendu dialogue social avec les syndicats &#8211; et ce faisant faciliter un &lt;em&gt;come back&lt;/em&gt; de directions syndicales bien discr&#233;dit&#233;es ces temps derniers, m&#234;me si elles ont encore le pouvoir &#8211; non n&#233;gligeable &#8211; de fixer des dates au mouvement. D'autre part jouer la division entre travailleurs, du public et du priv&#233;, entre diff&#233;rents secteurs mobilis&#233;s du public eux-m&#234;mes, promettant aux cheminots une clause du &#171; grand-p&#232;re &#187;, promettant aux enseignants de meilleurs salaires en 2021, si&#8230; si&#8230; Des directions syndicales pourraient s'y engouffrer et elles le montrent : la CGT &#224; la SNCF par exemple, d&#233;nonce les projets gouvernementaux de retraite mais place au premier plan des revendications cheminotes &#171; sp&#233;cifiques &#187; pour lesquelles elles se sont d&#233;j&#224; mises &#224; table (de n&#233;gociations)&#8230; et en redemandent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La personne de Philippe Martinez concentre les ambigu&#239;t&#233;s syndicales : il parle de retrait du projet de retraite mais revendique n&#233;anmoins des n&#233;gociations pour l'am&#233;lioration du syst&#232;me ; il refuse d'aller discuter avec le gouvernement, mais c'est un refus de la 23&lt;span class='base64GUILL' title='PHN1cCBjbGFzcz0idHlwb19leHBvc2FudHMiPg=='&gt;&lt;/span&gt;e&lt;/sup&gt; heure, car il a d&#233;j&#224; n&#233;goci&#233; 22 fois auparavant ! La f&#233;d&#233;ration CGT des cheminots appelle &#224; amplifier la gr&#232;ve d'ici mardi prochain, mais se f&#233;licite de l'ouverture de &#171; tables rondes &#187; avec la direction de la SNCF ce jour-l&#224;, etc., etc. Et ne parlons pas, &#233;videmment, de la CFDT dont le leader pers&#233;v&#232;re &#224; penser fond&#233;e la r&#233;forme de retraites par &#171; points &#187; du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gouvernement et directions syndicales, voil&#224; deux parties en grande f&#233;brilit&#233;, qui ne savent pas trop jusqu'o&#249; jouer leur petit jeu &#224; deux. La situation offre au gouvernement une planchette de salut du c&#244;t&#233; de la complaisance syndicale, mais bien fragile, car les directions syndicales sont loin de pouvoir calmer les classes populaires mobilis&#233;es. La situation offre aux appareils syndicaux une opportunit&#233; d'afficher une apparence de radicalit&#233;, mais bien fragile pour combler le discr&#233;dit essuy&#233; au moment de la lutte des Gilets jaunes, une partie combative de la classe ouvri&#232;re qu'elles ont m&#233;pris&#233;e et dont elles se sont laiss&#233; distancer. Le Premier ministre voudrait trouver dans les directions syndicales ces fameux &#171; corps interm&#233;diaires &#187; manquants, capables de canaliser les mouvements. Gouvernement et directions syndicales pourraient y trouver leur compte et se tiennent par la barbichette. Mais ce n'est pas jou&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Contre les tours de passe-passe, la gr&#232;ve aux gr&#233;vistes !&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ussite du 5 d&#233;cembre a pouss&#233; les conf&#233;d&#233;rations &#224; appeler &#224; la date rapproch&#233;e du 10 d&#233;cembre. La nouvelle journ&#233;e se pr&#233;pare s&#233;rieusement du c&#244;t&#233; des cheminots, agents de la RATP, enseignants mais aussi agents des finances publiques et bien d'autres salari&#233;s du public et du priv&#233;. La contagion pourrait-elle prendre ? Elle est d&#233;j&#224; palpable. Contrairement &#224; la propagande officielle, les agents de la SNCF ou de la RATP ne luttent pas pour leurs &#171; r&#233;gimes sp&#233;ciaux &#187; et pr&#233;tendus privil&#232;ges. Ce mouvement n'est pas corporatiste, ce sont explicitement les int&#233;r&#234;ts sociaux et politiques de tous les travailleurs que les gr&#233;vistes des secteurs mobilis&#233;s mettent en avant, en toute conscience. Comme dans bien d'autres pays du monde, ce sont les in&#233;galit&#233;s criantes qui ne sont plus support&#233;es, la paup&#233;risation des jeunes et des plus vieux qui n'est plus admise. Il reste certes moins risqu&#233; de faire gr&#232;ve dans les services publics que dans le priv&#233;, bien que la pr&#233;carit&#233; s'y r&#233;pande largement. Mais la combativit&#233; s'y explique aussi par des conditions de travail qui mettent en contact avec des usagers, des enfants des &#233;coles, des passagers des transports, des malades des h&#244;pitaux qu'on ne peut plus supporter de maltraiter du fait de l'incurie en haut lieu, et tout particuli&#232;rement du manque d'effectifs et de moyens. Cette dimension explique aussi la rage ressentie, politique, contre un gouvernement et un syst&#232;me qui pi&#233;tinent le bien-&#234;tre commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La balle est donc dans le camp des gr&#233;vistes, compos&#233; d'une &#233;crasante majorit&#233; de non syndiqu&#233;s (car les syndicats sont d&#233;sert&#233;s), mais aussi d'une minorit&#233; active de militants syndicaux &#171; de base &#187; qui n'ont pas le petit doigt sur la couture du pantalon par rapport &#224; leurs instances sup&#233;rieures. Tr&#232;s vite, dans cette gr&#232;ve, des gr&#233;vistes se sont organis&#233;s sous de multiples formes, dans des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales de gares ou chantiers SNCF, de d&#233;p&#244;ts de bus ou m&#233;tros, dans des r&#233;unions d'enseignants qui doivent se regrouper en assembl&#233;es plus larges, du fait de la grande dispersion de leurs secteurs. Tr&#232;s vite, l'envie s'est manifest&#233;e d'aller vers d'autres, des cheminots vers des enseignants, des &#233;tudiants vers des assembl&#233;es de salari&#233;s. D'o&#249; des assembl&#233;es dites &#171; inter-pro &#187; (interprofessionnelles). Certes souvent &#224; l'instigation de militants mais rendues possibles et &#233;videntes par le sentiment puissant de ne pouvoir avancer que tous ensemble. Le processus en est &#224; ses d&#233;buts, la taille de ces structures a certainement &#233;t&#233; limit&#233;e par les difficult&#233;s de transport, le besoin de faire garder les gosses, mais il est en marche. Un peu partout, des groupes de 100 &#224; 150 gr&#233;vistes, et soutiens en solidarit&#233;, se sont r&#233;unis ici ou l&#224;, certains pr&#233;alablement, pour pr&#233;parer la journ&#233;e du 5 d&#233;cembre. Ces r&#233;unions sont le lieu d'un grand nombre de discussions, de pr&#233;paration d'actions communes, &#224; commencer par les d&#233;parts ensemble en manifestations et la confection de banderoles. Dans quelques gares SNCF, qui se comptent certes sur les doigts des deux mains, et &#224; l'initiative de militants d'extr&#234;me gauche, des comit&#233;s de gr&#232;ve ou de mobilisation se sont propos&#233;s devant les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales quotidiennes, pour faire vivre la gr&#232;ve, organiser la discussion collective, ses orientations et ses interventions. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale et qui fait s&#233;rieusement son chemin, est que la gr&#232;ve appartient aux gr&#233;vistes, et que toutes et tous doivent en assurer la conduite et le succ&#232;s, qu'ils soient syndiqu&#233;s ou non, dans tel syndicat ou tel autre. C'est la t&#226;che commune que toutes et tous agissent ensemble, au sein de structures de pouvoir o&#249; contr&#244;ler son propre mouvement et en d&#233;cider, au lieu de rester isol&#233;s ou &#233;clat&#233;s sous des &#233;tiquettes syndicales diff&#233;rentes. Ce que certains appelleraient un &#171; front unique &#187;. Cette d&#233;mocratie doit na&#238;tre &#224; la base, dans les gares, les bureaux, les &#233;coles et les chantiers (de m&#234;me qu'une d&#233;mocratie entre Gilets jaunes est n&#233;e sur les ronds-points). Mais cette d&#233;mocratie doit aussi se coordonner &#224; des &#233;chelons sup&#233;rieurs, se donner une direction &#224; d'autres niveaux, &#224; tous les niveaux, dont r&#233;gional puis national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une perspective de r&#233;volutionnaires, ambitieuse voire irr&#233;aliste diront certains, mais qui est pourtant en phase avec les aspirations des actrices et acteurs d'un grand nombre de mouvements de contestation qui &#233;clatent spectaculairement aujourd'hui dans le monde ; en phase avec les pr&#233;tentions l&#233;gitimes &#224; jouer un r&#244;le de centaines de millions de travailleurs en activit&#233; ou au ch&#244;mage, jeunes pour beaucoup, sur lesquels repose toute la production des richesses sociales, et qui en ont assez, en plus d'&#234;tre paup&#233;ris&#233;s voire clochardis&#233;s, d'&#234;tre gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y arrive, ici aussi. Ce qui monte de la mobilisation et des cort&#232;ges, c'est le ras-le-bol de &#171; Macron et son monde &#187;, ras-le-bol de ce &#171; pouvoir des riches &#187;&#8230; Qu'eux et leur syst&#232;me d&#233;gagent. Tout le probl&#232;me &#233;tant pr&#233;cis&#233;ment celui de l'organisation que les travailleurs et les jeunes doivent se donner pour avancer dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9 d&#233;cembre 2019&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='base64LIENS' title='PGRpdiBjbGFzcz0iYmFzZTY0LWY1NjRmYWRiIiB0aXRsZT0iUEdScGRpQmpiR0Z6Y3owbmMzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjh4TWpNNElITndhWEJmWkc5amRXMWxiblFnYzNCcGNGOWtiMk4xYldWdWRITWdjM0JwY0Y5a2IyTjFiV1Z1ZEY5cGJXRm5aU0J6Y0dsd1gyUnZZM1Z0Wlc1MGMxOWpaVzUwWlhJZ2MzQnBjRjlrYjJOMWJXVnVkRjlqWlc1MFpYSW5QZ284Wm1sbmRYSmxJR05zWVhOelBTSnpjR2x3WDJSdlkxOXBibTVsY2lJK0Nnb2dQR0VnYUhKbFpqMGlTVTFITDJwd1p5OWtjbTlwZEhOaWIzUjBaWE11YW5CbklpQWdZMnhoYzNNOUluTndhWEJmWkc5algyeHBaVzRnYldWa2FXRmliM2dpSUhSNWNHVTlJbWx0WVdkbEwycHdaV2NpUGdvSkNUeHBiV2NnYzNKalBTZEpUVWN2YW5CbkwyUnliMmwwYzJKdmRIUmxjeTVxY0djbklIZHBaSFJvUFNJMk1EQWlJR2hsYVdkb2REMGlPREV4SWlCaGJIUTlKeWNnTHo0OEwyRStDand2Wm1sbmRYSmxQZ284TDJScGRqND0iPg=='&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dont la c&#233;l&#233;brit&#233; va probablement grimper d'un cran avec la publication dans Le Parisien du 9 d&#233;cembre de l'information selon laquelle ledit haut commissaire serait coupable d'&#171; omission par oubli &#187;, lors de sa n&#233;cessaire d&#233;claration d'int&#233;r&#234;ts, de ses liens avec un &#171; ifpass &#187; (Institut de formation des professions de l'assurance). C'est la &#171; Haute autorit&#233; pour la transparence de la vie publique &#187; (HATVP) qui le r&#233;v&#232;le. Pas un scoop non plus, beaucoup d&#233;non&#231;aient ce fait patent que toutes les r&#233;formes des retraites sont goulument attendues par les assurances priv&#233;es et autres fonds de pension. Mais voil&#224; une confirmation que Macron/ministres/patrons&#8230; sont copains comme cochons. Aux derni&#232;res nouvelles, Delevoye d&#233;missionnerait de sa fonction &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; &#8211; mais n&#233;anmoins profitable aux assureurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
